[Culture] Christian Authier, le dandy garonnais

christian authier 2 F. Mantovani

Plume. Cet auteur made in Toulouse martèle une certaine idée du bonheur bien « de chez nous ».

 

« Nous sommes là, devant la CCI ». Christian Authier descend en quelques secondes de son bureau de la rédaction de l’Opinion Indépendante à l’entrée de l’historique rue Alsace Lorraine… Il nous rejoint, et nous invite à siroter sur une terrasse de la place Rouaix. Sa crinière ressemble à l’homme que l’on imagine, plutôt libre. S’il est né en banlieue parisienne, il rejoint la ville rose dès l’âge de six ans suite aux mutations professionnelles de ses parents fonctionnaires : « Toulouse est ma ville ! J’y aime son ambiance provinciale. Il y a comme une latence et une indolence qui me correspondent bien… » Au lycée (Toulouse-Lautrec), il croise entre autres les frères Amokrane, avant de s’asseoir sur les bancs de l’IEP, « j’ai adoré ces années-là. J’ai beaucoup lu, et j’ai passé des heures dans les salles de cinéma. » Le septième art, ou un vrai coup de foudre pour l’auteur toulousain. Une passion dévorante pour cet enfant du « Masque et la Plume », émission culte de France Inter qui réunit encore aujourd’hui les plus éminents critiques. D’ailleurs pour Christian Authier, les noms de Michel Ciment (« Positif ») ou Jacques Siclier (« Le Monde ») sont des références. Sur grand-écran, la statue de ce Toulousain d’adoption reste Clint Eastwood (il a d’ailleurs consacré deux essais sur le cinéaste) : « Son œuvre respire l’Histoire américaine. C’est un artiste qui me fascine par sa subtilité. » Très vite, l’écriture est devenue une altération à sa vie, « mon premier rêve a été d’être critique de cinéma. D’être payé pour aller au cinéma (rires) ! Ensuite, j’ai voulu devenir écrivain », mais à 25 ans, écrire devient « une nécessité », et c’est donc une carrière de journaliste qu’il embrasse. L’homme a signé pour le Figaro Littéraire ou pour Charlie Hebdo. Des références… Et il est aujourd’hui toujours fidèle au poste chez nos confrères de L’Opinion Indépendante. D’ailleurs Christian Authier est formel tout en gardant un sourire malicieux : « Les journaux devraient être confiés à des écrivains. Lisez les chroniques de Patrick Besson dans Le Point… C’est d’une intelligence rare. Quand on lit aussi les romans de Michel Houellebecq, cela nous épargne de dix années de lecture du Monde, ou de biens des essais de sociologie ou de géopolitique. Il avait par exemple abordé les attentats terroristes de Bahli avant qu’ils n’aient lieu. » Le quotidien, l’actualité, les amis, l’Histoire… Tout est un peu dans « De chez nous », le dernier essai ou ovni (voir encadré) du Toulousain : « Mon titre et mon propos ne sont pas là pour exprimer un repli sur soi, ou une appartenance dans le sens le plus étroit du terme. Ce livre est avant tout une déclaration d’amour à la France, mais pas celle qui se limite à une carte d’identité… J’ai écrit de manière très ouverte. » Car Christian Authier est ainsi, ne se donnant aucune limite. La preuve, il déteste les idées arrêtées, encore moins les idéologies qui « explosent toujours en vol. » Et aime citer Bernanos tout en savourant le marc de café : « Hommes de gauche, hommes de droite, moi je ne marche pas dans la combine ! Hommes de gauche, hommes de droite, vous voyez ça sur les tombes ! » Le constat est cruel, le pays va mal, « on n’hésite pas à ériger Nabilla en modèle de la jeunesse. Enthousiasmant, non ? » Mais l’espoir veille tel un phare. « Rien n’est perdu », assure-t-il.  Telle est la philosophie selon Authier. Un esprit affranchi estampillé « Liberté, égalité, fraternité. »

 

Le + : Un essai, un roman… Ou tout à la fois. Un ovni sûrement. « De chez nous », le dernier opus signé Christian Authier se veut humblement dans l’air du temps. A l’image de cette petite bande de copains décrite par l’auteur, et qui est là pour fêter ses 40 ans. La plume toulousaine traite de tout, sans tabous. De la Résistance aux années Mitterrand, des ambiguïtés relevées chez Marcel Bigeard jusqu’aux espérances soulevées par Pierre Rabhi. Anar, réac, utopiste ? Impossible de qualifier Christian Authier. Mais c’est ce doute qui nous permet d’aimer cet essai. On en ressort embrumé mais patriote. Sans frontières.



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