ATR Il faut faire vite mais…

En marge de la célébration du 1 000e appareil livré par ATR, le constructeur annonce vouloir sortir son nouvel avion de 90 places le plus rapidement possible devant la menace de la concurrence chinoise.

Même si ATR avait une belle occasion de se réjouir avec la livraison de son 1 000e appareil, la concurrence virulente des entreprises chinoises a quelque peu gâché la fête. Déjà, Airbus, détenteur à 50% du capital du constructeur toulousain, avait fait connaître sa réticence quant à la fabrication du dernier avion turbopropulseur à 90 places, mais Filippo Bagnato, le président d’ATR, souhaite lancer son nouvel appareil le plus tôt possible car la concurrence frappe aux carreaux et il ne voudrait pas se faire doubler sur ce marché des turbopropulseurs au dernier moment. Pour pouvoir réagir à temps et gagner des parts de marchés importantes sur le segment, il aurait même fallu débuter la construction il y a un an mais les négociations ont fait reculer l’échéance et la menace de se voir coiffer au poteau se fait de plus en plus sentir. Le projet ne devrait être finalisé qu’en fin d’année et ATR, qui acte aujourd’hui 80% des parts de marché des turbopropulseurs, reste inquiet des retards et d’une possibilité de passer à côté de grosses commandes qu’ils engendreraient. Les concurrents les plus probables à ce jour restent les Chinois qui travailleraient sur le développement d’un avion similaire  «c’est un copié/collé de notre ATR 72 et ils pourraient lancer un avion de 90 places», se lamente Filippo Bagnato dans la Tribune. Dans un même temps, le marché chinois s’avère relativement opaque et difficilement accessible au vu des 24% de taxes d’importation dont doit s’acquitter la compagnie qui achète des avions étrangers. Leur choix est alors rapide et se dirige systématiquement vers des constructeurs chinois.

ATR n’est pas la priorité d’EADS

Si le marché des appareils de 90 places est bien réel, il n’en reste pas moins qu’avant de se lancer, ATR doit, avant tout, terminer son business plan et négocier avec ses actionnaires afin de définir des stratégies commerciales. Monopolisé par les projets A350, A320 Neo et A400M, le bureau d’étude d’EADS ne traite pas le dossier en priorité, ce qui retarde d’autant plus la future sortie du dernier d’ATR. De plus, le coût de développement d’un nouvel appareil s’élèverait à moins de deux milliards d’euros, ce qui ne constitue pas une charge de travail assez importante pour qu’EADS en fasse sa priorité. Même si les dirigeants de l’avionneur toulousain ne souhaitent que la réussite d’ATR, la dure réalité des marchés ne fera pas avancer le dossier plus rapidement. Pourtant, selon les études de marché réalisées en interne, le dernier turbopropulseur de 90 places devraient se vendre à hauteur de 1 000 appareils en 10 ans, soit un tiers des parts de marché. Ce n’est donc pas un problème de financement pour EADS mais bel et bien de disponibilité des ressources humaines. Sans Airbus qui doit dessiner l’appareil, ATR ne pourra pas réaliser son projet qui n’est donc pas prioritaire pour les dirigeants d’EADS. Filippo Bagnato parviendra-t-il à convaincre les décideurs d’EADS ?

Séverine Sarrat



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