Les emplois non-pourvus: La formation au cœur du problème de l’emploi

Les services de Pôle Emploi et la Direccte annoncent une baisse du nombre de demandeurs d’emploi (catégories A, B et C) de 0.6% sur le mois de novembre 2013 en Midi-Pyrénées. Le chômage touche 238 000 personnes dans la région. Pourtant certaines offres restent sans réponse. Frédéric Toubeau, directeur régional de Pôle Emploi, revient sur ce phénomène paradoxal bien qu’explicable.

 

Frédéric Toubeau, quel est l’état actuel du marché du travail en Midi-Pyrénées ?

Sur les deux dernières publications, les chiffres du chômage en Midi-Pyrénées sont en baisse. Concernant la catégorie A (les demandeurs d’emploi n’ayant pas travaillé le mois précédent), le recul est de 0.3% sur notre région quand, au niveau national, le chiffre est en hausse de 0.5%. Les catégories B et C (activité de plus ou moins 78h) sont également en diminution de 0.6%. Ainsi, la région affiche des chiffres plus positifs qu’au niveau national. Mais, il convient de relativiser car les tendances annuelles régionales des demandeurs d’emploi évoluent de façon plus importante que sur tout le territoire français. Le flux migratoire étant la principale explication : de nombreuses offres d’emplois sont publiées mais pas assez au regard du nombre de nouveaux arrivants sur la région.

Si l’on observe l’évolution du marché du travail par trimestre, on constate que l’inversion, dont on parle beaucoup, est effective, pour la première fois depuis début 2008, sur le 3e trimestre 2013. Il existe donc des signes plutôt positifs. Les « emplois d’avenir » (plus de 4 186 en 2013 sur Midi-Pyrénées), les « contrats aidés » (près de 16 000) et les « contrats de génération » (1 000) y sont pour beaucoup.

 

Quelles sont les filières en tension dans la région ? 

En Midi-Pyrénées, sur l’année 2013, environ 136 151 offres ont été déposées à Pôle Emploi et 49% d’entre elles concernent des emplois durables (CDD de plus de 6 mois ou des CDI). Plus de la moitié sont réparties en quatre familles de métier : le service à la personne, l’hôtellerie-restauration, le support aux entreprises et le commerce. Ce sont ces secteurs d’activités qui offrent le plus d’offres d’emplois.

 

Et au contraire, quels sont les professions pour lesquelles les offres d’emplois sont les moins nombreuses ?

Il s’agit essentiellement des métiers de l’art, de la communication ou du spectacle. Il y a en réalité trop de demandes pour peu d’offres. Il faut être conscient, que certaines formations ne débouchent pas sur des opportunités d’emplois. Pourtant, ces filières sont prises d’assaut par les étudiants. Ce phénomène n’aide pas à adapter l’offre à la demande.

 

Le Plan 30 000

 

Combien d’offres d’emplois sont-elles actuellement non-pourvues ?

En Midi-Pyrénées, en 2012, sur près de 150 000 offres, Pôle Emploi parvenait à en satisfaire 86%, 14% n’étant donc pas pourvues, soit environ 20 000 propositions d’emploi. Ces offres étaient soit annulées parce que le poste a été pourvu en interne à l’entreprise (5 000), soit retirées car l’employeur n’en a plus ressenti le besoin (10 000) ou faute de candidats (6 200).

 

Quelles sont les principales causes à une offre retirée faute de candidat ?

Il s’agit essentiellement d’une problématique de formation qui ne correspond pas aux besoins des entreprises. Puis vient un manque de motivation du demandeur d’emploi, c’est notamment le cas dans les secteurs d’activité du service à la personne, de la boucherie et de la boulangerie où les emplois sont là mais les contraintes horaires réelles. Pour finir, le besoin de certains secteurs, de compétences spécifiques réduit les probabilités de trouver, à l’instant T, le candidat formé.

 

Quelle politique est-elle mise en place pour y remédier ?

Le gouvernement a annoncé, en juin dernier, la mise en place d’un « Plan 30 000 ». Il s’agissait de mettre en œuvre 30 000 formations à destination des demandeurs d’emploi, d’ici la fin de l’année 2013. En Midi-Pyrénées, nous avons travaillé avec les partenaires sociaux, le Medef, la Cgpme, les Opca et le Conseil régional pour définir et financer des formations prioritaires et rapides afin de rapprocher les besoins des entreprises des demandeurs d’emploi. 1 500 personnes de la région ont ainsi pu bénéficier de ce plan et être formées. Maintenant, il faut transformer l’essai : il est nécessaire que les entreprises jouent le jeu et embauchent. Le gouvernement vient d’annoncer d’ailleurs que ce plan serait développé pour la mise en place d’un « Plan 100 000 » pour la fin 2014.

 

Tendances optimistes

 

De quels leviers Pôle Emploi dispose-t-il pour adapter la demande à l’offre ?

Notamment des méthodes de recrutement par simulation (MRS) qui permettent de faire abstraction du diplôme, du sexe, de l’âge et de satisfaire les entreprises sur leur besoin en main d’œuvre. Elles sont aussi indiquées pour les entreprises recherchant des candidats pour un poste nécessitant une habileté spécifique. De même, nous œuvrons sur la mobilité et tentons d’aider les demandeurs d’emploi à se rendre là où se trouve le besoin, ou en organisant, sur des bassins d’emploi éloignés, des formations dans les entreprises, pour éviter aux demandeurs d’emploi de se déplacer sur Toulouse. Nous organisons également des forums, comme la Semaine de l’emploi qui permettent de rencontrer directement l’employeur.

 

Quelles sont vos prévisions, ou du moins les tendances, pour 2014 ?

Je reste optimiste car nous disposons désormais d’outils comme les « contrats aidés », les « emplois d’avenir », les « emplois francs » et les « contrats de génération ». De même, les économistes prévoient un PIB de +0.8% pour 2014. Mais, cette croissance, quoi que plus importante qu’en 2013, n’atteint pas encore le taux nécessaire de 1.5% pour la création nette d’emplois dans le secteur marchand. En parallèle, l’intérim qui est un indicateur avancé des tendances du marché du travail, augmente de 5.2% entre octobre et novembre derniers. Ces indices permettent d’espérer.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

Repère :

Le Top10 des métiers en tension : soins infirmiers généralistes, soins d’hygiène et de confort du patient, personnels de cuisine, service en restauration, bouchers, les métiers de l’aéronautique, chaudronnier, personnel polyvalent en restauration, boulangers, maintenance sur chantier.



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