I Muvrini: Des chants corses en terre occitane…

Groupe Corse, créé à l’initiative des frères Bernardini, I Muvrini remontent sur scène pour nous présenter leur album « Imaginà ». Ils seront au Casino Théâtre Barrière le 29 mai prochain. Rencontre avec le leader du groupe, Jean-François Bernardini.

 

Jean-François Bernardini, comment décririez-vous votre nouvel album, « Imaginà » ?

Cet album est pour nous à la fois électro, pop, enraciné, poétique. C’est une musique pour le monde. Il est éclectique.

 

« Imaginà », qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie « imaginer ». C’est une invitation, mettons-nous à imaginer, à inventer…

 

A imaginer quoi ?

Un bel horizon ! Nous avons mis en exergue dans cet album les gens qui se servent de leurs racines pour aimer et comprendre le monde. C’est ça la programmatique de l’album. Nous pensons profondément que moins il y a de racine, plus il y a de séparation dans le monde. Moins nous sommes enracinés, plus nous avons peur d’autrui. Plus nous sommes confiants, plus nous cherchons la rencontre, le dialogue. Cet album est à cette image-là.

 

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cet album ?

Aujourd’hui dans ce monde nous ne pouvons plus être séparés face au défi de la planète. Etre fort n’est pas suffisant, être Allemand n’est pas suffisant… Nous faisons tous partie du vaisseau et de l’équipage de la planète. Et en même temps, nous avons quelque chose de précieux les uns les autres qui est la diversité du monde.

 

La diversité, c’est un sujet qui vous tient à cœur ?

C’est un sujet qui tient à cœur à beaucoup de monde. Dans une institution comme l’Unesco, la diversité du monde culturel et linguistique est extrêmement précieuse et respectée. Quand une langue disparaît, l’Unesco parle d’ailleurs de « crime de l’esprit ». Si nous supprimons cette diversité, nous enlevons son âme. Les petits peuples comme le nôtre qui vient des territoires exigus, à qui nous avons osé interdire la langue à certains moments, sont bien placés pour dire combien la singularité est précieuse.

 

Justement il y a une dizaine de langues dans cet opus…

C’est exact. Il y a à la fois des invités et des voix enregistrées. On y entend Martin Luther King, celle d’une femme parlant la langue amazonienne de l’ancien Brésil…

 

Pour quelles raisons avez-vous tenu à ce qu’il y ait autant de langues différentes dans cet album ?

Ce sont en quelque sorte des clins d’œil faits à différentes langues du monde. C’est notre manière de témoigner et d’apporter notre vision du monde qui est multiple et plurielle à la fois. A partir de ce petit village qui est le nôtre et qu’on pourrait suspecter de nombrilisme, la modernité consiste aujourd’hui à regarder le monde dans sa pluralité. Ce qui est ringard, c’est de croire qu’il suffit de parler français et anglais pour être dans l’universalité. C’est notre manière de dire combien à partir de là, la singularité peut rassembler et combien elle est nécessaire à la richesse du monde. Dans cet album, nous citons Beethoven qui disait : « Si tu veux être international, chante ton pays ». Nous nous exprimons dans cette petite langue Corse qui est parlée par quelque dizaine de milliers de personnes. C’est avec elle que nous faisons le lien avec le monde et en même temps c’est quelque chose de précieux que nous avons à donner au monde.

 

A travers cet album, vous voulez faire un lien entre votre île et le monde ?

Vous savez la Corse est un peu le cancre de la république. Elle est violente, elle est xénophobe, elle est assistée… Bref, elle embête beaucoup de monde. Nous faisons le lien en donnant de la Corse quelque chose qui prouve que la culture est bien plus forte que les clichés. Nous montrons que non seulement elle est loin d’être une terre qui fait peur, mais c’est une terre qui invite, qui crée un cercle plus grand, toujours plus ouvert. Nous donnons de la Corse ce qui n’est pas forcément visible si nous écoutons la média sphère.

 

Malgré qu’une dizaine de langues différentes résonnent dans cet album, il est avant tout Corse. Nous pourrions croire qu’il n’est destiné qu’aux Corses…

Ce préjugé existait il y a quelques années mais il est démenti aujourd’hui. Nous imaginions que les gens qui chantent corse, comme ceux qui chantent breton, basque… ne le font que pour les Corses, les Bretons, les Basques… Ce n’est plus d’actualité, la preuve est faite à chacun de nos concerts. Quand nous allons à Hambourg, Berlin, nous sommes un groupe Corse qui rassemble en quelques mois 25.000 personnes. Dans toutes les capitales européennes où nous nous produisons, les salles sont pleines. Aujourd’hui le monde entier a soif de ces musiques-là.

 

Mis à part le thème de la planète, vous abordez d’autres sujets…

Oui à travers entre autres la chanson « Pè quantu mi vendi ». C’est une sorte de message qu’envoie la planète. Mais nous abordons également un thème que nous défendons à travers « l’association Fundazione Di Corsica » qui traite de la non-violence, dans la chanson « Hazia », qui signifie « la graine » en basque. Elle montre comment la non-violence doit être cultivée partout, que ce soit à l’école, dans la rue…

 

Vos textes sont engagés…

Oui, ce sont des textes engagés et je l’espère engageant ! Ce qui est beaucoup plus important.

 

Quel est le rôle d’un artiste d’après vous ?

Un artiste se doit d’apporter des idées positives. S’il n’en est pas capable, il n’est rien du tout. Si c’est simplement pour vendre des disques et cultiver son égo, il n’y a aucun intérêt. Cela est compréhensible mais c’est bien éphémère. Par contre être transformant, « semer la bonne graine » ça fait partie des choses qui donnent un sens. Le fait de chanter, d’écrire, de faire des concerts, de rassembler du monde, fait partie de ce qui nous préoccupe.

 

Avez-vous un mot pour votre public toulousain ?

Je sais qu’il sera nombreux. Comme je vous le disais, il paraît que la Corse fait peur. Nous allons vous montrer combien elle sait aimer, combien la beauté nous relie et combien il y a de lien entre la terre corse et les terres occitanes.

Propos recueillis par Elsa Nardari



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.