Louis Mermaz « C’est un livre intime mais également de politique »

Visite du président de la République et Danielle Mitterrand à l'hôtel de Lassay, pour les échanges des vœux, janvier 1982.

A l’occasion de la publication de son dernier livre, « Il faut que je vous dise, Mémoires » (Éditions Odile Jacob), Louis Mermaz, ancien Président de l’Assemblée Nationale sera à la Librairie Préface à Colomiers ce samedi 18 janvier de 16h30 à 18h30 pour une séance de dédicaces. Rencontre.

 

Louis Mermaz, dans votre livre « Il faut que je vous dise », vous parlez autant de votre parcours professionnel que personnel. Pourquoi ce choix ?

J’ai commencé à le rédiger au mois d’août 2002. L’élément qui a déclenché en moi cette envie d’écrire, s’est annoncée lors du décès de mon fils en 1991 à Cabourg alors qu’il pratiquait le surf. Cela a été un déclic. Mais j’ai également perdu mon second fils qui dans un moment de désespoir s’est suicidé. Il faisait du théâtre, c’était un garçon très brillant. J’étais conforté dans l’idée qu’il fallait préserver ce passé de manière à faire en sorte qu’il demeure éternellement. Les morts font partie de notre existence. J’ai voulu conserver le souvenir de mes enfants, de ma famille, garder en mémoire les gens que j’ai rencontrés tout au long de mon parcours. C’est un livre intime mais également de politique.

 

Justement, vous racontez soixante ans de votre vie politique…

Oui. Je remonte à mes premiers engagements politiques. J’ai rencontré pour la première fois François Mitterrand en mai 1955. Ce qui m’a enthousiasmé, c’est cette vision qu’il avait de l’avenir de la France. Et c’est ce qui m’a amené à adhérer à son parti, l’UDSR (l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance). De-là, j’ai engagé trois campagnes électorales dans un département de l’Orne qui n’était pas vraiment de gauche. J’ai donc commencé ma vie politique aux côtés de François Mitterrand et de Pierre Mendès France, candidat du Front républicain en janvier 1956.

 

Que vous a apporté la collaboration avec François Mitterrand ?

J’ai été sensible à cet homme, à sa manière de trancher avec le reste du personnel politique. Ce n’était pas seulement l’homme des mesures, des décisions politiques. François Mitterrand se projetait vers le futur. Moi qui avais une culture historique, j’ai été très sensible à tout cela. A cette volonté de dépasser le quotidien pour donner un sens profond à l’action politique.

 

Votre parcours est très riche. Vous avez exercé différentes fonctions de la République. Où avez-vous eu le sentiment d’être le plus utile ?

Aux côtés de François Mitterrand, lorsque nous avons travaillé après le 13 mai 1958, à la construction d’une force alternative suite au retour au pouvoir du Général de Gaulle. Il est le premier en France à avoir compris que seul le rassemblement de toutes les forces de gauche pouvait permettre d’ouvrir des perspectives nouvelles. Nous avons pratiqué l’Union de la gauche, qui jusqu’alors procédait par des accords électoraux. Nous nous désistions entre socialistes, communistes, radicaux pour le second tour. Cette fois-là, nous avons voulu nous entendre malgré les différences profondes sur un programme commun. La préparation s’est faite avec le grand congrès de réunification de tous les socialistes à Epinay en 1971.

 

Dans ce livre, vous dédiez un chapitre à « L’art de manier la langue de bois… »

Oui, j’évoque ainsi le rôle d’un porte-parole qui marche sur des œufs. J’ai été pendant deux ans, Ministre de l’agriculture, de 1990 à 1992. J’ai eu l’impression de jouer un rôle politique très actif. C’était le moment où nous nous défendions contre l’empiétement des Etats-Unis qui voulaient monopoliser tout le commerce agricole. J’avais pour mission de défendre l’agriculture française et européenne. Nous avons rejeté les prétentions américaines qui voulaient limiter les exportations agricoles et nous imposer leurs importations. En 1992, j’ai été nommé sous le gouvernement de Pierre Bérégovoy, porte-parole du gouvernement et également Ministre chargé des relations avec le Parlement. Dans cette dernière période, ma mission consistait à rendre compte aux journalistes du Conseil des Ministres. C’était une époque très difficile pour la gauche, où il n’y avait plus grand-chose à commenter. Il fallait parler avec une « langue prudente ». C’est ce que j’entends par la langue de bois : une façon de résumer la dernière période du gouvernement Pierre Bérégovoy.

 

Vous y dévoilez aussi être le fils de Louis de Chappedelaine, député de Dinan de 1910 jusqu’à sa mort en 1939. Comment situez-vous votre père politiquement ?

Effectivement, je suis comme mon frère Michel, son fils naturel. Il a été Ministre de la Marine marchande sous la 3e République et député de la circonscription de Dinan. Même si je l’ai très peu connu puisqu’il est mort lorsque j’avais 8 ans, j’ai baigné et été imprégné très tôt de politique grâce à son contact. De cette atmosphère politique, j’ai gardé de très anciens souvenirs. C’était une époque tragique. Mon père était quelqu’un qui ne cessait d’alerter sur le danger montant. Il était Président du groupe de « La Gauche Radicale ».

 

Peut-on dire qu’il est celui qui vous a donné envie de faire de la politique ?

Oui probablement. Ce qui remonte à la petite enfance, nous marque définitivement. Il y a des événements, des circonstances qui font que cela s’imprègne en nous. Très tôt, j’ai eu envie d’être député. Lorsque j’étais en classe de 3e, j’ai commencé à faire des articles toutes les semaines dans un média local de L’Orne.

 

Vous concluez votre livre avec un chapitre sur François Hollande. Si vous deviez faire un choix entre ce dernier et François Mitterrand, quel serait-il ?

Ce n’est pas un problème de choix. Ce sont deux hommes différents dans le sens où François Mitterrand avait une gestion différente, non pas meilleure, du temps. François Hollande est quelqu’un, qui, à travers les difficultés actuelles, à travers la montée du capitalisme et de la mondialisation, essaye contre vents et marées de faire ce qu’il peut.

Propos recueillis par Elsa Nardari



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