[100% INVESTIGATION] Aéroport : Le vrai mensonge

photo une @airbus

Duperie. La machine infernale est en route depuis l’été dernier. Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, a ainsi décidé de mettre en place la privatisation de l’aéroport Toulouse-Blagnac… De vendre les bijoux de famille à des investisseurs chinois. Sauf que depuis, la base gronde et ne veut pas rester silencieuse. Explications.

Par Thomas Simonian et Philippe Motta

 

La volonté de l’Etat reste claire : Privatiser notre aéroport en pleine période de réduction des déficits publics, austérité crieront certains. Mais derrière cet acte se cachent d’autres enjeux pour l’exécutif : « Une privatisation réussie économiquement à Toulouse va permettre au gouvernement de valoriser les cessions à venir du côté de Lyon et Nice », explique l’avocat toulousain Christophe Lèguevaques, qui se prépare à déposer un recours devant le Conseil d’Etat avec le soutien de collectifs de riverains, de syndicats ou d’élus politiques de diverses tendances. Cette riposte juridique « mais surtout citoyenne » s’appuie sur de réelles failles macronesques. L’une d’entre elles révélée par l’avocat concerne les salariés de l’aéroport. En décodé, une ordonnance datée du 20 août dernier prive ces salariés de deux sièges au sein du Conseil de surveillance, « une manœuvre qui touche à leurs droits » commente l’avocat. Une faille qui fait écho aux dernières révélations de nos confrères de Médiapart : L’Etat (deux sièges) se serait engagé dans le pacte d’actionnaires a toujours voté les délibérations qui seront proposées par les investisseurs chinois. Avec les deux sièges en moins des salariés, le consortium racheteur (6 sièges) serait donc ainsi majoritaire au sein du Conseil de surveillance, les collectivités locales (CCI, métropole, région, département) regroupant 7 sièges. Une escroquerie étatique dont les citoyens ne sont finalement pas dupes : « ils pensaient qu’il n’y aurait pas d’opposition », confie Christophe Lèguevaques. Même son de cloche du côté de Jean-Louis Chauzy, le président du CESER (conseil économique, social et environnemental), dont on dit en coulisses qu’il serait une voix validée du côté d’Airbus : «  L’Etat semble oublier qu’il n’y a pas dans ce dossier qu’une dimension économique. L’aspect industriel est à prendre en compte car cet aéroport s’inscrit dans notre écosystème basé sur l’aéronautique. Je ne vois pas pourquoi nous serions aujourd’hui le seul pays au monde à vendre à la découpe une telle infrastructure … » À la région la colère commence à monter chez certains élus. Le Front de Gauche et EELV s’engagent clairement dans l’opposition à cette privatisation, et même au PS le doute commence à s’installer : « Il faut admettre qu’on a été endormi, moi y compris », s’insurge d’ailleurs le conseiller régional Didier Cujives. Et d’ajouter : « Tout cela bafoue la démocratie. Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt. »

« L’Etat votera en symbiose avec Symbiose »

Sur notre site web (onglet économie) découvrez les lettres que nous avons adressées à chacun des co-actionnaires locaux de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, racheté à hauteur de 49,9 % par le groupe international  à dominante chinoise, Symbiose. Nous avons donc adressé ces questions à Alain Di Crescenzo, président de la CCI, qui représente 25 % du capital,  à Jean-Luc-Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole (5 %), à Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées (5 %) et à Pierre Izard, président du Conseil général (5 %). À eux quatre, ils « pèsent » 40 % dans le destin du nouvel aéroport. Aucun n’a répondu à ce jour. Avant l’annonce officielle d’un rachat joué avant même que les lauréats aient été désignés officiellement, nos édiles rassuraient les foules sur l’avenir. De fait, l’Etat gardant une présence à hauteur de 10,1 %, nos matamores plastronnaient en usant d’une novlangue de bois, taillée dans l’arrière-boutique du bon docteur Coué : « ce n’est pas une privatisation, mais une ouverture du capital ». Comme sur un oreiller, leur posture reposait sur la certitude que l’Etat serait à leur côté pour damer le pion à cet attelage d’investisseurs à l’aura sulfureuse. Ils le clamaient dans tous les micros sur un air de cocorico : « la puissance publique restera majoritaire ». Mais, patatras ! Le 8 novembre, un article de Médiapart révélait certains passages d’un pacte d’actionnaires tenu secret par Bercy, qui a conduit la négociation. Ce document, mis en ligne sur le site d’information, révèle qu’en coulisses l’Etat a fait allégeance au groupe acheteur, s’engageant à ne jamais le contredire dans ses décisions. C’est écrit noir sur blanc : l’Etat votera en symbiose avec Symbiose. Certes, le jeu de mots est facile mais la réalité plus amère : nos visionnaires  au petit pied se sont fait rouler dans la farine. Qui plus est, le piège s’est refermé sur eux, avec leur quasi consentement. Ils étaient avertis, dès le 28 novembre, par un premier article de Médiapart paru avant même que Bercy ne « choisisse » l’acquéreur. Plutôt qu’une alerte quant à un coup tordu en préparation, Jean-Luc Moudenc maire et président UMP de Toulouse Métropole, a préféré voir « une attaque politicienne contre Emmanuel Macron », et voler au secours d’un représentant du gouvernement en dénonçant une « presse à sensation » ! Alain Di Crescenzo, lui, invoquait un « secret » connu de lui seul, pour se taire. Idem à la Région et au Département qui restaient sur la position d’un communiqué passe-partout qui promettait la « vigilance ». Avertis, donc ; mais qu’ont-ils fait ? Rien. Aujourd’hui informés de leur infortune, réagissent-ils ? Non. Aucun n’a « souhaité » répondre aux questions que nous leur avons soumises et qui nous semblent devoir être posées. Nous en sommes désolés pour nos lecteurs. Leurs rodomontades d’hier ne sont même pas couvertes par un air de fifre. Pour l’heure, comme terrés dans leur pleutre posture, ils semblent attendre que le citoyen oublie. Ils ont raison : cela ne manquera pas d’arriver. Leur terrain de jeu, c’est le temps et l’amnésie qui va avec : pour les prochaines élections ils se sentiront autorisés à clamer tout le soin qu’ils apportent à la défense des intérêts de leur territoire et électeurs. On parie ?

BONUS WEB

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D.Cujives

La colère de Didier Cujives, conseiller régional PS

“Il faut admettre qu’on a été endormi, moi y compris. Tout cela bafoue la démocratie. Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt. J’ai l’impression d’une régression … Il y a 10 ans je m’élevais avec beaucoup d’autres contre le projet de second aéroport, un dossier dont on ne parle plus aujourd’hui. Nous étions alors opposés à un gouvernement de droite, et aujourd’hui rebelote malheureusement avec un gouvernement de gauche. Le projet chinois est non sens économique et écologique, il faut savoir le dire. Vouloir passer à 20 millions de passagers est irresponsable ! Il existe des solutions : La LGV et le développement d’aéroports régionaux tels Tarbes et Rodez. Aujourd’hui je suis clairement révolté et scandalisé. J’ai envie de pousser un vrai coup de gueule car dans cette affaire les collectivités locales ont sans doute joué aux apprentis sorciers.”

Voici les lettres que nous avons envoyé aux collectivités locales :

Lettre à Alain di Crescenzo, président de la CCIT

Monsieur le Président de la CCI de Toulouse,

Monsieur Alain Di Crescenzo,

Dans son édition du 8 décembre, le quotidien en ligne Médiapart publie de larges extraits du « pacte d’actionnaires » qui lie désormais l’Etat et l’ « Acquéreur » de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Ce document indique (entre autres dispositions) que :

« l’Etat et l’Acquéreur s’engagent à se consulter afin de rechercher une position commune préalablement à toute réunion du conseil de surveillance sur l’ensemble des points à l’ordre du jour »

Et également que :

« L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre.»

Ainsi que :

« l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Et enfin, mais en substance, que

Le nouvel actionnaire décidera des investissements, de la stratégie et de la répartition des dividendes, et toutes dispositions portées à l’article 4 (« décisions importantes ») dudit contrat.

Compte-tenu de la composition du Conseil d’administration, il appert que, désormais, les collectivités, dont celle que vous présidez, co-actionnaires de l’aéroport, sont de facto en minorité.

Cependant, et ce seront nos questions :

  • Il apparait que le groupe choisi pour « ouvrir le capital » serait constitué d’une société domiciliée dans les paradis fiscaux, et d’une autre radiée par la banque mondiale pour « escroquerie ». Que suscite chez vous le fait de siéger, au nom de la CCI, au sein d’une instance, confiée aux bons soins d’entreprises affichant de telles qualités ?

  • Quels sentiments vous inspire l’existence de ce « pacte d’actionnaire » qui vous dépossède de toute initiative ?

  • Quelle sera désormais l’attitude de la CCI ?

En vous remerciant de l’attention que vous accorderez à nos sollicitations, et quelle que soit votre réponse, soyez assuré, Monsieur le Président de la CCI, de toute notre considération

Lettre envoyée à Pierre Izard, président du Conseil général

Monsieur le Président du Conseil Général,

Monsieur Pierre Izard,

Dans son édition du 8 décembre, le quotidien en ligne Médiapart publie de larges extraits du « pacte d’actionnaires » qui lie désormais l’Etat et l’ « Acquéreur » de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Ce document indique (entre autres dispositions) que :

« l’Etat et l’Acquéreur s’engagent à se consulter afin de rechercher une position commune préalablement à toute réunion du conseil de surveillance sur l’ensemble des points à l’ordre du jour »

Et également que :

« L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre.»

Ainsi que :

« l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Et enfin, mais en substance, que

Le nouvel actionnaire décidera des investissements, de la stratégie et de la répartition des dividendes, et toutes dispositions portées à l’article 4 (« décisions importantes ») dudit contrat.

Compte-tenu de la composition du Conseil d’administration, il appert que, désormais, les collectivités, dont celle que vous présidez, co-actionnaires de l’aéroport, sont de facto en minorité.

Cependant, et ce seront nos questions :

  • Il apparait que le groupe choisi pour « ouvrir le capital » serait constitué d’une société domiciliée dans les paradis fiscaux, et d’une autre radiée par la banque mondiale pour « escroquerie ». Que suscite chez vous le fait de siéger, au nom du Département, au sein d’une instance, confiée aux bons soins d’entreprises affichant de telles qualités ?

  • Quels sentiments vous inspire l’existence de ce « pacte d’actionnaire » qui vous dépossède de toute initiative ?

  • Quelle sera désormais l’attitude du Département ?

En vous remerciant de l’attention que vous accorderez à nos sollicitations, et quelle que soit votre réponse, soyez assuré, Monsieur le Président du Conseil Général, de toute notre considération,

Lettre envoyée à Martin Malvy, président de RégionMonsieur le Président du Conseil Régional,

Monsieur Martin Malvy,

Dans son édition du 8 décembre, le quotidien en ligne Médiapart publie de larges extraits du « pacte d’actionnaires » qui lie désormais l’Etat et les « repreneurs » de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Ce document indique (entre autres dispositions) que :

« l’Etat et l’acquéreur s’engagent à se consulter afin de rechercher une position commune préalablement à toute réunion du conseil de surveillance sur l’ensemble des points à l’ordre du jour »

Et également que :

« L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre.»

Ainsi que :

« l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Et enfin, mais en substance, que

Le nouvel actionnaire décidera des investissements, de la stratégie et de la répartition des dividendes, et toutes dispositions portées à l’article 4 (« décisions importantes ») dudit contrat.

Compte-tenu de la composition du Conseil d’administration, il appert que, désormais, les collectivités, dont celle que vous présidez, co-actionnaires de l’aéroport, sont de facto en minorité.

Cependant, et ce seront nos questions :

  • Il apparait que le groupe choisi pour « ouvrir le capital » serait constitué d’une société domiciliée dans les paradis fiscaux, et d’une autre radiée par la banque mondiale pour « escroquerie ». Que suscite chez vous le fait de siéger, au nom de la Région, au sein d’une instance, confiée aux bons soins d’entreprises affichant de telles qualités ?

Dans un communiqué, vous avez fait savoir que vous aviez obtenu auprès du Premier Ministre et du Ministre de l’Economie « des garanties » quant à la représentativité de « la puissance publique ».

  • En référence directe aux révélations de Médiapart qui publie de larges extraits du pacte d’actionnaires, vous êtes-vous enquis pour savoir si ce pacte a été souscrit avant ou après que vous vous en soyez, selon les termes de votre communiqué, « ouvert personnellement au Premier Ministre et au Ministre de l’Economie ».

  • Quels sentiments vous inspire l’existence de ce « pacte » qui va à l’encontre des engagements que vous pensiez avoir obtenus ?

  • Quelle sera désormais l’attitude de la Région ?

En vous remerciant de l’attention que vous accorderez à nos sollicitations, et quelles que soient vos réponses, soyez assuré, Monsieur le Président du Conseil Régional, de toute notre considération,

Lettre envoyée à Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de la métropole

Monsieur le Maire de Toulouse

Cher Jean Luc Moudenc,

Dans son édition du 8 décembre, le quotidien en ligne Médiapart publie de larges extraits du « pacte d’actionnaires » qui lie désormais l’Etat et les « Acquéreurs » de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Ce document indique (entre autres dispositions) que :

« l’Etat et l’Acquéreur s’engagent à se consulter afin de rechercher une position commune préalablement à toute réunion du conseil de surveillance sur l’ensemble des points à l’ordre du jour »

Et également que :

« L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre.»

Ainsi que :

« l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Compte-tenu de la composition du Conseil d’administration, il appert que, désormais, les collectivités, dont celle que vous présidez, co-actionnaires de l’aéroport, sont de facto en minorité.

Dans votre précédente réponse au « Journal Toulousain », vous avez fait savoir que vous ne lisiez pas « Médiapart » qui relève, selon votre appréciation de « la presse à sensation ».

Cependant, et ce seront nos questions :

  • Avez-vous vérifié ou fait vérifier les « allégations » de ce média concernant la qualité des désormais nouveaux actionnaires ?

  • Si oui, que suscite chez vous le fait de siéger au sein d’une instance, confiée aux bons soins d’un consortium constitué société domiciliée dans les paradis fiscaux, et d’une autre radiée par la banque mondiale pour « escroquerie » ?

  • Vous êtes-vous enquis, et auprès de qui, pour savoir si le « pacte d’actionnaire » mentionné plus haut existerait au-delà d’un article « à sensation » ?

  • Dans l’hypothèse où ce document serait réel, quelle sera l’attitude la Mairie de Toulouse ?

En vous remerciant de l’attention que vous accorderez à nos sollicitations, et quelles que soient vos réponses, soyez assuré, Monsieur le Maire, cher Jean-Luc Moudenc, de toute notre considération,

 

 



2 COMMENTAIRES SUR [100% INVESTIGATION] Aéroport : Le vrai mensonge

  1. BL dit :

    Voici le type d’articles qui font plaisir.
    Un sujet a continu à creuser encore et encore car il semble particulièrement révélateur.

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