Attention : Populisme !

Avec les événements guadeloupéens et ultra-marins, le sommet social de l’Élysée, les interventions multiples du Chef de l’État, la grogne universitaire persistant malgré les vacances de février, les débats sur le protectionnisme et les interrogations sur l’avenir notamment en matière de plan de relance (aux États-Unis comme en Europe) les problématiques donnent lieu à des discours sur l’avenir qui sont autant de scénarii dont la réalité est notamment entre les mains d’hommes politiques qui sont loin d’avoir tous les pouvoirs !

 
Pour Henri Guaino, le conseiller du Président de la République «cette crise déroule tous les chapitres d’un manuel d’économie. Prenons garde à ce qu’elle ne déroule pas aussi tous ceux d’un manuel d’histoire». Que constate-t-on, que redécouvre-t-on en lisant ces manuels d’histoire ? On y découvre le pire, à savoir comment le krach boursier de 1929 déclencha, un peu partout dans le monde, des poussées d’antisémitisme et de xénophobie, comment il favorisa la montée des populismes (Guaino craint une renaissance de ce populisme et des extrémismes) : xénophobie et antisémitisme en France, populisme aux États-Unis, résistible ascension de Hitler en Allemagne. Nous n’en sommes pas là mais… l’antisémitisme déferle sur Internet après la révélation du scandale Madoff ; Besancenot est classé (déjà !) comme le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy (pour 23 % des Français, loin devant Martine Aubry 13 %) ; et certains craignent l’effet-contagion d’un climat «insurrectionnel» ultra-marin déferlant en métropole comme il y a quarante ans (le “1967” des Antilles en grève ayant précédé le 1968 de la métropole quand «la France s’ennuyait !»).
Face aux angoisses, aux souffrances sociales, au sentiment d’injustice que génère la situation sociale, face à cette conjoncture constituant «un terreau favorable à tous les extrêmes» (selon Henri Guaino), face aux dangers de «l’anticapitalisme extrémiste» (jusqu’où ira le Nouveau Parti Anticapitaliste de O. Besancenot et quel score de mécontents fera-t-il aux Européennes), il est urgent de «refonder le capitalisme» et pour cela trouver, voire imposer des solutions non pas techniques mais politiques.
Au Président de la République de faire désormais en sorte (comme le souligne le sociologue Denis Muzet) que son discours sur la réforme ne se brouille pas avec celui sur la crise «parce que nous traversons, en ce moment même, une crise du sens» : «Le monde a marché cul par-dessus tête. Et il continue à le faire. Les libéraux nationalisent, les adeptes du marché implorent l’aide de l’État. Dans ce bruit général l’excès de parole contribue au désordre». Il faut donc passer de la “mal-info” ou du “trop info” (trop d’information tue l’information et la bonne communication) à une forme de “politique de civilisation” permettant de redonner du temps au temps, cessant de faire croire au caractère instantané des décisions, rappelant à chacun, qu’atteint dans le court terme, le travail politique s’inscrit en fait dans le temps long de la délibération, de la réflexion et de l’action (la stratégie est là dans ce temps long). Il importe que la rupture soit désormais aussi inscrite dans le temps du Politique qu’est le Chef de l’État : un zeste de gaullisme et de mitterrandisme, mâtiné de pompidolisme et de giscardisme et de bon sens chiraquien permettrait à la Présidence de prendre un vrai virage et de montrer à tous que le Zarkozysme peut avoir une nouvelle figure : celle des temps de crise.

Stéphane Baumont


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