Impact de la crise sur le comportement des investisseurs: Les produits risqués réservés aux plus fortunés?

Laurent Germain, directeur de l'étude

Les équipes du TBS Research Centre de Toulouse ont décrypté scientifiquement l’influence de la crise économique sur les agissements des investisseurs, gros ou petits porteurs. Par cette étude, les chercheurs se sont doublement illustrés : non seulement leurs conclusions sont éloquentes mais ils ont prouvé que Toulouse Business School peut se positionner au niveau européen. Explication de Laurent Germain, directeur du projet.

 

Laurent Germain, comment l’agence Luxembourg for Finance vous a-t-elle choisi pour mener cette étude concernant l’impact de la crise sur le comportement des investisseurs ?

Nous avons répondu à un appel d’offre international, sur lequel plusieurs écoles du monde entier étaient positionnées, en concurrence. Une première sélection a été effectuée pour ne retenir que trois établissements, et enfin en choisir un seul. Il s’agit d’une réelle reconnaissance de TBS, d’autant que les autres écoles en lice étaient très prestigieuses. Quant à l’étude, elle avait pour but de déterminer si la crise financière avait eu un impact sur le comportement des investisseurs, de savoir lequel et dans quelles proportions. Mais attention, la réalisation de cette étude ne signifie pas que cette crise est derrière nous, simplement qu’il a été décidé de l’étudier aujourd’hui.

 

Cette étude a mobilisé combien de chercheurs du TBS Research Centre ?

J’étais chef de projet mais je n’ai pas travaillé seul, en effet. Nicolas Nalpas, enseignant-chercheur à TBS, et Guillaume Baechler, en thèse à Toulouse I Capitole ont également participé à l’étude. A trois, nous avons pu livrer ce projet en une dizaine de mois.

 

Seule étude à avoir accès aux informations des banques

 

Dans quel cadre cette étude vous a-t-elle été demandée ? Quel en était l’objet final ?

L’agence Luxembourg for finance nous a laissé le champ libre pour que nous puissions leur apporter des réponses. Ils souhaitaient comprendre, identifier le comportement des investisseurs entre 2008 et 2013 et savoir s’il avait été modifié par la crise financière. Ainsi, nous avons divisé l’étude en trois parties : d’abord une synthèse des autres travaux déjà réalisés dans le monde entier. Ensuite nous avons administré un questionnaire auprès des banques en France, en Allemagne, au Luxembourg et en Belgique pour interroger des gestionnaires et des directeurs généraux de grands établissements qui représentent 50% de l’investissement en Europe. Nous avons analysé leurs réponses pour tenter de comprendre comment leurs clients ont modifié leurs comportements entre 2008 et 2013. L’objectif étant de fournir aux banques des outils leur permettant de se positionner par rapport à leurs clients. Puis nous avons lancé une troisième partie dédiée aux statistiques des données financières d’investissement.

 

En quoi ce projet est-il innovant dans le monde de la finance ?

Il s’agit de la seule étude en Europe pour laquelle nous avons eu accès aux informations émanant des banques elles-mêmes car il est toujours très difficile de les obtenir. Nous y sommes parvenus grâce à l’appui de l’agence étatique du Luxembourg.

 

Quelle a été la méthodologie suivie ?

Nous avons réalisé le questionnaire qui a été administré par une agence anglaise et nous avons développé tous les modèles économétriques pour tester les données financières des 33 banques constituant le panel étudié. Quant aux noms des établissements, il reste confidentiel.

 

Une aversion aux risques

 

Quelles sont donc les conclusions auxquelles vous êtes parvenus ?

D’abord, nous avons constaté que le comportement des investisseurs variait en fonction de leur richesse. Nous avons en réalité mesuré l’aversion aux risques. Plus les personnes ont de surface financière et moins ils modifient leur comportement excepté au tout début de la crise en 2008 où l’on observe que tous les investisseurs se sont retirés des investissements risqués. Par la suite, seuls les petits porteurs en restaient éloignés, quand les plus riches les ont maintenus.

Ensuite, du côté des banques, nous avons relevé un sentiment plus diffus quant à la différence d’investissements des petits ou gros porteurs. Ceci est principalement dû au traumatisme subi en  2008, quand tout le monde s’est retiré, quel que soit le niveau de richesse, et à l’appréhension psychologique que le scénario se reproduise. Les gestionnaires sont donc restés figés sur 2008.

 

Vous avez également comparé la France et l’Allemagne, quelles observations en retenez-vous ?

Face aux investissements en actions, des produits plutôt risqués, les Français se sont beaucoup plus retirés que les investisseurs allemands. Nous pouvons l’expliquer par l’aversion aux risques mais aussi par la confiance de ces derniers dans leur économie.

D’autre part, nous avons observé un renforcement des exigences des investisseurs vis-à-vis des banques. Ils demandent plus de transparence, plus de services, plus d’attention, une meilleure réputation… et ce, qu’ils soient petits ou gros porteurs. La crise financière a fortement modifié les attentes des clients, sans doute la conséquence d’une perte de confiance.

 

Ces constats peuvent-ils encore évoluer ?

Tout peut encore bouger car la crise financière a eu plusieurs aspects, notamment celui que nous vivons aujourd’hui à savoir la crise de la dette qui touche la confiance en l’économie elle-même, à travers la capacité de remboursement des Etats, ce qui peut tout à fait modifier les comportements en Europe. Ce changement dépendra de l’évolution des taux de croissance. Aujourd’hui, les marchés financiers se portent plutôt bien, ce qui reste positif quant à l’attrait des investissements. La difficulté réside en réalité dans la confiance en la dette des Etats. Tout se jouera à ce niveau !

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

 

 

Repères :

Composé de cinq groupes de recherche (entrepreneuriat et stratégies, financial economics, marketing & communication networks, nouvelles pratiques de management et travail, emploi, santé), le TBS Research Centre, laboratoire de recherche en économie financière de Toulouse Business School, a pour objectif de se positionner au meilleur niveau académique international.

 



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