Airbus / Blagnac « L’aéronautique est notre poule aux œufs d’or »

Airbus vient d’enregistrer une commande record de 234 appareils A320 passée par la compagnie low-cost indonésienne Lion Air, pour un montant de 18 milliards d’euros. Celle-ci faisant suite au contrat signé par Airbus et Turkish Airlines concernant 117 avions A320 quelques jours plus tôt. En pleine effervescence, Fabrice Brégier, président d’Airbus se félicite et il n’est pas le seul. Bernard Keller, maire de Blagnac, ville sur laquelle est installé le siège d’Airbus, et bientôt celui d’EADS, ne cache pas son enthousiasme.

 

Bernard Keller, Airbus vient d’enregistrer une commande record de Lion air, ce qui devrait permettre de dynamiser l’économie locale. Quelle est votre première réaction en tant que maire de Blagnac ?

C’est une merveilleuse nouvelle ! Il s’agit de la plus grosse commande jamais enregistrée par Airbus qui confirme les savoir-faire locaux des Compagnons de l’aéronautique. Nous parlons donc de reconnaissance des techniciens, des ingénieurs, des Compagnons et de notre pôle mondial de compétitivité de l’Aérospace Valley. Blagnac a la chance d’avoir le siège d’Airbus sur son territoire, mais également celui d’ATR, champion mondial des avions de transport régionaux, et, par confirmation de Tom Enders (président du groupe EADS, ndlr), bientôt celui d’EADS. L’industrie aéronautique démontre aujourd’hui son exemplarité qui devrait être une leçon donnée à la construction de l’Europe et à la classe politique, en ce sens que les forces de la filière britannique, allemande, espagnole, italienne et française, ont su travailler ensemble et établir une gouvernance unique. C’est cela qui permet de positionner l’aéronautique européenne au niveau mondial. Ainsi nous avons la chance en France, à Toulouse et à Blagnac, d’être le siège d’une des rares industries qui ne donne pas de travail au ministre du Redressement productif puisqu’il n’y a rien à redresser ! Peut-être le secteur de l’automobile devrait-il s’en inspirer.

 

Comment la municipalité de Blagnac a-t-elle contribué au développement économique d’Airbus ? Quels ont été les investissements de la ville ?

Cela commence par la formation, la recherche et le développement, puis par l’Aerospace Valley, mais il a fallu que la puissance publique locale donne à Airbus les moyens de son développement. Le maire de Blagnac que je suis, ne regrette pas d’avoir sacrifié la base de loisirs de Pinot sur laquelle étaient installés douze clubs sportifs, pour installer la zone Aéroconstellation qui est aujourd’hui la vitrine de la performance aéronautique de l’Europe. Nous avons su, avec mes collègues de Colomiers et de Toulouse, réserver des capacités foncières accessibles aux pistes autour de la plateforme aéroportuaire, pour permettre à Airbus de continuer à se développer en termes d’installation d’outils de production. Nous avons également déplacé le collège Mermoz pour permettre les extensions du siège d’Airbus.

 

Après les investissements, place aux retombées… Quelles sont-elles suite à cette commande record ?

Passée l’euphorie, il faudra relever le défi des livraisons en temps et en heure. Ainsi, toute la chaîne des sous-traitants et de prestations de service devront être capables d’assurer les montées en cadence. La première retombée sera donc une assurance que dans les huit ans qui viennent, il y aura de l’emploi dans l’aéronautique. Je parle de 9 000 postes sur Midi-Pyrénées, qu’ils soient directs ou indirects, car les restaurants, les entreprises de nettoyage, les hôtels… sur Blagnac sont loin de se plaindre. Aujourd’hui, l’aéronautique pèse 90 000 emplois dans la Région et 60 000 sur Toulouse Métropole.

 

Vous parliez de « poule aux œufs d’or » en évoquant l’aéronautique et Airbus, l’heure est aujourd’hui à la récolte… vont-ils permettre à Blagnac de développer des projets municipaux ?

Effectivement, nous avons ramassé le premier œuf qu’est l’emploi, mais également des recettes fiscales, notre deuxième œuf d’or. A charge pour nous de bien les utiliser. Elles le seront pour Airbus mais pas que… Par exemple, nous avons identifié trois points noirs en ce qui concerne la circulation pour se rendre sur la plateforme Airbus (le giratoire Bellonte, le rond-point de la fontaine lumineuse à Colomiers et la lunette du Leclerc). Nous travaillons, avec le préfet, sur cette question pour régler ces difficultés. Le troisième œuf d’or est la synergie que développe cette croissance vertueuse. Il s’agit d’un encouragement à la recherche, à l’innovation, au développement de nouveaux process et produits… et peut-être demain d’un nouvel avion, bref, à investir sur l’avenir.

 

Vous dites ne pas vouloir réinvestir les recettes fiscales que dans l’aéronautique, quels sont alors vos grands projets pour Blagnac ?

Si ce n’est pas dans l’aéronautique, tout part quand même de cette dernière. Par exemple, avec Toulouse Métropole, nous travaillons sur le problème de la gestion de l’autonomie, de la dépendance et du maintien à domicile des personnes âgées. Ainsi, nous avons mis au point une « maison intelligente » pour séniors mais, pour bien l’équiper, nous aurons besoin de compétences en informatique, en domotique, en systèmes embarqués, en géolocalisation. A partir de technologies de l’aéronautique et de l’espace, nous pouvons donc développer de nouvelles déclinaisons adaptées à d’autres applications. Raisons de plus pour « bichonner » notre poule aux œufs d’or.

 

Votre poule aux œufs d’or, Airbus, vient donc d’offrir à l’économie locale une sérénité durable, mais par cet énorme contrat, elle signe également avec une compagnie black listée en Europe, cela vous dérange-t-il ?

Le simple fait que Lion Air ait choisi Airbus, est pour moi la véritable preuve que ses dirigeants recherchent la qualité du produit et donc la sécurité…

 

Quant à la signature qui a eu lieu à l’Elysée, n’êtes-vous pas amer ? Paris vous a volé la vedette ?

En organisant la cérémonie à l’Elysée, le président de la République souhaitait témoigner d’une reconnaissance politique aux Indonésiens qui apprécient particulièrement ce genre d’attention. Et même si cette signature a été qualifiée d’industrielle, elle est avant tout commerciale car aucune chaîne d’assemblage n’est prévue en Indonésie, ou ce serait dans le plus grand secret ! De même, François Hollande a voulu mettre en avant l’exemplarité industrielle et européenne d’Airbus.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.