Yves Lignon Elémentaire mon cher Sherlock !

Yves Lignon «L’aventure du grand voyageur ou un curieux exploit de Sherlock Holmes»

Vade retro charlatans ! Yves Lignon est de retour. Cette fois avec un livre, «L’aventure du grand voyageur ou un curieux exploit de Sherlock Holmes» (éd. Les éditions de l’Œil du Sphinx). Avec Rennes-le-Château en toile de fond, le célèbre mathématicien toulousain, chasseur de fantômes et de preuves scientifiques, y fait anachroniquement se rencontrer le fin enquêteur britannique (et son acolyte Watson !), Georges Labit et Claude Nougaro. Rencontre facétieuse en terre toulousaine et un peu au-delà…

Yves Lignon, on vous dit féru de Sherlock Holmes. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisi comme fil conducteur de ce livre ?

Comme beaucoup, j’ai découvert Sherlock Holmes à l’adolescence, mais en réalité, je ne suis pas vraiment un holmésien. Ce qui m’intéresse en revanche, c’est l’auteur Conan Doyle. Sa personnalité exprime plus que toute autre la complexité humaine. C’était un Janus. Il était indifférent à l’argent mais d’une dureté incroyable quand il négociait avec les éditeurs ! Et quand à la fin de sa vie, devenu spirite, il a fait de la propagande pour le spiritisme, le pauvre a été victime des pires charlatans que la Terre portait à l’époque.

Et pourquoi Georges Labit ?

C’est là aussi une histoire que je trouve intéressante. A mon avis, Georges Labit n’est pas mort mystérieusement mais brutalement. A voir ses photos, probablement d’une crise d’apoplexie, ou peut-être de la syphilis… Il a eu une vie à la Maupassant, il aimait bien boire, bien manger et à la fin du 19ème siècle, on n’avait pas d’hygiène de vie. A sa mort, comme la famille n’a rien révélé, les rumeurs ont couru sur Toulouse et même aujourd’hui, des descendants disent qu’il ne faut pas toucher au «grand homme.»

En construisant l’intrigue, vous avez intégré Rennes-Le-Château…

Oui. Il y a dans cette autre histoire quelque chose de fabuleux. On part d’un curé qui trafique et se fait taper sur les doigts par son évêque, pour en arriver au Da Vinci Code !

C’est-à-dire ?

Rennes-Le-Château est une espèce de mythe agglutinant qui s’est gonflé au fil des années. Mais au départ, il n’y a rien. On s’est demandé d’où l’Abbé Saunière tirait son pognon. La réponse est simple : par des trafics inimaginables. On s’aperçoit même au travers de ses propres archives qu’il faisait le grossiste en vin de messe ! (rires) Il achetait en gros et revendait à ses «confrères» en prenant son petit bénéfice au passage. Vers 1950, on a parlé du trésor mais comme on n’a rien trouvé, on a alors dit qu’il aurait eu accès à un secret capable de foutre en l’air l’Eglise Catholique, et ça, c’est le Da Vinci Code.

«La baudruche littéraire du printemps»…

On sent que vous avez écrit ce livre pour vous faire plaisir…

Ah oui ! Il est d’ailleurs bourré de clins d’œil. Des copains y sont cités partout, notamment sur l’affiche de la Tournerie des Drogueurs. J’y parle du Toulouse que j’aime et de celui que je n’aime pas…

Justement vous y évoquez «La baudruche littéraire du printemps» en référence au Marathon des Mots. Vous parlez aussi du «masque ridicule imposé à Toulouse par ceux qui la confondent vaniteusement avec le nombril de l’univers» C’est un livre politique ?

Oui, au sens noble du terme. J’essaie d’y montrer que j’aime Toulouse où je vis depuis cinquante ans, mais que ce n’est pas une raison pour être tendre avec les Toulousains ! J’envoie un coup de pied au Marathon des Mots mais aussi à Jazz sur son 31. On s’amuse beaucoup, on va écouter de la musique dans la cour du conseil général mais à Toulouse, mis à part le Mandala, on n’a plus de vraies boîtes de jazz. Il y a vingt ans, rue des Blanchers, vous en aviez trois ou quatre.

C’est une musique que vous appréciez particulièrement…

Oui, c’est mon fluide vital.

«Une histoire de Toulouse à ne pas oublier» 

Au détour d’un chemin, le lecteur croise aussi Claude Nougaro. Le trait d’union avec le jazz est évident…

Oui bien sûr. J’ai rencontré Claude Nougaro plusieurs fois. Nous avons même passé ensemble une nuit courte et arrosée ! Mais je vous avoue que le culte de Nougaro à Toulouse m’énerve aussi un peu. On a la station de métro, le collège, une école primaire à son nom… Sa fille demande trois millions d’euros pour retaper une maison éclusière… C’est exagéré ; d’autant que, certes il aimait beaucoup Toulouse mais vivait à Paris.

Autre personnage que vous mettez à l’honneur : le sculpteur Giscard…

Oui, j’ai voulu rendre hommage à Joseph Giscard. Les Giscard sont une dynastie de sculpteurs de la terre cuite qui fait partie du patrimoine toulousain. Avant de mourir, Joseph Giscard a décidé de léguer sa manufacture, ses moules, etc. à la ville de Toulouse pour que cet art demeure et pour en faire un lieu de vie. Mais la terre cuite n’intéresse pas l’électorat de l’actuelle municipalité : ces nouveaux Toulousains qui arrivent chaque année.

Ces néo-Toulousains n’ont pas selon vous la culture de la ville ?

Voilà. Tout ce qu’ils voient, c’est que Toulouse se situe à 1h30 de Saint Lary ou de Narbonne plage. Mais il y a une histoire de Toulouse à ne pas oublier ! Les Giscard ont fait fortune avec cette statue de Sainte-Thérèse de Lisieux qui porte un bouquet de roses et que l’on trouve dans bon nombre d’églises. Mais, ça, ne les intéresse pas…

«Ma religion : La science laïque»

Vous défendez aussi l’Occitanie ?

Oui, je suis terriblement occitan, sans être intégriste pour autant. Je ne suis pas tellement partisan par exemple d’annoncer dans le métro les stations en occitan ! Mais ce sont une langue et une culture magnifiques qui elles non plus, ne doivent pas se perdre.

Où en êtes-vous de vos expériences paranormales ?

Je suis à un âge où on réfléchit avant d’aller crapahuter la nuit dans des lieux soi-disant hantés ! (Rires) Je prépare un livre sur la question de l’après-vie à savoir, la conscience humaine peut-elle encore exister après la mort ? On n’a évidemment pas de réponse à cette question mais elle est posée scientifiquement. Il devrait sortir en octobre 2013. J’écris lentement… (Rires)

Quels sont vos autres projets ?

Avec d’autres auteurs connus dans le milieu de la littérature imaginaire, nous avons un projet d’écriture collective, dans un esprit surréaliste, cadavre exquis : Sherlock Holmes contre Fantômas.

Avec le recul, la vision du mathématicien que vous êtes, a-t-elle changé sur le paranormal ?

Oui je le pense. Ma curiosité intellectuelle a été orientée vers des doctrines spiritualistes, hindouistes, extrême-orientales. Ce ne sont pas des théories scientifiques et donc en tant que telles, je ne peux les prendre en compte mais je peux remarquer qu’elles existent. Ma religion, c’est la science laïque.

Propos recueillis par Claire Manaud et Thomas Simonian

Les fonds récoltés par la vente de ce livre sont entièrement reversés au Musée Labit.

Yves Lignon sur les ondes

Tous les dimanches à 18h, Yves Lignon présente sur les ondes de Radio Montaillou (107.5 FM et 90.7 FM depuis Toulouse) et Axe Sud (105.1 FM) une émission intitulée : Les Portes du Mystère. L’émission de ce 8 avril portera sur le livre : «L’esprit sans limites – La physique des miracles» de Russell Targ (Ed. Trajectoire). Quant à l’émission du 15 avril, elle sera consacrée aux mystères qui entourent le naufrage du Titanic à l’occasion du centième anniversaire.



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