L’autre culture toulousaine

Galerie le dalbad'taste

Parce qu’aujourd’hui la culture paraît flanquée d’une ombre commerciale ou juste d’un reflet un peu monotone, pourquoi ne pas chercher à donner à sa matière grise une autre pâture ? Car dans la ville rose, des initiatives insolites pleuvent et invitent à la découverte de la création locale, indépendante et originale.

Ecran libre !

Fatigués d’une culture vue et revue ? Lassés de se masser dans les lieux culturels bien connus ? Pour se faire une toile, les alternatives existent au Gaumont Wilson et autres UGC clinquants. Car la création cinématographique ne se résume pas aux supers-productions américaines. La sortie ciné efficace passe aussi par les vidéophages, qui une fois le mois organisent des projections de courts métrages de production indépendante en présence des réalisateurs. A la clef ? Découvertes cinématographiques et sensations garanties, car les vidéophages sont «surtout nés du désir de faire partager des émotions», comme l’explique le collectif. Les soirées accueillent une centaines de personnes dans les salles les plus atypiques du centre-ville. Après avoir investi les Pavillons Sauvages, divers cafés et restaurants puis la Dynamo en 2011, les vidéophages posent leurs valises à l’espace Job jusqu’en décembre. Plusieurs années de pratique ont bien rodé l’équipe qui propose tous les premiers lundis du mois à 20h30 des films indépendants, non-commerciaux, des autoproductions, des essais, des bijoux de famille, des projets personnels, mais aussi une foule de documentaires, films de fiction, d’animation, de ciné-tracts et vidéo-poèmes : de quoi sortir des «images battues».
Pour les adeptes d’un cinéma plus courant, le Cratère, dernier cinéma de quartier toulousain accueille déjà 18 000 à 20 000 cinéphiles par an. «Nous dépendons de la ligue de l’enseignement 31, qui gère la salle», explique Pierre-Alexandre Nicaise, directeur, «et nous proposons depuis 1975 un cinéma exclusivement art et essai». Sur place, quartier Saint-Michel, un bâtiment municipal regroupant kyrielles d’associations, dans l’esprit du Cratère. Il n’y a plus qu’à se régaler dans une séduisante salle de 75 fauteuils, aux murs de briquettes. «Une salle au charme fou, à taille humaine qui favorise la débat et la rencontre» ajoute-t-il. Car la lumière revenue, hors de question que chacun rentre chez soi : débats, et rencontres diverses, notamment avec les réalisateurs prolongent la soirée. Certains partenariats, permettent la mise en place de soirées spéciales comme «les conversations de l’ESAV» (Ecole Supérieure de l’AudioVisuel) par exemple : «Nous sommes tous égaux face aux films, l’idée est donc de faire s’exprimer le public sur ses ressentis et ses émotions, guidés par les professionnels».       

Apero intello

Puisque l’apéro toulousain ne se résume pas à la troisième mi-temps du ballon ovale, ni à la traditionnelle célébration du Beaujolais nouveau, de petites perles culturelles naissent de-ci de-là, qui proposent de calmer le gosier tout en délicatesse. Au programme ? Débats, expo, concert, le tout dans des lieux qui invitent tant à la détente -voire à la gastronomie- qu’à la culture. Dans la nouvelle manne des cafés-culture : «Chez ta mère» inauguré en mars dernier amène un vent de fraîcheur au quartier Arnaud Bernard. L’endroit, métamorphosé par une équipe de bénévoles divers et motivés fait le plein de bonnes idées. «Chez ta mère» ouvre les bras d’un lieu convivial et cosy où la programmation n’en fait qu’à sa tête. Côté scène, des découvertes en pagailles et en coulisses, un canapé, une ribambelle de livres qui n’attendent qu’à être dévorés par quelques curieux de passage. Espace ouvert sur la scène toulousaine, créé par une bande de copains intermittents du spectacle, ici la règle est simple : le spectacle est gratuit, la conso payante, de quoi rendre n’importe quel breuvage inoubliable… Le Cherche ardeur, analogue bien logé dans le quartier des Carmes, est du même acabit. Un lieu «convivial et musical non normé» comme les créateurs aiment à le définir, cet espace de diffusion culturelle brasse un public aux multiples visages. On s’y rend pour un petit verre entre amis, ou un moment de grignotage édulcoré car au Cherche ardeur, c’est toujours l’événement : musique, lecture, conte ou autre. Mais le clou du spectacle, c’est qu’après le passage des pros, le consommateur accoudé au bar peut s’approprier les instruments et se lancer dans l’improvisation musicale de son choix. Un concept de scène ouverte qui promet des bœufs à n’en plus finir ! Dans la liste non exhaustive des cafés-culture de la ville rose où il fait bon s’instruire : le Rad’Art, ouvert en février dernier, qui se veut carrefour des la culture excentrée… Situé à la Barrière de Paris, l’endroit propose aux vernis du quartier des soirées philo ou jeux, des expos photos, multiples rencontres, débats ou discussions et des soirées cabaret. Enfin, l’O’Bohem (ancien El camino) tient forcément sa place dans ce recueil des électrons libres de la culture gourmande.  Car ce bar d’improvisation théâtrale est une adresse qui scelle la culture alternative toulousaine via des soirées quizz et chansons variées faisant le grand écart entre divers styles, du hip hop au slam.

L’énergie culturelle en cœur de cité

Ouverte en 2010, la Dynamo, en bon vecteur d’énergie porte bien son nom… Yannick Corbères, le gérant, explique qu’il voulait créer «l’endroit idéal pour recharger ses batteries en plein cœur de la ville.» La programmation ? Plus qu’éclectique : concerts, expositions, projections… L’endroit accueille des producteurs locaux et des associations toulousaines dans une proposition culturelle adaptée à tous. «Nous travaillons avec un collège d’une trentaine d’associations qui nous proposent des représentations très variées». La situation géographique en fait un club fréquentable aux heures de concert mais pas que ! Car dès 23h, la Dynamo devient un bar musical voire un club selon l’ambiance de la soirée, rendez-vous incontournables des noctambules qui souhaitent prolonger la soirée par un petit verre musical. Les surprises lyriques évoluent du hard Core à la chanson française en passant par les délices de l’électro ou du blues. La particularité du lieu ? La culture à tout moment, car la Dynamo propose un spectacle par soir… Sans exception ! «J’ai fait le constat que le centre-ville manquait cruellement d’un lieu dédié à la musique vivante, à l’esthétisme musicale au sens large et j’ai voulu lancer un outil professionnel pour la diffusion de groupe.» De quoi fidéliser les culture-addicts puisque plusieurs centaines de membres suivent régulièrement les pérégrinations de la Dynamo, via la newsletter et le site internet qui affiche la couleur. «On fidélise une catégorie de Toulousains qui consomment leurs soirées sur l’aspect concert, ils peuvent d’ailleurs choisir leurs soirées à la Dynamo grâce à un code couleur sur le site, qui annonce le style musical du jour. Le public de noctambules qui arrive dès 23h après la scène est très fluctuant, ce sont en général les sorties du Ver luisant, des Fabuleux festins etc…» La stratégie basée sur le bouche-à-oreille semble bien prendre racine. Aujourd’hui la Dynamo a bonne presse et entend conquérir la ville rose par ses frasques musicales ou sa situation géographique stimulant la sortie instinctive. C’est un peu le lieu où il faut être. En tout cas le concept de concerts de qualité intra-muros a de l’avenir. Une idée lumineuse.

Entrepôts d’artistes : la culture accessible

Nombreux sont les collectifs d’artistes qui ont construit leur nid sur les friches industrielles. C’est le cas du Mix Art Myrys notamment : l’un des squats artistiques les plus fameux de l’agglomération toulousaine. Ce collectif auto-géré, se veut espace d’interactions et d’échanges. L’aventure a commencé en 1995 dans les anciennes usines Myrys occupées par un ensemble éclectique d’artistes, motivés par l’envie de mélanger leurs univers et leurs pratiques… Depuis 15 ans, ce sont donc tous les niveaux et toutes les techniques qui se côtoient sur 8000 m2 d’entrepôts. Résidences d’artistes, ateliers partagés mais aussi musée, salle de concerts et de représentations diverses, car en semaine, le site accueille des expositions et en moyenne une fois par mois un spectacle vivant. La participation est libre, c’est au spectateur de juger le tarif qu’il souhaite attribuer à la représentation. Le concept, qui repose sur l’échange et la transmission renouvelle 50 à 80% de ses artistes résidents chaque année, de quoi gloutonner de l’art sans entracte ! Un endroit unique à l’éclectisme hors du commun. Le collectif de l’Usine, dans la zone industrielle de Tournefeuille fait aussi figure d’exemple. Première fabrique française dédiée aux arts de rue, elle héberge trois équipes artistiques en résidence permanente sous ses 3500 m2 de toits : la Machine, le Phun, la Ménagerie et les Thérèses. Mais l’Usine accompagne et accueille aussi des spectacles en création de compagnies nationales et internationales. Terreau de l’immensité de la création, le site mène la plupart du temps des actions artistiques sur le Grand Toulouse. Parfois il ouvre carrément ses portes le temps d’un spectacle intra-muros, l’occasion de découvrir un lieu, une équipe et une ambiance, le triptyque de la parfaite soirée culturelle.

Galerie d’arts pluriels

La petite rue des Polinaires bien connue pour ses airs de mécène est ponctuée de galeries d’art, pour changer de style comme de salle dans un musée grandeur nature… Dernière née du quartier, la Galerie Dalbad’taste est un lieu d’exposition qui gagne en visibilité à mesure que les artistes investissent les lieux. Ancienne charcuterie, le lieu atypique accueille depuis deux ans des créateurs de toute part sans loi particulière, car la propriétaire, étudiante et photographe avoue bien «marcher au coup de cœur». Actuellement la galerie se mue d’ailleurs en boutique éphémère : «Nous louons la Galerie aux Aiguilleuses, un trio de créatrices passionnées de couture.» Ainsi, jusqu’au 27 mai, c’est une initiative autour de la récupération de vêtements qui remplit l’espace. Une forme d’art un poil décalé version écolo-chic pour cette session printanière de la Galerie Dalbad’taste.

Aurélie Renne



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