Rose : « Je ne sais pas ce que c’est d’être heureuse »


Le 22 octobre prochain, Rose sera au Bikini. L’interprète de « La liste » est de retour dans la région pour son dernier album « Et puis juin » aux influences folk. Rencontre.

 

Dans quelle condition est né votre nouvel album « Et puis juin » ?

C’est un album qui a été réalisé naturellement et rapidement dans la composition. Avant ce passage-là, je suis restée toute une année sans rien faire, me laissant le loisir d’être enceinte et de savourer le bonheur d’avoir mon fils en juin 2011. Quelques mois après sa naissance, en septembre, j’ai recommencé à écrire. J’avais un besoin viscéral d’exprimer ces nouveaux sentiments ressentis suite à cet heureux événement.

 

Qu’est-ce que cela a changé chez vous ?

Tout. A présent je commence à travailler de bon matin alors qu’auparavant, je n’étais disposée à écrire que le soir, voire une bonne partie de la nuit. J’ai dû modifier mon mode de travail, me plonger dans l’écriture sans trop savoir où j’allais. Je pensais parler du bonheur d’être maman et croyais que cet album allait être plutôt optimiste. Finalement, je ne me suis pas du tout laissée porter par cette plénitude que j’avais tout au fond de moi.

 

Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment d’écrire ce dernier opus ?

J’étais remplie de doutes, de questionnement, à savoir si être maman suffisait à être heureuse. Je me suis rendue compte que non, c’est un travail au quotidien et de longue haleine. J’y parviens par ailleurs aisément chaque jour, de mieux en mieux.

 

« Au final je ne suis pas malheureuse »

 

Sur les précédents albums, vous parliez déjà de votre vie, on peut dire que c’est votre source d’inspiration…

Je ne peux pas faire autrement. Je n’ai pas une inspiration imaginative. Je ne sais pas inventer des histoires. J’ai vraiment besoin d’un ressenti de sensations très personnelles. Souvent j’écris à des moments où je ne suis pas pleinement heureuse ou satisfaite. C’est à cet instant-là que j’ai besoin d’écrire. J’ai mes moments de doutes, de peurs, mais aussi de peines indescriptibles qui remontent en moi sans en connaître la provenance. Je me suis également attachée à des événements qui ne me sont pas arrivés comme le fait de vivre de près la dépression d’un proche. Tous ces éléments réunis m’ont inspirée pour ce CD. Je me suis retrouvée au travers de cette personne, dans ce côté « j’ai tout pour être heureuse mais je ne le suis pas. » D’ailleurs, « Je suis heureuse » est une phrase que j’ai beaucoup de mal à prononcer, peut-être du fait que je ne me satisfais pas facilement de ce que j’ai.

 

C’est paradoxal tout de même, vous dites que vous avez tout mais que vous n’êtes pas heureuse…

Je ne sais pas ce que c’est d’être heureuse. J’ai du mal à le dire, mais au final je ne suis pas malheureuse. C’est un constat assez étrange parce qu’avant je me disais souvent « ça ne va pas, je ne suis pas bien », à présent je ne peux plus dire ça. Je me suis rendue compte qu’en ayant tout ce dont j’avais rêvé, ça n’allait pas mieux dans ma tête. Il reste toujours des choses à régler. J’ai réussi à comprendre que ce n’était pas à cause des événements qui m’arrivaient, mais que c’était moi qui avais des problèmes de bases à régler. Je suis allée dans ce sens-là. J’ai travaillé sur ces démons quand je suis devenue maman. Je suis plus positive qu’auparavant, j’avance avec plus d’aisance tout en oubliant ce côté obscur.

 

« Pour vivre heureux vivons cachés », cela n’est pas votre credo puisque vous vous racontez tel un livre ouvert au travers de vos chansons. Cela vous amène une certaine sérénité de chanter votre vie ?

J’écris quand je le sens. Ce sont des moments que je ne choisis pas. Ce n’est pas un cliché, c’est la réalité, on compose quand on va moins bien, c’est à cet instant-là qu’on en ressent l’envie, le besoin. Forcément les chansons sortent des tripes. Je ne supporte pas d’écrire un texte qui ne peut pas toucher des gens profondément. J’ai besoin qu’ils se retrouvent au travers de mes chansons.

 

Tout le long de cet album, vous vous dévoilez telle que vous êtes sans vous épargner…

C’est vrai. Quand j’écris ça me paraît évident, puis quand on le livre en chanson, on se dit « j’espère que je ne suis pas allée trop loin et que les gens ne vont pas être déçus. » Finalement, après coup, quand je reçois les messages de fans, je me rends compte qu’ils aiment cette authenticité qui ne peut pas être masquée, qui est vraiment réelle. Je me mets à la place de l’auditeur et j’essaye de me dire « qu’est-ce que je ressentirais si j’écoutais ça ? » Je pense que je serais contente d’en savoir davantage et que l’artiste vit aussi ce genre de choses, comme monsieur et madame tout le monde.

 

Le fil conducteur de cet album est cet homme qui partage votre vie ainsi que votre enfant. Néanmoins il y a une chanson qui sort un peu du contexte, « On dit », dans laquelle vous parlez de la société en général…

Oui c’est vrai. Je voulais faire une chanson pour mon fils. J’aurais aimé qu’elle soit dans la même veine que « Mistral gagnant ». Mais je n’y ai pas réussi. Je n’arrivais pas à trouver des mots assez forts pour exprimer ce que j’avais en moi. Tout me semblait assez vide de sens et fade à côté de ce que je pouvais ressentir. Alors, j’ai préféré parler à mon fils plutôt que de lui. Lui dire que le monde est tel qu’il est et qu’avec son père, on sera toujours là pour faire en sorte que tout se passe bien. Néanmoins, je ne voulais pas lui mentir sur le monde extérieur.

 

Dans le précédent album vous parliez de vos déboires amoureux, à présent de votre maternité, qu’est-ce que cela laisse envisager pour votre prochain opus ?

Je pensais que c’était celui-là qui allait être l’album de la sérénité et ce n’est pas le cas. Comme je travaille tous les jours dessus, mon rêve ainsi que ceux de mes proches, serait vraiment de trouver cet équilibre au milieu de tous ces démons qui m’habitent. Alors pourquoi ne pas faire un album sur l’équilibre ?

 

Vous serez le 22 octobre prochain au Bikini, avez-vous un mot pour votre public toulousain ?

Je suis ravie de revenir au Bikini. La salle est dingue et le catering est génial ! Au-delà de ça, je ne serai pas en bikini mais je peux vous dire d’ores et déjà qu’on aura très chaud ! (Rires)

 

Propos recueillis par Elsa Nardari

 



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