Mathias Malzieu « Je suis un boulimique de rêves »

Connu comme le leader du groupe de rock Dionysos, Mathias Malzieu a plus d’une corde à son arc. Auteur, compositeur, interprète, c’est en tant qu’écrivain qu’il sera de passage à Toulouse le 29 juin au Théâtre Sorano à l’occasion du Marathon des mots. Il présentera son dernier livre « Le plus petit baiser jamais recensé » publié aux éditions Flammarion lors d’un concert-littéraire. Rencontre.

 

Mathias Malzieu, ce week-end, vous êtes de passage sur Toulouse pour le festival « Le Marathon des mots ». Comment ce concert-littéraire va-t-il se dérouler ?

Je serai avec une version miniature du groupe (Dionysos, ndlr). Olivier Daviaud, arrangeur et Stéphan Bertholio, (musicien, ndlr) seront à mes côtés pour un « petit musical ». Il y aura moins de mise en scène, ce sera un moment assez intimiste. Puis à la partie musicale, se rajoute forcément une partie chant. Je vais donc lire des passages du livre que j’ai mis en scène, et il y aura un peu d’improvisation… Je mélange un peu tout, c’est ma marque de fabrique ! (rires)

 

C’est un peu un one-man-show…

 

A vrai dire, c’est entre le one-man-show improvisé, la lecture, le concert et le goûter. J’amène les fameux chocolats que j’évoque dans mon livre afin de les proposer pour les expérimenter. Ces derniers ont le goût du baiser de la femme invisible et permettent d’embrasser à distance…

 

 

Vous avez de bons arguments pour faire venir votre public…

 

(Rires) On fait ce qu’on peut ! J’ai constaté lors de mon dernier roman que j’avais un public très féminin, alors je m’adapte !

 

 

Une « tornade créative »…

 

Justement, pouvez-vous nous parler de votre dernier livre, « Le plus petit baiser jamais recensé » (éditions Flammarion) ?

 

J’avais envie d’écrire un livre sur la reconstruction amoureuse après une première déception. Arrivé à un certain âge, les gens que l’on rencontre, ont eux aussi un passé amoureux composé de blessures, de peurs… Comment faire avec toutes ces craintes pour « re-fabriquer » du merveilleux et se retourner vers quelque chose de plus aventureux ? A partir de là, je me suis imaginé une fille qui disparaît dès que l’on embrasse…

 

En quoi ce personnage reflète-t-il la reconstruction amoureuse ?

 

Je trouve que c’est une bonne façon de parler de la peur de l’amour avec cette métaphore de la femme qui disparaît quand on l’embrasse. Plus elle tombe amoureuse, plus elle disparait… Puis il y a cet inventeur dépressif, qui ne peut s’empêcher de concocter des « choses » afin de ne pas retomber dans la dépression et comme par hasard, il va s’éprendre de cette jeune femme à moitié invisible… C’est une bonne façon de raconter la peur de l’engagement au final. Le moment le plus important de l’histoire, c’est lorsqu’ils se confrontent à la réalité, qu’elle apparaît face à lui et qu’il doit y faire face normalement. C’est là que toute la métaphore prend son sens…

 

Au travers de chaque personnage que vous créez, y-a-t-il une partie de vous qui se reflète ?

 

Oui. Même les personnages les plus éloignés civilement ! (Rires) Par-là, je veux dire (pause) que ça peut être un homme qui se transforme en oiseau, un monstre etc… C’est une manière de m’inclure dans ce monde et d’en créer un en parallèle, non pas pour le fuir, mais davantage pour essayer de le pimenter et de mettre de la fantaisie dans le quotidien.

 

Y-a-t-il un lien entre vos chansons et vos livres ?

 

Tout à fait. Pour citer un exemple, dans le dernier album des Dionysos « Bird’n roll », la dernière chanson s’appelle « Le retour de Jack l’inventeur ». Ce titre a déclenché pas mal de thématiques sur mon dernier livre. Après cela peut fonctionner dans le sens contraire. Cet exercice permet de me surprendre ainsi que de créer des connexions là où on ne les attend pas.

 

« J’aimerais créer un orgasmophone »

 

Vous n’êtes jamais à cours d’idée…

 

Effectivement. Mon problème est de pouvoir toutes les canaliser et de trouver un temps imparti pour chacune d’entre elle ! (Rires) Je suis un boulimique de rêves, j’arrive à en réaliser quelques-uns. Avec le recul, je fais ce constat : j’en suis à mon sixième livre, j’ai fait un concert symphonique, le groupe Dionysos va fêter ses 20 ans, je réalise un film qui adapte mon propre roman dont la sortie est prévue le 5 février 2014)… Si on m’avait dit cela il y a une quinzaine d’années, je ne l’aurais jamais cru. Mon problème, qui est un très joli problème, c’est d’arriver à tout faire et de ne pas se faire engloutir par cette espèce de tornade créative.

 

Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Quelle casquette vous caractérise-t-elle le plus ?

 

Raconteur d’histoires. Après, que cela passe par le domaine de la chanson, par la voie du livre ou en version film… l’idée, c’est d’inventer des personnages, de les connecter à une réalité, de fabriquer des surprises, de la fantaisie et essayer de voir ce qui peut se passer avec le jeu des émotions.

 

Quel est votre processus d’écriture ?

 

Ça marche à l’étincelle, au plaisir et à l’excitation. Quand j’ai une idée, il faut qu’il y ait quelque chose d’attractif, de spontané. Je me promène souvent avec des carnets, même si maintenant je me suis modernisé avec les tablettes ! (rires) Je les note toutes. Lorsqu’il y en a une qui ressort et qui me plaît plus particulièrement, je peux lui donner une forme de chanson ou ça peut devenir un thème récurrent pour un album, devenir un personnage…

 

On vous voit dans le domaine musical, littéraire. Y en a-t-il un autre qui vous tente dans lequel nous pouvons être susceptibles de vous voir un jour ?

 

Prochainement il y a le cinéma d’animation et au-delà de ça, il y a le « cinéma live » avec d’autres acteurs, cela fait partie de mes fantasmes…

 

Sinon, quels sont vos projets ?

 

Dans l’absolu, j’aimerais bien créer un lieu où il pourrait y avoir des concerts particuliers, comme une fabrique de poésie. Un endroit où les gens joueraient avec des instruments étranges. Par exemple j’invente des instruments dans mes livres comme par exemple l’orgasmophone… J’aimerais pouvoir les fabriquer et que les gens viennent faire des concerts et utilisent ces instruments pour faire un concert unique. Un lieu qu’on qualifierait de bulle de création pour pouvoir partager des idées plus ou moins loufoques lors d’un moment d’échange et pourquoi pas, faire de nouvelles rencontres.

Propos recueillis par Elsa Nardari

 



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