Opéra-tion réussie !

Le week-end dernier, le théâtre du Capitole a accueilli, dans le cadre de la 7e édition de la manifestation nationale «Tous à l’Opéra», 14 200 visiteurs à Toulouse et 80 000 dans l’Hexagone. Un événement qui était donc consacré à la découverte du Théâtre du Capitole, de ses artistes et artisans. Un moment privilégié pour faire découvrir aussi la programmation de la saison en cours et le fameux « Carnet de danse » qui a permis de révéler des extraits du ballet « Le Corsaire », prochain spectacle à l’affiche.

 

Il y a du monde à l’entrée. Il est 11h45 et le public afflue. Dans une demi-heure, sur la scène du théâtre du Capitole, les danseurs et danseuses de la troupe du théâtre vont suivre un cours de ballet. Dans l’entrée, tutus enchanteurs, ballerines et kimonos s’exposent, en compagnie de quelques pièces rares de partitions. Le personnel du Théâtre est sur son 31, l’accueil chaleureux et tout en douceur. Les sourires ravis expriment la satisfaction de voir tout ce monde venir à l’Opéra. Face à l’entrée, l’accès au couloir qui permet d’accéder aux places du parterre. Sur la gauche, le grand escalier qui conduit aux salles de l’entresol et de l’étage, mais aussi aux places surélevées du théâtre. La salle est déjà quasiment pleine, le public est calme, il patiente. Sur la scène, des barres d’entraînement sont installées pour le cours de ballet dont l’heure approche. 12h15. Les danseurs sont sur scène, en tenue sportive, joggings, leggins, guêtres et collants sont de rigueur. Une personne prend la parole pour expliquer le déroulement du cours et expliquer quelques points. « Dans la danse, il y a aussi le plaisir de prendre un cours » débute-t-elle. « Les danseurs vont vous oublier d’ici cinq, dix minutes, regardez bien leur travail. Ils sont trente-cinq et dix-sept nationalités sont représentées dans la troupe». Pour conclure l’introduction, la maîtresse de cérémonie explique : « Dans quatre jours, les danseurs présenteront la première représentation du ballet : Le Corsaire, la Première d’une création mondiale du chorégraphe et directeur de la danse du théâtre de la ville rose : Kader Belardi ».

 

Chaque danseur a sa propre manière d’extérioriser un mouvement

Nous y sommes, le cours débute. Le Maître de ballet se nomme Minh Pham, le pianiste Raoul. Après un salut au public, les danseurs sont invités à s’échauffer les jambes et les chevilles, puis les silhouettes commencent à se mouvoir gracieusement sur scène. « Maestro, musique s’il vous plaît », l’écho des premières notes du piano est comme un coup de baguette magique. « Soulevez la main, allongez, en avant, pliez… » Le Maître de ballet montre les enchaînements. Durant la démonstration, les élèves répètent avec attention les mouvements du professeur avec leurs mains et leurs bras. Très vite, on peut s’apercevoir que chaque danseur a sa perception du mouvement à produire et sa propre manière de l’extérioriser. Pour le moment, les enchaînements sont simples. Au bout de quinze minutes, Minh Pham demande aux danseurs de coordonner bras et jambes. Pour le public, le spectacle est apaisant, tout en douceur. Les mouvements font penser au sac et au ressac des vagues d’une mer apaisée. Bercé par le piano, hypnotisé par les gestes doux émanant de la scène, un petit garçon s’est endormi sur les genoux de sa mère. La notion du temps s’altère dans la quiétude du moment. Pour ne pas déconcentrer les danseurs, le public n’applaudit pas entre les morceaux de musique. Plus on avance dans le cours et plus les enchaînements sont complexes.

12h45. La voix du Maître de ballet claque : « stretching, s’il vous plaît ». Avant d’attaquer de manière plus ardue le cours, les danseurs sont invités à s’étirer. Leurs corps est leur outil de travail, il doit être ménagé car à 14h est prévue une répétition du « Corsaire ». « Développé, enveloppé, jeté devant, penché et 4, 5, 6, 7 et 8. Pliez devant, genou derrière. Pliez, enveloppez, développez, seconde. Et… devant 5e, penchez, pointe pied gauche et ouvrez les épaules en arrière». Enfin, les danseurs démontent les barres d’entraînement pour libérer la scène. Pendant que les garçons font un premier enchaînement, les filles enfilent les pointes. Les passages chorégraphiés se succèdent, les danseurs vont par groupe, comme un flot incessant…Le cours tend à sa fin. Les danseurs évacuent la scène tranquillement, le public applaudit. Prochain rendez-vous à 18h pour le « Carnet de danse ».

 

Victime de son succès !

A 17h45, la pièce de l’étage où est organisée la démonstration « Carnet de danse » est déjà pleine. Le public est nombreux et pour des raisons de sécurité, le personnel du théâtre est contraint de refuser l’accès aux nouveaux arrivants. Autant le dire, certains expriment leur mécontentement avec force. Les employés semblent un peu démunis, embarrassés et répondent de concert que «c’est la première fois que nous devons refuser du monde, ce n’était jamais arrivé lors des précédentes éditions ». A 18h, ce second rendez-vous commence. Le public apprend que « Le Corsaire » n’a pas été présenté en France depuis 1956. Le chorégraphe de cette nouvelle version de l’œuvre, également directeur de la danse du Théâtre du Capitole, Kader Belarbi  explique : «J’ai essayé de faire correspondre le ballet avec ce que je crois de ces danseurs… et qu’il soit le reflet d’une sensibilité d’aujourd’hui. J’ai revu le carnet en deux actes au lieu de trois. Nous avons voulu proposer un ballet innovant.» David Coleman, chef d’orchestre et compositeur anglais explique à son tour de quelle façon il a travaillé et réécrit la musique originale, en étroite collaboration avec le chorégraphe. Deux danseurs font leur entrée, ils vont livrer au public l’extrait d’un duo du ballet. Kader Belarbi précise que l’exercice est « périlleux pour les danseurs car ils n’ont pas de repères dans cette salle » et se lance dans la description et le décryptage de sa chorégraphie. Le public semble conquis par cette première démonstration.

 

Des costumes faits sur place

Comment sont conçus les costumes pour une chorégraphie qui propose des portés, du mouvement ? Au tour du costumier de parler et d’exposer de son travail : « Les costumes sont fabriqués dans les ateliers du Capitole. Dans le processus des répétitions, les vêtements s’allègent pour devenir des vêtements de danse. Nous élaborons les tenues au dernier moment, lorsque nous avons les danseurs, idem pour le choix des textiles. » Les danseurs approchent pour le second extrait : la scène du marché dans laquelle le Sultan cherche à faire l’acquisition de nouvelles esclaves. « Dans ce passage, nous utilisons la pantomime. Ces gestes sont codifiés depuis le 19e siècle et nous avons tenté de les actualiser pour qu’ils correspondent à ce qui se passe aujourd’hui » explique le chorégraphe…

De quoi mettre en appétit le public toulousain pour assister aux cinq représentations de ce ballet, proposé du 16 au 19 mai au théâtre du Capitole.

 

Marie-Agnes Espa

 

 

Histoire du théâtre

Ouvert aux Toulousains depuis 1736, le théâtre du Capitole a ses quartiers dans le prolongement de l’Hôtel de ville de Toulouse. Un espace dédié au spectacle qui a connu de nombreuses évolutions architecturales, marquées par de nombreuses rénovations voire destructions, notamment suite à l’incendie du mois d’août 1917. C’est presque tous les vingt ans que l’intérieur du bâtiment est modifié. Et ce jusqu’au retour d’un théâtre à l’italienne en 1996 et la dernière réfection en date sur la cage de la scène en 2004, pour une mise aux normes et une modernisation des machines.

 

Le Corsaire

Inspiré du poème de Lord Byron The Corsair en 1814, « Le Corsaire » est un ballet en deux actes. L’histoire se déroule dans le royaume d’un redoutable sultan, régnant dans un palais fortifié. Un jour, le Corsaire qui est un hors-la-loi descend à terre. Amour, intrigues, passions et trahisons, le cocktail est réuni pour passer une soirée magique en compagnie de la troupe du Capitole.

 

Chiffres

114 Opéras en Europe, 25 en France

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