Hugues Aufray: Troubadour depuis 1948

Octogénaire inépuisable, Hugues Aufray sort un tout nouvel album intitulé «Troubador since 1948». Dans cette série de tableaux qui ont marqué sa vie, le chanteur évoque son vagabondage musical tout en rendant hommage à cette Occitanie qu’il aime tant. Toulousain de cœur, Hugues Aufray sera le 20 novembre au Casino Théâtre Barrière. Rencontre.

 

Pourquoi avoir intitulé votre album «Troubador since 1948» ?

Je suis un Occitan. Ma mère est issue d’une très vieille famille de Gascogne. Je suis un homme de l’ouest, je m’intéresse beaucoup à cette région de la France que j’aime beaucoup. J’ai donc choisi la formule occitane «Troubador», qui signifie «Troubadour» et j’ai ajouté, «since 1948», car c’est l’année où arrivé d’Espagne, je débarque à Paris pour faire l’école des beaux-arts. Mon père n’était pas d’accord pour que je prenne mon indépendance, j’ai dû me débrouiller tout seul. J’ai alors commencé à chanter dans de petits cabarets où j’obtenais de petits cachets. A cette époque-là, je chantais des chansons espagnoles, brésiliennes, mexicaines… Le public ne me prenait pas pour un Français… Pendant cette période qui va durer dix ans – de 1948 à 1958 – on m’a qualifié de «troubadour» car on me considérait comme un étranger. Je faisais de l’import culturel, c’est ce que j’ai voulu signifier par ce titre. L’aventure de Hugues Aufray chantant, commence en 1948 et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

Vous considérez vous, vous même comme tel ?

Pendant longtemps je l’ai refusé. J’avais cette image négative, stéréotypée d’un homme aux cheveux longs qui ne vit pas dans son époque dans laquelle je ne me voyais pas du tout. A présent, c’est un terme que j’accepte parce qu’il est totalement réactualisé par la formidable carrière de Bob Dylan.

C’est un album de reprises. Qu’ont-elles de différent ?

Ce n’est pas une compil. C’est une illustration musicale de mon parcours. Chaque chanson choisie, chaque détail a sa signification. Pour vous citer un exemple, dans le prologue on entend un train car à proximité de la maison de mon père, il y avait une voie ferrée. Avec mes frères on se disait : «Un jour, on prendra ce train pour partir.» Je l’ai donc mis pour illustrer cette époque. Tout le long de cet album est constitué d’une série de tableaux, d’images musicales qui m’ont marqué.

La première chanson de cet album «Le bateau ivre», raconte-t-elle votre début dans ce milieu ?

Le nom indique bien que le bateau est parti sur la rivière, qu’il a descendu le fleuve et qu’il est arrivé dans la mer sans objectif précis. Pendant ces dix années de «vagabondage musical», je n’avais pas de plan de carrière. Je ne me disais pas : «Je vais travailler pour rentrer à la radio, faire un disque puis un spectacle…».

Sur «J’entends siffler le train», vous êtes en duo avec Françoise Hardy… Pourquoi l’avoir choisie pour cette collaboration ?

Quand je suis arrivé à New-York en 1962, j’ai rencontré «Peter, Paul & Mary» dans un cabaret, à l’époque ils étaient mondialement connus. J’ai choisi Françoise Hardy en hommage à «Mary» du trio. Elle est décédée il y a deux ans. C’est une femme formidable qui chantait très bien. Je pensais que Françoise Hardy était la personne qui pouvait évoquer ce qu’elle incarnait.

Etes-vous à l’initiative des nouveaux arrangements pour la totalité des chansons ?

Ce disque a été fait aux Etats-Unis. On a fait confiance à de grands musiciens américains ainsi qu’à Jean-Pierre Sabar pour les arrangements. Il y a beaucoup d’artistes de «pointure» que je ne connaissais pas qui ont participé à cet album. Je leur ai donné carte blanche mais j’ai tout de même donné mes indications, mes orientations.

Quel regard portez-vous sur vos 60 ans de carrière ?

J’ai eu beaucoup de chance, pour un homme qui n’a jamais rêvé d’être chanteur. Je suis devenu «vedette» sans l’avoir cherché. J’ai réussi la première partie de ma vie et j’essaye à présent de réussir la deuxième. Je me suis remis à la sculpture il y a douze ans. J’ai exposé mon premier grand bronze à «La cité de la musique» à Paris pour l’exposition en hommage à Bob Dylan… et je vais faire une exposition à Banyuls, prévue pour fin 2013.

 

“Toulouse est une ville que je porte dans mon cœur. “

 

Justement, comment voyez-vous votre avenir ?

D’abord, que Dieu fasse que j’ai une bonne santé pour pouvoir terminer ce que j’ai commencé ! Je vais continuer la musique et j’ai l’intention d’écrire un livre pour parler de mon parcours. Je veux aller jusqu’au bout de la course et pas comme certains artistes qui prennent leur retraite et vivent des rentes de leurs biens.

Si vous aviez un rêve à réaliser, lequel serait-il ?

Toulouse étant une ville que je porte dans mon cœur, je rêve de donner un concert place du Capitole ou au Théâtre du Capitole. Même pour une œuvre caritative, ce serait pour moi une revanche sur la vie.

C’est-à-dire ?

J’ai vécu cinq ans à 50 kilomètres de Toulouse, à Sorèze. Mes deux frères allaient écouter le père de Claude Nougaro. Après le divorce de mes parents, j’ai été élevé par mon frère qui avait une voix d’opéra, mais il a décidé de nous quitter à l’âge de 26 ans. Ça m’a dévasté. Je lui dois toute ma carrière.

 

Propos recueillis par Elsa Nardari



UN COMMENTAIRE SUR Hugues Aufray: Troubadour depuis 1948

  1. MOONS LAFFITE dit :

    Un article intéressant qui m’a appris sur Hugues, comment l’appeler autrement. Je l’ai vu plusieurs fois en concert d’abord sur PARIS en 1981 au Petit Forum puis à TOULOUSE (ma ville natale) à la Halle aux Grains.
    Pour moi c’est plus qu’une idole, il fait parti de ma famille, c’est comme un grand frère avec des chansons qui ont accompagné ma vie.
    Maintenant il s’exprime dans la sculpture, il va exposer à BANYULS, fin juillet je vais aller voir ses oeuvres, je suis sûre que cela va être du bonheur.
    C’est un homme vrai, sincère, attachant.
    J’espère le rencontrer un jour.

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