Alcatel-Lucent: Fin de communication pour Toulouse

En proie à de grandes difficultés financières, le groupe Alcatel-Lucent vient d’annoncer la suppression de 10 000 postes dont 900 en France. L’équipementier télécoms prévoit un plan mondial de restructuration qui planifierait la fermeture définitive du site de Colomiers en 2014. Ainsi, 110 salariés seraient touchés localement par le plan « Shift », qui sera précisé après les comités d’entreprise français de la fin du mois.

 

Nouveau coup dur pour l’économie locale. Après la fermeture de Freescale, c’est maintenant Alcatel-Lucent qui annonce le démantèlement du site de Colomiers, mais aussi un grand plan de restructuration baptisé « Shift ». Ce dernier prévoit la suppression de 10 000 postes au niveau mondial, 900 sur l’Hexagone et la totalité des employés du site situé dans la périphérie toulousaine, qui ont appris la nouvelle par voie de presse. « La direction devait faire une annonce officielle aux salariés lors du Comité d’Entreprise d’Alcatel-Lucent France mardi après-midi, mais nous avons eu des échos dès la veille par les médias », explique Gilles Rouyer, délégué CFDT sur le site de Colomiers. Surpris autant que choqués, les salariés ont avoué ne pas s’attendre à une telle déclaration de leur dirigeant, d’autant qu’un premier plan social, nommé « Performance » vient tout juste de s’achever : « Douze postes sur le site de Colomiers (900 en France) ont déjà été supprimés lors de ce précédent plan », confirme le syndicaliste. Car s’ils étaient conscients des difficultés de leur entreprise, Michel Combes, directeur général du groupe l’ayant confirmé en septembre dernier, l’ampleur des actions menées les consterne. Pourtant, la direction avait bel et bien envisagé « des décisions difficiles à savoir des réductions de coûts et des suppressions d’emplois. » Mais loin de penser que des fermetures de sites entiers seraient prévues, les salariés s’interrogent : « les activités effectuées sur le site de Colomiers (ingénierie informatique et télécom, et cyber-sécurité) sont en croissance, nous sommes le cœur de métier de l’entreprise », précise Gilles Rouyer. Pour Claude Josserand, délégué central CGT Alcatel France, « il s’agit bien d’une stratégie de l’entreprise visant à réunir l’activité sur des sites uniques pour en réduire les coûts. »

 

Les salariés changent de site

 

C’est donc par une plus grande spécialisation des activités, ainsi que la cession d’actifs et un plan d’économie que Michel Combes entrevoit la sauvegarde de son entreprise. Tel est en tout cas le scénario du plan « Shift » qui s’étalera jusqu’en 2015 : « Il s’agit donc d’une nouvelle dynamique commerciale, d’un recentrage industriel et d’une vraie transformation, ce qui implique une réduction de structures, de coûts, qui permettra à l’entreprise de reprendre son destin en main. Nous devons absolument ajuster l’entreprise pour assurer son avenir » précise le DG. D’après les dernières informations, la centaine de salariés locaux devrait donc conserver son emploi mais serait mutée sur le site de Villarceaux en Essonne dont dépend celui de Colomiers, et donc contrainte de déménager en région parisienne. De leur côté, les syndicats demandent l’arrêt du plan et la mise en place d’une concertation afin de trouver des solutions alternatives. Pour la CGT, « il est paradoxal d’enregistrer un chiffre d’affaires en déficit et, dans un même temps, de vouloir supprimer des emplois dans les secteurs de vente et de support clients. » Quant à la CFDT, il est avant tout important de comprendre les motivations de la direction : « nous souhaitons des explications claires, savoir pourquoi ils veulent fermer notre site. Ensuite, nous pourrons discuter ! » C’est également l’avis de Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées : « toutes les pistes doivent être examinées et il faut rechercher les raisons pour lesquelles Alcatel se trouve dans la situation décrite par son président. » Les salariés devraient toutefois être fixés plus précisément le 29 octobre prochain, lors d’un Comité d’Entreprise exceptionnel durant lequel un document officiel leur sera remis. Ensuite débutera la procédure de négociation. Et parmi les propositions syndicales, celles d’une diversification des activités d’Alcatel-Lucent : « le groupe pourrait se positionner sur de nouveaux marchés pour garantir le maintien des emplois, comme celui de la domotique liée aux télécoms. » Cette perspective faisant écho au marché de la 3G sur lequel le groupe s’est largement fait doubler par les équipementiers asiatiques.

 

Réduction d’effectif de 10%

 

Mais pour Michel Combes, DG d’Alcatel-Lucent, l’équation n’est pas si simple : « Une entreprise qui a perdu, depuis dix ans, 800 millions d’euros de cash par an ne peut pas se redresser sur un seul contrat commercial. » Il fait référence ici à un contrat de plusieurs centaines de millions d’euros signé avec l’opérateur espagnol Téléfonica concernant la 4G LTE. Pour lui, le salut du groupe ne pourra passer que par des économies internes et structurelles. En premier lieu, le directeur général, en place depuis avril dernier, souhaite se désengager de contrats non-rentables tels celui de la 3G et développer de nouvelles activités à l’image de la gestion de réseaux pour le compte des opérateurs. Mais attention, Michel Combes est désormais sous surveillance… celle du gouvernement. En effet, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, prévient : « nous ne prendrons pas pour argent comptant ce qui a été dit par le président du groupe. Depuis la fusion entre Alcatel et Lucent, nous en sommes au sixième plan et on prétend que ce sera le dernier. Le gouvernement sera donc particulièrement attentif pour que ce qui nous est dit, soit la vérité et nous allons procéder à des vérifications. » Plus localement, certains doutent de ce suivi et mettent en cause le gouvernement. Parmi eux, Christine de Veyrac, députée européenne, qui fustige « la politique économique anti-emploi conduite depuis 18 mois par le gouvernement qui ne favorise pas les grands groupes industriels dans leur développement. » Les syndicats bénéficient donc de l’appui du gouvernement pour mener les négociations, et plus particulièrement d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif qui demande à Alcatel-Lucent « de reformater à la baisse son plan social. » Mais le groupe, renoncera-t-il à supprimer 10% de ses effectifs en France ?

 

Séverine Sarrat



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