Culture : le péril web ?

bancLe livre, le disque, les concerts live font-ils encore recette à l’heure du téléchargement et du tout numérique ? A une époque où les grandes  enseignes « cultures » baissent le rideau comme Castela l’an dernier ou Virgin plus récemment,  quel avenir pour ces supports que nous connaissons depuis toujours ? Les oublierons-nous aussi rapidement que les cassettes audio et vidéo ? Toulouse, ville culturelle, fait-elle exception ? Reportage.

Disquaires, la chute libre ?

Depuis une dizaine d’années, la vente de disques a chuté. Le téléchargement légal – ou non- en est la principale cause. Tout est mis à la portée du consommateur pour l’inciter à passer par le biais du numérique. En un seul clic, il est possible de se procurer la discographie d’un artiste dans son intégralité. Cela sans avoir besoin de se déplacer aux dépends de certaines boutiques spécialisées.
Monsieur Lefèvre, responsable des deux magasins « Disc King » destiné au déstockage de CD/DVD situés en centre-ville de Toulouse fait le triste constat que ses ventes sont en baisse. « Au début de notre activité, nous vendions en déstockage au prix de départ de 15€ le DVD, aujourd’hui le premier prix est à 2.90€, on fait du « jetable » !  Il y a treize ans que nous sommes installés. Lors de nos premières années, nous vendions 1000 CD/DVD par semaine, à l’heure actuelle si nous en vendons autant par mois, nous pouvons nous réjouir. » Un manque à gagner important qui va amener ce commerçant à prendre des mesures radicales : «Mi-février nous fermons le magasin situé rue Alsace Lorraine afin de réduire nos frais, ce qui va entraîner un licenciement économique ».

Le livre, concerné ?

Un libraire de la rue du Taur à Toulouse explique ne pas vraiment se sentir concerné : « il est difficile de dire si c’est à cause de la crise ou de l’arrivée du numérique que le livre se vend peut-être moins. Sur notre créneau, le régionalisme, l’occitanisme, le livre ancien et universitaire, nous ne sommes pas trop touchés par la numérisation ». Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2012 sur le thème « Les Français et la lecture en vacances », il apparaît que 93% des sondés préfèrent lire un livre papier (3% pour l’ordinateur et 2% pour la tablette) et y consacrent un budget moyen de 32€. Dans cette étude, l’avantage majeur au livre numérique serait « le faible encombrement » pour 52% des personnes interrogées. Côté édition numérique, si selon les données émises par le Syndicat National de l’Edition (SNE), les revenus de ce marché ont augmenté de 7.2% en 2011, celui-ci représente moins de 2% du chiffre d’affaires des éditeurs. Effets pervers du piratage sur les CD et DVD, le livre numérique lui, semble par conséquent avoir du mal à se développer en France. Malgré tout, en 2012, au constat du retard en la matière dans l’Hexagone par rapport aux Etats-Unis ou à nos voisins britanniques, où cette part frôle les 20%, les éditeurs français ont élargi leur offre de titres disponibles numériquement.
Les concerts en live, c’est mieux ?

Après avoir fait le triste constat – irréversible – de la baisse de fréquentation des acheteurs potentiels dans les magasins spécialisés dans la culture, qu’en est-il de l’affluence dans les salles de concerts ? On pourrait croire que la crise économique et le téléchargement de vidéos peuvent entraîner la baisse de fréquentation des salles mais d’après Marie-Ange Martin, Responsable de Communication Productions Bleu Citron, « rien ne vaut le live, même si nous pouvons télécharger un concert, cela ne procure pas les mêmes sensations que nous pouvons ressentir lorsque nous assistons à un concert. » Tout dépend de l’engouement autour de l’artiste : « Le volume de nos ventes est lié à la programmation. Si dans la même année nous programmons Manu Chao et MUSE, nous dépassons tous les chiffres. Certains artistes, font encore le plein des salles, pour exemple : Mika, Oasis, -M-, Indochine, C2C …» précise Marie-Ange Martin.
En fait et contre toute attente, même si les ventes des disques ont chuté, depuis ces dix dernières années, il faut savoir retenir, disent les professionnels du métier, que « la scène est devenue un enjeu primordial pour l’artiste et son entourage professionnel – maison de disques/ manager… – car c’est la principale source de revenus » indique Marie-Ange Martin. Il n’empêche. Certains sites internet, tels que «vente-privée.com» ou encore «groupon» proposent des places à prix bradés. Voire même «trocdesplaces.com» qui lui va officiellement permettre d’échanger ou même de «négocier» les prix.

Du côté des usagers usagers

Achat numérique ou physique, l’âge du consommateur entre lui aussi en ligne de compte. « Lorsque l’on analyse un concert de «Sexion d’Assaut» au Zenith de Toulouse ou le Festival «le Weekend des Curiosités», le public concerné est «jeune» donc avec des réflexes de «jeunes» à savoir un acte d’achat qui valorisera l’acquisition d’une majorité de «billets électroniques ». Mais pour un public plus âgé qui n’a pas encore développé le réflexe d’achat de la billetterie en ligne, nous avons une majorité de « billets physiques » confirme Marie-Ange Martin. Confirmation avec ces  Toulousains rencontrés dans la rue. Stéphane, 30 ans, « télécharge parfois des titres à écouter ». Quant au livre numérique : «Cela suppose déjà d’avoir une tablette, ce n’est pas mon cas, et puis moi j’aime bien avoir le livre dans les mains». Les habitudes de Linda, 16 ans, sont en revanche toutes autres : « je passe mon temps sur le web, même dans le bus avec ma copine on regarde les concerts sur mon téléphone, l’écran est petit et on partage les écouteurs mais ça le fait, on est direct dans l’ambiance live ! » Comme de logique, les us et des coutumes générationnels, conditionnent largement l’évolution des pratiques culturelles et certains ne se sont pas encore penchés sur le tout numérique. Annette par exemple. Retraitée, elle est « fascinée » par ce que lui font découvrir ses petits-enfants : « c’est fou la technologie aujourd’hui, on peut visiter le Louvre depuis son canapé, mais bon, je préfèrerais les amener au musée des Augustins, c’est tout de même mieux de voir les œuvres en vrai !» Un habitué du magasin Disc King déclare lui ne pas faire confiance à la « source d’internet » : « Je suis toujours méfiant, il y a encore trop de fraudes. Se rendre dans un magasin est plus fiable ».

Un livre, un banc
Depuis trois, quatre ans, une pratique un peu insolite ravit les lecteurs. Elle consiste à laisser un livre dans un endroit public, un café, un train, sur un banc, un muret… pour que quelqu’un le trouve et le lise. Un phénomène qui s’est amplifié. Il existe même aujourd’hui des sites internet où les lecteurs participants peuvent suivre le parcours des livres « rendus à la nature ». Plus d’info http://www.bookcrossing.com



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.