“Toulouse, le patrimoine révélé” de Jean-Claude Jaffé :Cet ouvrage tente d’allier l’art et la foi»

Tel un pèlerin en route pour Saint-Jacques, Jean-Claude Jaffé a consacré trois ans de sa vie à l’étude des lieux de culte catholiques toulousains. Autour de leur histoire et de leur architecture, ce ne sont pas moins d’une cinquantaine d’églises, de paroisses, de chapelles, de communautés parfois éducatives, que cet ancien directeur adjoint du diocèse de Toulouse raconte dans un magnifique ouvrage d’art intitulé «Toulouse, le patrimoine révélé» aux éditions Privat. Rencontre.

 

Jean-Claude Jaffé, pourquoi un tel intérêt pour le patrimoine religieux catholique toulousain ?

C’est en réalité Philippe Terrancle, directeur des Editions Privat qui m’a commandé ce livre. Il se trouve que l’on n’a jamais écrit sur le patrimoine religieux toulousain dans son exhaustivité. Seul un  ouvrage paru en 1927 de Jules de Lahondes «Les monuments de Toulouse» relate l’existence de  bâtiments civils et religieux mais il se limite à la ville intra-muros.

 

Quel était votre objectif ?

J’ai voulu retracer l’histoire de la foi chrétienne et plus particulièrement catholique, à travers les âges. Cela se reflète peu ou prou à travers des pierres. Je fais d’ailleurs mienne l’expression «Pierres vivantes» selon ce catéchisme pour jeunes. Mon ouvrage tente d’allier l’art et la foi. C’est ce double regard que j’essaie de porter à travers mes balades spirituelles dans la ville.

 

Globalement comment qualifieriez-vous ce patrimoine ?

Malgré d’énormes pertes qui justifient le mot de Montalembert «Toulouse est la capitale du vandalisme», il reste une richesse tout aussi immense. Pour moi, les deux joyaux de la ville sont la cathédrale Saint-Etienne et la superbe basilique romane de Saint-Sernin. Mais d’autres lieux ne sont pas forcément connus du public. Ils sont même parfois cachés. Et d’une certaine manière, le titre de ce livre est significatif. J’essaie de lui en révéler un certain nombre.

 

Comme la très discrète Saint Jérôme, que vous décrivez «coincée» entre les rues de la Pomme et du Lieutenant-Colonel-Pelissier ?

Oui, mais cette église-là, les Toulousains la connaissent bien. C’est davantage le touriste qui est surpris par sa présence. D’autant que de la rue, on ne s’imagine pas son architecture globale.

 

Ce livre a nécessité trois ans de visites. Lesquels de ces endroits avez-vous préféré étudier ?

Saint-Aubin d’abord, qui a tout d’une basilique et mériterait presque de l’être. Vue de l’extérieur, c’est une église inachevée, massive, trapue, sans clocher. A l’intérieur en revanche, elle est extrêmement chaleureuse et recèle énormément de trésors. Ensuite, il y a Saint-Pierre des Chartreux, rue Valade. Toulouse est la seule ville dans laquelle la congrégation des Chartreux est implantée. Ailleurs, que ce soit en France, en Italie, ou en Espagne, on la trouve dans des lieux isolés. Et fait exceptionnel, elle a toujours été accessible au public. Mais ce qui est amusant, c’est que cette église est devenue la paroisse très vivante des étudiants, alors que l’Ordre des Chartreux est l’un des plus stricts, des plus rigides, qui se caractérise par son silence. Le niveau sonore n’est donc pas le même ! (rires) Ce côté anecdotique montre bien la transmission de la foi à travers les époques. Il y a des évolutions certes, mais la foi avance à petits pas. Elle est toujours présente.

 

 

Vous vous faites parfois critique lorsque vous dénoncez par exemple la transformation du calvaire de Sainte-Marie-des Anges ou les cryptes délaissées de Saint-Aubin. En ce sens, votre livre est-il politique ?

Non il n’y a aucun élément politique à proprement parler dans mon ouvrage. Si ce n’est que  «Toulouse la Catholique» a façonné la vie politique de la ville. A une époque, des évêques, l’équivalent des maires actuels, ont joué un rôle bénéfique pour Toulouse. Le cardinal Dillon par exemple, a aménagé le cours Dillon, en transformant ce lieu abandonné en une promenade élégante où la nature était mise en valeur. Il a participé à l’embellissement de la ville. Mais je veux vous citer une figure plus grande encore : le cardinal Loménie de Brienne. Les Toulousains connaissent le canal éponyme mais ne savent pas forcément qu’il a complètement aménagé les quais de la Garonne. D’autre part, il a interdit les cimetières en ville pour des raisons d’hygiène, de salubrité. Il en existait un autour de chaque église qu’il a faits transférer, ce qui n’a pas dû être facile, sur l’emplacement actuel de Saint-Aubin, avant la création de Terre Cabade. Il a su mettre en avant le bien-être des citoyens, le bien commun. Pour l’époque, c’était une mesure politique audacieuse et même au-delà. De tout temps, les chrétiens ont voulu se faire enterrer au plus près de la maison de Dieu. A Saint Sernin, le sarcophage extérieur était réservé aux nobles. Et puis de grandes personnalités sont enterrées dans des églises : Riquet à Saint-Etienne, le poète Goudouli à la Daurade. Cette mesure était donc aussi courageuse d’un point de vue religieux.

 

Dans quel état les églises toulousaines sont-elles ?

Il faut d’abord dire qu’il en existe de trois types : les cathédrales qui sont la propriété de l’Etat, les églises d’avant 1905, propriété de la municipalité et d’après 1905, qui appartiennent à l’Evêché. En ce qui concerne les églises de prestige, vraiment patrimoniales, l’héritage est lourd pour la municipalité. Cela représente des chantiers énormes. Les Jacobins ont été restaurés, c’est une bonne chose. Saint- Nicolas aussi de manières remarquable et moderne. Mais j’ai deux regrets en effet : le sous-sol de Saint-Aubin est à l’abandon alors que c’était un lieu de culte important et la chapelle des Carmélites – « la chapelle Sixtine toulousaine » – est endommagée par des infiltrations. Un entretien sera nécessaire forcément.

 

Tout un chapitre est consacré aux églises modernes. Quel regard portez-vous sur ces architectures ?

Je reste réservé parce que c’est une question d’esthétisme personnel. Dans leur aspect extérieur du moins, certaines n’ont pas ma préférence. Mais on peut souligner la beauté et le côté original de Saint Jean-Baptiste par exemple aux Sept Deniers. Sa construction ovale est ornée des vitraux certes modernes mais qui jouent sur la spatialité et la luminosité. Et puis grâce à des salles de réunion, ou dédiées à la catéchèse situées au sous-sol, on peut dire qu’elle a été très bien conçue. C’est une architecture de belle facture et surtout fonctionnelle.

Mais ont-elles autant d’intérêt que leurs illustres voisines ?

L’intérêt pour quiconque, c’est le patrimoine. Et pour le chrétien, c’est le lieu de culte. Ont été privilégiées au moment de Vatican II, des églises de petite taille, familiale, chaleureuse, comme Saint-Hilaire et surtout Saint Paul aux Amidonniers. Cette ancienne usine d’amidon a été restaurée et le travail d’architecture est remarquable.

 

Spirituellement, humainement, qu’est-ce que ce travail vous a apporté ?

Je constate qu’il n’y a pas besoin d’aller à Saint-Jacques pour faire un pèlerinage ! (rires) D’autant qu’à Saint-Sernin et non à Compostelle, se trouvent les reliques de Saint-Jacques le Majeur ! Ce travail qui a fait se télescoper la vie passée et l’animation réelle, authentique actuelle, m’a permis d’avoir un regard neuf, moi qui pensais bien connaître ces lieux. Mais j’ai pu également établir de très nombreux contacts avec des documentalistes, des guides, des présidents d’associations qui tous ont ce souci du patrimoine. Et non seulement j’ai reçu un accueil cordial des ministres du culte officiels, des curés, mais aussi des paroissiens. A Saint-Aubin par exemple, où deux-trois d’entre eux se relaient en permanence l’après-midi pour que la basilique soit ouverte et contrôlée, ou à Notre-Dame de Casselardit. J’ai vécu une véritable aventure humaine.

 

Propos recueillis par Claire Manaud

 



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