Après 1789, 2009 ?

Et chacun de commenter le G20 avec un “one man show” attendu du charismatique Président des États-Unis dont le style et l’allure ont conquis, la modestie appréciée – il a astucieusement parlé des États-Unis comme un «simple pair des autres pays du G20» – ; avec la tentative autant que la tentation de rebâtir un ordre mondial autour du triptyque «finances, géopolitique, globalisation» et des quatre piliers de la nouvelle architecture financière : le FMI (grand gagnant de la réforme avec des moyens passant de 250 à 750 milliards de dollars), la Banque mondiale, le Forum de Stabilité Financière et l’OMC.

 
Formidable réussite si on compare ce G20 au fiasco complet de la Conférence de Londres de 1933, communication idoine où Gordon Brown en maître des cérémonies, le couple Obama (Michelle ayant même eu «l’audace» de poser la main sur le dos de la reine à la stupéfaction d’un protocole dont le rituel coutumier fut débordé par l’authenticité naturelle de la première dame des États-Unis) et Berlusconi se taillèrent la part du lion ; dramatisation orchestrée par le Président français ; désignation des “méchants” au “lynchage” de l’opinion publique mondiale (les paradis fiscaux, les hedge funds, les agences de notation), opération «confiance restaurée» malgré les manifestants, poursuivie avec le sommet de l’OTAN, la visite à Prague et le séjour à Istanbul, autant d’éléments inclinant à l’optimisme conjoncturel même si les non-dits sur des sujets majeurs sont, pour certains observateurs, critiquables : rien sur la remise en cause du système monétaire international, sur la remise en cause de l’étalon-dollar – malgré la tentative chinoise – rien sur la demande des États-Unis et du FMI aux Européens d’avoir des plans de relance plus vigoureux pour leurs économies, rien sur les moyens et politiques à mettre en œuvre pour s’attaquer aux gigantesques déséquilibres commerciaux responsables aussi de la crise que nous connaissons.
Alors rentre-t-on véritablement dans un nouveau monde ? Le souffle de l’Histoire a-t-il effectivement soufflé sur Londres ? Y a-t-il eu un effet G20 “boosté” par l’effet Obama ? Pour le journaliste Pierre-Antoine Delhommais, «le G20 c’est la victoire par KO de la mondialisation libérale ; triomphe de la mondialisation libérale, triomphe aussi du communisme ou plus exactement de la Chine qui s’en réclame même si l’on ne voit plus très bien ce qui subsiste du projet marxiste… la Chine première puissance économique d’une Asie qui devrait occuper dans 20 ans trois des quatre premières places du classement mondial».
Pour l’expert Pierre Hassner qui n’a jamais vu «un moment de l’histoire aussi volatile et imprévisible», «nous assistons à l’ascension de la Chine tranquille et silencieuse» ; pour l’historienne Sophie Wahnich, nous ramenant sur la crise en France «inégalités sociales criantes et actes de défiance envers le pouvoir rappellent la période de la Révolution française. Il est encore temps d’éviter la spirale de la violence». Enfin François Bayrou désigné par un récent sondage, par 48 % des Français, comme «le Premier ministre de leur gouvernement idéal», «le G20 est un premier pas qui n’est pas négligeable ; de là à jeter les bases d’un nouveau monde… Le capitalisme est inégalitaire par essence et l’humanisme est égalitaire par vocation».
Reste que le climat créé par l’augmentation massive du chômage, la médiatisation quotidienne des privilèges et autres stock-options des dirigeants des grandes entreprises, les inégalités non réduites, est délétère : sont désormais réunis comme le souligne F. Bayrou «les ingrédients d’un mélange dangereux» traduits ainsi par l’historienne S. Wahnich : «Après 1789, 2009 ?»

Stéphane Baumont,
constitutionnaliste


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