Melody Gardot « La grande surprise dans ma vie, c’est que la musique existe… »

Après son triomphe en 2009 avec « My One and only Thrill » la diva du jazz Melody Gardot revient avec son nouvel album « The Absence ». Cette artiste complète – auteur, compositeur, interprète, musicienne – qui a puisé son inspiration dans ses voyages pour composer cet opus, sera à la Halle aux Grains à Toulouse le 14 avril prochain. Rencontre chaleureuse avec une chanteuse bourrée de talent.

 

Melody Gardot, ce nouvel album « The Absence » retrace une partie de votre périple, entre autres votre passage au Brésil et au Portugal. Vous avez d’ailleurs commencé à le composer sur la route ?

 

Effectivement j’ai débuté cet album durant mon périple car entre chaque destination, je ne suis pas toujours retournée aux Etats-Unis. J’ai voyagé seule et du début à la fin, je me suis imprégnée de la culture de chacun des pays que j’ai visités mais j’ai surtout découvert de nouveaux instruments et rencontré beaucoup de gens de cultures différentes…

Comment décririez-vous cet opus ?

Cet album est une exploration de la liberté. Sur ce CD, c’est la première fois que je laisse un guitariste jouer à ma place. C’est bon de prendre des risques et voir si cela fonctionne…

Vous vouliez y faire référence à vos moments de solitude, à l’absence de vos proches…

Oui, c’est un thème qui revenait régulièrement lors de mes voyages au Portugal et au Brésil et que j’aime particulièrement. En fait, j’ai utilisé ce mot pour définir son contraire. A mon retour aux Etats-Unis, mes amis me faisaient remarquer que j’étais présente physiquement mais pas mentalement. C’est une sensation étrange. Il est impossible de parler de l’absence sans parler de la présence. C’est la balance entre le positif et le négatif. C’est également la définition la plus proche de celui de « sodade » – Il n’y a pas de réelle traduction en français. Ce mot lusophone est d’origine brésilienne et cap verdien. C’est Cesaria Evora qui l’a popularisé il y a de cela quinze à vingt ans. Il traduit la solitude, la nostalgie mais également le bien être. Quand nous nous sentons un peu seuls, nous aimons nous retrouver face à nous-mêmes. Cette mélancolie qui nous envahit parfois permet de nous remémorer des événements passés plus ou moins douloureux. Vous savez, j’ai été très affectée par la perte de gens qui me sont proches… Mais la grande surprise dans ma vie, c’est que la musique existe et en plus de cela, je peux jouer et chanter…

 

Parlez-nous de cette chanson consacrée à Lisbonne…

Je parle de ma première impression : c’est une ville très intéressante où je suis restée six mois. J’ai décidé d’errer dans les rues sans avoir au préalable mémorisé l’adresse, la direction pour revenir sur mon lieu de résidence. J’ai marché pendant de longues heures avec trois euros en poche. Mais ne parlant pas portugais, je vous avoue avoir eu beaucoup de mal à revenir sur mes pas. Je ne regrette en rien cette escapade qui m’a permis de passer un long moment seule, assise sous un arbre et d’écrire mes impressions sur cette magnifique ville…

Une de vos chansons porte le nom de « Yamanja » qui signifie la déesse de l’eau en brésilien…

C’est effectivement la déesse de l’eau qui est célébrée au Brésil et dans certains pays d’Afrique… Son nom diffère mais ils ont cette déesse en commun et elle se fête le jour de mon anniversaire, le 2 février. Cela m’a marquée. C’est aussi l’esprit de l’eau, de la mer qui m’a fait écrire cette chanson. Notamment lors d’un voyage sur une plage d’Hawaï avec des amis, je contemplais l’océan… En regardant les nuages, je croyais deviner le corps d’une femme. J’ai pris ma guitare et j’ai commencé à composer ce titre. J’avais l’impression de parler à l’esprit de la mer.

Aux côtés de vos propres compositions, il y a aussi une reprise de la chanson « La vie en Rose » d’Edith Piaf…

En temps normal, reprendre les chansons des autres ne m’intéresse pas parce qu’elles sont si bien interprétées à la base ! Quand mon équipe m’a proposé la reprise de cette chanson, j’étais sceptique mais pas fermée. A vrai dire, j’y ai pensé sans cesse pendant deux-trois mois. Et puis je suis entrée en studio, j’ai pris ma guitare et tout naturellement j’ai trouvé les cordes, je me suis mise à l’interpréter. Je suis assez contente car c’est arrivé un petit peu spontanément… Je ne voulais pas faire quelque chose de mieux ou de différent, je voulais faire quelque chose qui me ressemble.

Vous avez besoin que chaque chanson ait une histoire, un vrai sens…

Comme je vous le disais, il est rare que je choisisse une chanson qui ne soit pas de moi. Mais j’ai effectivement besoin que les paroles soient fortes, remplies d’émotions…

Vous serez en concert à Toulouse le 14 avril. Qu’est-ce que cette ville vous inspire ?

Je l’adore. J’étais très heureuse lorsque j’ai découvert la musique de Nougaro. Je suis honorée de venir me produire dans la ville de ce grand homme qui regorge d’inspiration.

Propos Recueillis par Elsa Nardari

 



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