Salon du livre de Paris ; Impressions de Toulouse

Salon du livre
Salon du livre

A la grande kermesse de la galaxie Gutenberg autrement dit au Salon du livre de Paris, qui tient ses assises chaque année à la Porte de Versailles et qui draine par centaine de milliers des visiteurs, pour ne parler que des foules avide de livres sans parler du millier d’auteurs qui s’y rabote le poignet aux signatures rituelles, il y avait en ce cru 2O12 où le Japon était l’invité d’honneur ainsi que la ville de Moscou, comme une absence au travers des stands qui ressemblent à des îles, des éditeurs de Midi Pyrénées ; qui bien évidemment, doivent avoir leur raison de ne pas y être. Mais, à y regarder de près, ça et là, battait hautement le pavillon toulousain par des auteurs aux origines prouvées de la cité rose et qu’il fait bon lire.

 Une petite musique de jour

Pour qui est de Toulouse, tout le monde connaît la place de la Trinité, un peu fermée sur elle-même avec en son milieu une fontaine circulaire aux statues nappées de vert. C’est de là que vient le roman d’Alain Monnier dont il porte le titre «Place de la Trinité» sauf que, c’est son histoire qui s’y installe, lui-même et ses personnages qui vont et viennent dans ce  territoire, s’attable à la Dolce Vita ou au Picadilly ; avec une unité de lieu qui fait penser aux films des années cinquante qui plantent le décor et font bouger dedans, hommes et femmes.

Place de la Trinité Alain Monnier
Place de la Trinité Alain Monnier

Adrien nous narre son histoire, une histoire d’attente éternelle d’un homme après une femme, qui mène son errance d’un lieu à l’autre, comme s’il cherchait une disparue qui parfois se profile au fond d’une rue ou qui passe ; au bord de l’oubli. Adrien qu’on se surprend à confondre avec l’auteur, est un décalé vaguement fataliste qui vit la vie en pointillés sans vraiment s’en saisir, qui échappe à l’événement  qui pourrait changer sa vie. Même au rêve de Louise, la femme aimée, qui le fait monter un peu et redescendre presque aussitôt ; comme tristement parachuté dans la réalité.

Il y a du doux amer dans la vie d’Adrien, un air à la Truffaut et une fantaisie qui se résigne à n’être rien d’autre. La référence à Pétrarque et à Laure de Nove que le narrateur imagine tant de siècles plus tôt hanter la Place de la Trinité, est le tempo de cette mélodie pudique où s’effleurent, où s’effeuillent des sentiments qui ne disent presque rien, comme effarouchés par l’aveu.

«La place de la Trinité» est le roman de l’attente, l’attente se suffisant à elle-même, comme un palier de l’amour. Et quand la «Gracieuse» comme il dit, s’émeut de lui après la rose offerte, se pare et après tout ce temps, va à sa rencontre une nuit dans une fête de rue, quand ils se trouvent enfin, Adrien, dans un sursaut involontaire, se refuse à Louise, il s’esquive à l’amour et revient à pas comptés à l’attente de la femme aimée ; comme l’a fait Pétrarque qui, sa vie durant, a soupiré après sa Laure ; longtemps après sa disparition.

«La place de la Trinité» est un roman à la juste émotion, aux moeurs adoucis et à fleur d’âme où plane le regret et un je ne sais quoi qui l’apparente à ceux et celles d’un autre temps, où l’amour n’était dit que tout bas, parfois pas même avoué, et qui se mourraient de ce silence.

Les petites mères de Sandrine Roudeix
Les petites mères de Sandrine Roudeix

 «La Vieille en sucre»  Fernande, Babeth, Rose et les autres

 Et puis, il y a «Les petites Mères» de Sandrine Roudeix à l’enfance toulousaine, ce récit romanesque qu’on ressent comme une auto-fiction, où chaque personnage dont ne sait pas, d’abord, qui est la fille de qui est la mère la mère-grand ou l’arrière qui répond au sobriquet tendre de «la vieille en sucre.» Cousu de l’une à l’autre le récit, ou suivant des mailles dont mincit la pelote, de telle façon qu’on est mené dans l’histoire de ces femmes ménagères, dont le temps passe aux fourneaux, qui parfois donne l’impression qu’on s’est trompé de genre, qu’il s’agit d’un livre de cuisine tant elles sont gourmandes «les petites mères» pelant l’oignon avec application, coupant le morceau à mettre au pot, se souciant que la jeune Rose, dernière de la lignée et qui annonce sa venue chez elles pour présentation de son futur, qu’elle adore mais qu’elle  adore  les cèpes !

Très vite, on se sent chez elles (les petites mères) comme chez soi. On y suit les gestes domestiques, le soin du linge, les détails ménagers et surtout, surtout, ce qu’elles se disent de l’une à l’autre, parfois oralement parfois seule, en monologue et réflexions diverses qui les font revenir à d’autres époques et âprement s’interroger sur ce qui allait ou ce qui n’allait pas, dans leur histoire.

On s’émeut à leur approche et à leur vie qui pourrait sembler commune mais qui, en réalité est la vie même, que l’écriture de Sandrine Roudeix suit comme à la trace de celles qu’elle aime. Aussi bien l’arrière «la vieille en sucre» que Fernande l’impossible grand-mère, aussi bien Babeth la mère même si, visiblement, leurs deux générations sont étanches l’une à l’autre.

Rose (Sandrine ?) la narratrice trouve prétexte à raconter ce qui se passe dans ce chaud gynécée, au point qu’on s’y attache et qu’on y trouve, entre elles toutes et soi-même, une sorte de parenté.

Rose a la fière allure, dont le regard pénètre jusqu’à l’enfance d’une belle lucidité, Rose affublé d’un futur, étranger à tout ce petit monde d’attention toute féminine, même si certaines choses ne passent pas entre elles et en atténuent l’image. Rose qui se souvient et aime celles qu’elle aime, jusqu’aux petites habitudes, qui fait d’elle l’héritière en titre des petites mères. Rose qui dit «Mais peut-être est-ce cela que sa mère recherche, que son nombril ressorte pour que le cordon repousse entre elles» et qui émeut aux larmes (j’en suis témoin) quand, après sa sortie du dîner de famille avec son prétendant muet et excédé de cette société de femmes qu’il juge par devers lui si ordinaires et qui pourtant sont si humaines ; Rose qui au lieu de monter dans le carrosse dont s’offre la porte ouverte, dit à son prétendant les mots fatals «Je te quitte Martin» comme si «Les petites mères» lui dictaient sa conduite et qu’elle ait pris conscience de ce qu’il était vraiment ce Martin, un personnage sans «fibre» ; Rose qui se lance dans la nuit et court de tout son souffle et qui se délivre «Elle a choisi. Elle vient de partir.»

Les mots de Toulouse de Bernard Moreux /Robert Razou
Les mots de Toulouse de Bernard Moreux /Robert Razou

 A l’étal des P.U.M.

 Au détour, faisant coin, l’étale des très estimées Presses Universitaires du Mirail offrent leurs récentes parutions, leurs essais savants et bien dirigés, allant des sciences sociales à la philosophie, de la collection «Tempus» où fleure l’histoire à «Tempus moderne» ainsi que de la collection «les fondamentaux», les mots de l’histoire ou de pays lointains, ou bien ceux qu’on se disait dans la Rome antique ou à la Renaissance.

Ce qui surtout peut intéresser les gens de Toulouse, c’est le dictionnaire perpétré par Bernard Moreux et Robert Razou «Les mots de Toulouse». On y surprend les termes dérivants de l’occitan adaptés par des siècles de langue orale, un peu comme l’ont fait les étrangers en pays conquis. Sauf que la racine est la même par exemple dans finestrou qui vient de fenêtre ou pitcharou, de pichet. Ce sont de belles consonances au sens ensoleillé, ajoutées à l’accent d’ici. Non pas tant pour le pittoresque de la chose mais simplement de termes appropriés qui sont juste là où il faut et relève la langue, d’un brin d’épice.

Comme «goulafre» pour goinfre qui sonne plus goinfre ou bien «boute-merde» (Oh pardon !) pour, devinez quoi ou bien «rechampi» pour «requinqué». Et je ne résiste pas à un exercice de vérité à savoir, qui peut comprendre ce qui suit s’il n’est pas depuis, je ne sais combien de générations, originaire de Toulouse.

«La gargaillol du pepi s’est empétéguée a le birer, on se dit qu’il en devient fardole. Rien n’y fait, pas même une Pimpanelle qui passe !» ou bien «Je foussègue dans des feuilles et au bout d’un moment malgré le calimas qui m’épuise, se graoupigne un petit camparol.» Fin de citation !

J.R.G.    

 Sandrine Roudeix «Les petites mères» Flammarion
Alain Monnier «Place de la Trinité» Flammarion
Bernard Moreux /Robert Razou «Les mots de Toulouse» PUM.


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