Zumba : la nouvelle machine à cash ?

A mi-chemin entre danse et fitness cette nouvelle discipline remplit les salles de sport partout en France. A Toulouse, la demande est exponentielle. Mais derrière les couleurs de la Zumba se cache un business bien rôdé.

«Etes-vous prêts à faire la fête pour être en forme ?» Voilà en deux mots l’opération séduction lancée depuis deux ans dans l’hexagone par «l’entreprise Zumba fitness». Car ici on parle bien affaires. Si Zumba fitness déferle en France à vitesse grand V, c’est parce que c’est avant tout une marque avant d’être un sport, gérée comme une entreprise et non comme une fédération sportive. Dans les années 90, un Colombien, Alberto Beto Perez, chorégraphe émérite, invente la Zumba un peu par hasard. Le danseur, ayant oublié ses cassettes aurait improvisé son cours sur un cd de musiques latines. Le concept rencontre un tel succès qu’il décide de l’exporter. Il rencontre deux entrepreneurs au nez fin. Ensemble ils créent et déposent la marque Zumba Fitness. Depuis la zumba fait bouger plus de 12 millions d’adeptes à travers le monde.

Plus de 300 instructeurs Zumba à Toulouse

Après une discrète arrivée en France il y a deux ans, la demande a explosé à la rentrée 2011. «Nous avons proposé des cours de Zumba dès l’ouverture de la salle Exstasis en septembre 2010», explique Nicolas Rochas, gérant, «au début je n’y croyais pas vraiment, et puis il y avait quelques moqueries sur le concept très «années 90». Pourtant nous avons rapidement fait salle comble. En outre, début 2011 via le site Groupon, nous avons vendu des cours à plus de 800 personnes et aujourd’hui nous proposons quatre cours par semaine : cela représente 15% de notre chiffre d’affaires, c’est énorme.» Une aubaine pour les salles de sport qui attirent une clientèle inédite : «Si la discipline plaît aux sportives, elle devient aussi la marotte des ménagères de moins de 50 ans qui veulent bouger». Un public à 98% féminin entre 20 et 40 ans. «Cela démocratise le sport en salle notamment auprès des non-sportifs, d’ailleurs pas un seul jour ne se passe sans un appel concernant les cours de Zumba», termine-t-il. Mais tout n’est pas si simple et la colère gronde chez les professeurs de danse et de fitness… Et pour cause : «La formation officielle, pour devenir instructeur est ouverte à tous : il suffit d’être majeur. Il y en a dans toute la France et chaque session dure deux jours», indique Stéphanie Carpentier, l’une des quatre instructeurs Zumba fitness autorisée à délivrer des formations en France. En clair contre 280 euros, n’importe qui peut aller traîner ses baskets dans l’une des formations proposées chaque weekend aux quatre coins de la France et repartir ainsi armé d’une certification à enseigner la discipline. Et à coup de 60 élèves inscrits par session, c’est tout une ribambelle de nouveaux «professionnels» qui débarquent sur le marché chaque semaine…

Une circulaire du Ministère des sports

Corinne A., professeur de danse et instructeur Zumba fitness à Toulouse ajoute : «Si l’on n’est pas du milieu, c’est impossible de suivre et d’apprendre en deux jours les pas de salsa, de merengue, de kumbia et de reggaeton. Cela peut être un plus mais ce n’est en rien une formation complète. Au début, seuls les professeurs issus du fitness ou de la danse venaient se former mais l’objectif de Zumba Fitness c’est de vendre et ils ont fait une telle opération commerciale revendiquant l’accès à tous et toutes que certains ont vu là le filon pour se faire un «complément de salaire», déplore-t-elle, dénonçant les dérives du système Zumba fitness. Le ministère des sports a d’ailleurs tenté de faire face à ces débordements par la circulaire en date du 24 avril 2012 stipulant : (…) «La qualification d’activité de loisir dont se prévalent certains opérateurs, ne saurait faire échec à l’application des règles relatives à l’encadrement rémunéré d’une activité physique ou sportive. Il en est ainsi de la «ZUMBA», qui s’appuie sur des rythmes et des chorégraphies inspirées de danses latines, à des seules fins de remise en forme. Ainsi tout encadrement rémunéré d’activité(s) de remise en forme doit être assuré par une personne qualifiée et déclarée auprès des services départementaux chargés des sports.» Pour prétendre à enseigner ce type de discipline, le cursus traditionnel prévoit à minima un à deux ans de formation incluant l’apprentissage de notion relatives à l’anatomie, à la musique, à la bio mécanique, la pédagogie ou encore à la physionomie.

Zumba fitness mais pas que…

«Aujourd’hui», ajoute Nicolas Rochas, «recruter un bon instructeur de Zumba est très compliqué : ils sont plus de 300 à Toulouse (une liste non-actualisée apparaît sur le site de Zumba fitness, ndlr). Mais notre expérience nous a prouvé que deux jours de formation ne suffisent pas ! Après un cours avec un instructeur trouvé via leur site, mes adhérentes ont voulu être remboursées tant elles étaient mécontentes. Je ne peux pas me permettre de risquer une blessure à cause d’un instructeur formé à la va-vite.» Ironie du sort, la demande semble si forte que malgré un niveau souvent médiocre, les instructeurs Zumba réclament le prix fort : «30 à 50 euros le cours», termine-t-il. Et la machine Zumba ne s’arrête pas là. A l’issue de la formation payante, on obtient le droit d’exploiter le nom Zumba et de donner des cours mais cette licence n’est valable qu’un an. Afin de la prolonger, il suffit d’adhérer au ZIN (Zumba Instructor Network), pour la «modique» somme de 23 euros par mois. Enfin, pour ne pas tomber en désuétude aussi vite que ses congénères aquabike ou Pilates, la marque Zumba favorise un renouvellement perpétuel lançant à-tout-va des variantes type «Zumba gold» à destination des personnes âgées, «Zumba tomic» pour faire danser nos têtes blondes ou encore «Aqua zumba»… Enfin la marque a lancé une gamme élargie de produits dérivés : du nécessaire CD/DVD à la ligne complète de vêtements, elle fait même son apparition sur les consoles de jeux dernier cri. Fort de son succès, Zumba fitness détaille aujourd’hui sur son site internet, un guide d’utilisation de sa marque. Morceau choisi : «Les marques commerciales Zumba ne doivent pas être utilisées comme un terme générique, par exemple comme le nom d’un programme de fitness : «ma salle de gym propose de la Zumba». Un moyen d’éviter que le mot n’entre peu à peu dans le langage courant comme les malheureux «frigo» ou «kleenex».

 

Aurélie Perez



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