Frédéric Vila-Mazzotta en concert avec son épouse Le «Ténor» toulousain près des siens

Les Ténors se font rares en France. Frédéric Vila-Mazzotta est pourtant l’un d’eux. Inquiet pour l’avenir du spectacle vivant dans notre pays, mais enthousiaste pour transmettre son Art, il a déjà reçu à domicile les écoliers du village pour leur faire découvrir «Barbe Bleue» d’Offenbach chez lui à Roquettes. Une démarche originale, pour un artiste qui ne conçoit rien sans partage. Il en donnera une nouvelle preuve ce 9 février pour un récital «concocté» avec Eglantine, son épouse. Rencontre.

 

Un personnage. Un vrai. Frédéric Vila-Mazzotta, la quarantaine flamboyante, est une figure de la culture toulousaine. Ténor à la renommée internationale, il va se produire exceptionnellement avec son épouse pianiste Eglantine, dans sa petite commune de Roquettes, juste avant de partir pour Marseille interpréter «Les Mousquetaires au couvent» à l’Odéon. Cette soirée lyrique lui tient particulièrement à coeur, car Frédéric chante finalement peu en nos terres occitanes («Nul n’est prophète en son pays» aime-t-il à dire, même si on peut le retrouver presque tous les ans au Festival lyrique des châteaux de Bruniquel (82)), mais il souhaite aussi promouvoir sa discipline auprès du plus grand nombre : «L’Opéra reste trop élitiste. De 80 à 120 euros la place, quelle famille peut se le permettre aujourd’hui ? Cet événement permet de rendre l’Opéra accessible à tous, et notamment aux enfants.» Cette voix est issue d’une famille d’artistes, de musiciens. Dès ses premières années, ses parents le faisaient chanter notamment sur du Johnny Halliday («Que je t’aime»). Eh oui ! Mais sa passion a vite été la comédie. C’est d’ailleurs en faisant du théâtre à Jules Julien à Toulouse, que beaucoup lui ont fait prendre conscience de son talent hors-norme : «J’ai alors décidé de passer le concours d’entrée au Conservatoire tel un défi, en me disant que si je ne l’avais pas, mes amis me laisseraient enfin tranquille…»

«Chanter est exceptionnel pour un être humain»

Nous connaissons depuis le résultat. Vingt ans de scènes dans le monde entier, vingt ans de voyages, d’expériences de vie, Bizet, Puccini, Offenbach et les autres : «Le plaisir de s’exprimer en chantant devient vite une drogue. Chanter, c’est exceptionnel pour un être humain je trouve.» Mais pour réussir un tel parcours, il fallait trouver la compagne idoine. Frédéric devait donc croiser Eglantine, pianiste et enseignante : «Je ne pourrais pas avoir cette carrière si mon épouse n’était pas là. Elle s’occupe des enfants, du quotidien familial, mais en plus me fait travailler quand je suis à la maison. Sur scène, j’applique tout ce que je fais avec elle. Heureusement qu’Eglantine est pianiste… elle comprend.» Pour autant, Frédéric songe parfois à sa retraite en tant que ténor : «Cela devient compliqué avec la vie de famille. De plus, le ténor joue toujours les jeunes premiers. Celui qui a l’épée sur le côté, celui qui tombe toujours amoureux de la femme dont il ne faut surtout pas tomber amoureux, celui qui meurt à la fin…» Avec humour et détachement, Frédéric sait que dans quelques années, ces rôles ne lui seront plus dévolus. Mais l’homme se plongera alors pleinement dans son autre passion : la sculpture. Il transmettra son savoir aux plus jeunes, refoulera les planches en tant que comédien, applaudira ses propres enfants, dont certains pratiquent déjà le violon et le chant… Et si le talent était immortel ?

Thomas Simonian



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