Annus Horribilis

Décidément cette année 2009 est une “annus horribilis”. Non seulement à cause des “bavures” papales (43 % des catholiques souhaitent son départ même s’il n’est pas élu démocratiquement pour représenter l’Eglise ; d’autres regrettent qu’un si éminent théologien soit un si désastreux politique ; certains s’interrogent encore sur les raisons d’un tel obscurantisme et d’une telle intolérance alors qu’il y a “malaise dans la civilisation”) mais aussi et peut-être surtout parce que tous les indicateurs économiques arrivent au même résultat : la crise est beaucoup plus profonde que prévu ; le monde est en train de passer, en peu de mois, d’une croissance de 3,2 % en 2008 à une récession comprise entre 0,5 % et 1 % en 2009, la première depuis la seconde guerre mondiale.

 
Le taux de croissance espéré en 2010 serait de 1,5 % à 2,5 % pour le monde entier, c’est-à-dire de 0 % à 0,5 % pour les économies avancées et de 3,5 % à 4,5 % pour les pays émergents et en développement. Le FMI explique d’ailleurs à la veille du G20 du début avril que «c’est l’allongement de la crise financière qui a miné l’activité économique mondiale plus qu’il n’était attendu et que, de ce fait la confiance n’a pu se rétablir». Or, comme le notait il y a maintenant une trentaine d’années Alain Peyrefitte, nos démocraties libérales ne s’épanouissent pleinement que dans une «société de confiance». Aujourd’hui le pari de nos gouvernants face à cette crise mondiale et à ses conséquences nationales est de rétablir, mieux, de reconstruire la confiance alors que la déprime sociale vient faire grimper sa treille sur l’espalier pérenne de la dépression économique : les salariés du privé viennent d’entrer dans la contestation lors de la manifestation du 19 mars qui, par l’unité syndicale et le nombre des manifestants (1,2 million selon la police ; 3 millions selon les syndicats) semble avoir franchi une étape dans la contestation par rapport au 29 janvier et annoncé l’accélération de la critique, trouvant son point fort à l’occasion des votes protestataires du scrutin européen où le NPA de Besancenot pourrait se situer à un étiage historique (peut-être 10 %).
Pour le moment, le Président de la République et son Premier ministre confirment la montée de l’inquiétude tout en craignant la montée d’un front insurrectionnel type “mai 2009”, crainte peut-être justifiée non seulement par les ravages économiques et existentiels de la crise (cf. l’ouvrage intitulé “L’insurrection qui vient” dont l’auteur est un mystérieux “Comité invisible”), «le handicapé étant le modèle de citoyenneté qui vient», les associations revendiquant «le revenu d’existence» ou encore «le revenu de citoyenneté». Pour le moment, le Premier ministre affirme à la télévision que la majorité silencieuse, celle qui ne descend pas dans la rue, reste majoritaire en oubliant que ce sont souvent si ce n’est toujours les minoritaires qui ont fait et font l’histoire à l’aune de toutes les révolutions, révoltes et autres insurrections que nous avons connues, tout régime confondu.
L’heure est sûrement venue de remettre en exergue, à la suite de Jean-Marc Ferry les trois principes que représentent la civilité, la légalité et la publicité. L’esprit de civilité qui est celui du marché (sens du compromis, de la négociation, de la conciliation, art de différer la satisfaction et d’apprendre la «patience démocratique») ; l’esprit de la légalité qui repose sur celui des droits de l’homme et du contrat synallagmatique (souci de la réciprocité et de la compatibilité générale des actions individuelles, différenciation entre le juste et le bon et dissolution de l’arbitraire étatique) ; l’esprit de la publicité qui inspire la notion d’une société ouverte et l’idée d’une participation des citoyens à la vie publique, exige la discutabilité des mesures politiques, affirme les valeurs du libre examen et de la critique permanente, ouvre l’espace de la différence entre légalité et légitimité.
Au philosophe de faire son miel des problèmes politiques de la Cité et réfléchir au plus près des réalités économiques, juridiques et sociales : Jean-Jacques Rousseau et Emmanuel Kant y avaient réussi en leur temps ; qui sera le Rousseau ou le Kant du Président Sarkozy ?

Stéphane Baumont


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