Gilles Ramade au Casino Théâtre Barrière: «Il maestro furioso» a la vie que le public veut bien lui donner»

Gilles Ramade

Musicien, chanteur, pianiste… Gilles Ramade, artiste aux multiples talents, sera le vendredi 23 mars au Casino Théâtre Barrière dans le cadre du Printemps du Rire pour la représentation de «Il maestro furioso». Dans ce spectacle musical interactif, sorte de karaoké géant, interviennent soixante choristes, une trentaine de musiciens et bien sûr le public ! Gilles Ramade réalisera également la mise en scène et l’animation musicale de la Nuit du Printemps du Rire, le samedi 31 mars au Zénith. Rencontre.

Gilles Ramade, «Il maestro furioso» est une pièce que vous avez écrite. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de son histoire ?

Cette histoire est le résumé d’un parcours artistique mouvementé, le mien en l’occurrence. Je suis un spécialiste de la multiplication, un «touche-à-tout», pourrait-on dire. Je suis curieux, j’aime les défis. J’appellerais cela du «donjuanisme» artistique. Je me suis retrouvé dans pleins de milieux artistiques à être un bon artiste dans tout et le meilleur dans rien. En fait, cette pièce, «Il Maestro furioso», s’est élaborée un peu d’elle-même depuis une vingtaine d’années. J’ai dirigé l’orchestre du Capitole, j’ai fait des soirées événementielles… Petit à petit se sont structurés des mini sketchs et un personnage est né de toutes ses interventions.

Vous jouez le rôle d’un chef d’orchestre. Est-ce un vieux rêve ?

Non, cela fait partie des fantasmes de tout musicien. Quand un chef d’orchestre monte la baguette, il a en face de lui soixante chefs d’orchestre potentiels. C’est comme conduire une voiture de sport. On se rend compte qu’au bout des doigts, on a quelque chose d’énorme. C’est un plaisir. Le chef d’orchestre vit une vraie émotion.

Vous êtes nombreux sur scène…

Oui, il y a soixante choristes, une trentaine de musiciens et entre 400 et 1000 spectateurs qui eux aussi jouent les choristes. C’est un spectacle très interactif, qui a la vie que le public veut bien lui donner.

Un exercice de haut vol

C’est-à-dire ?

Au milieu du spectacle par exemple, je veux interpréter «Carmina Burana» et je me dis que soixante choristes, ce n’est pas assez. Alors, on allume la salle et on fait un karaoké. Puis après quelques vocalises, on chante en chœur tous ensemble. J’établis un rapport de connivence avec le public et cette musique qu’il aime, lui semble du coup plus familière. De cette manière, il s’approprie vraiment le spectacle. Quand il monte sur scène pour jouer avec moi, je ne sais pas comment il va réagir : je peux tomber sur quelqu’un qui aime la musique, ou pas du tout. J’essaye vraiment d’impliquer le public.

L’émotion est intense…

Oui, il y a de vrais moments d’émotion. On est comme à la maison : on se parle, on arrête l’orchestre, on se fait répéter. C’est un exercice de haut vol car quand je rentre sur le plateau, je me dis : «Je sais qu’on va jouer, qu’on va chanter, mais comment ça va se passer… Je n’en sais rien !»

Cela ne créé-t-il pas une situation anarchique sur scène ?

Pourquoi, c’est un défaut !? (Sourire) Je suis chez moi sur le plateau et rien ne vaut la confiance que l’on a dans les gens. Au fond, que risque-t-on ? Ce qui est fondamental, c’est de parvenir à transmettre le plaisir que l’on ressent. C’est un spectacle qui se veut de sincérité musicale et d’humour au service d’une passion. On n’est pas là pour se moquer mais pour montrer que l’on peut faire des choses sérieusement tout en étant «léger». Ce qui du reste, n’est pas du tout inscrit dans notre culture.

Maestro Furioso

Théâtre ou comédie musicale ?

Diriez-vous que «Il maestro furioso» est une pièce de théâtre ou une comédie musicale ?

C’est de la musique avant tout. Je ne cherche pas à faire du théâtre car je n’ai pas de véritable texte. Je l’improvise en permanence. Il y a quelques phrases clés et un texte à tiroir, pour toujours rester dans cette idée de spontanéité.

La comédie vous colle à la peau. Pourquoi ce genre plutôt qu’un autre ?

C’est vrai, je fais pas mal de comédies mais pas uniquement. J’aime rire, j’aime faire rire et que les gens me fassent rire ! Sur scène, le rire nous rassure, il permet de faire passer certaines émotions avec pudeur. On sait tout de suite si le public est avec nous ou pas. Le son du plaisir est agréable…

Vous avez fondé votre compagnie de théâtre «Figaro & Co» en 92 ? Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir vingt ans ?

C’est gentil de me dire que j’ai vingt ans ! (Rires) S’il y a bien un sentiment que je n’arrive pas à ressentir, c’est la nostalgie. Je pense que ce que je fais aujourd’hui est mieux que ce que je faisais hier, sinon j’arrêterais. Donc cela ne me fait rien.

Toutefois, avec le recul, quel regard portez-vous sur votre travail, ces vingt dernières années ?

J’ai un regard plutôt critique. Ce qui me pousse à continuer, c’est d’en faire toujours plus et mieux.

Quels sont vos futurs projets ?

Outre «les Nuits de Figaro», qui se dérouleront une fois par mois au Théâtre Musical de Pibrac, je travaille aussi à l’écriture pour la saison prochaine, d’un opéra, sur le thème de la «vague» ou si vous préférez la montée du fascisme. C’est un sujet assez noir qui me tient à cœur.

Propos recueillis par Elsa Nardari



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.