Claude Hélias ; Des lettres et des chiffres

Directeur Général du cabinet BGH à Toulouse, Claude Hélias est aussi comédien et Directeur de la Compagnie théâtrale «Cœur et Jardin» qu’il a fondée en 2006, aux côtés d’Alexandra Pons, sa Présidente. Portrait d’un passionné qui travaille sans relâche au rapprochement de l’entreprise et du théâtre.

Quand il sort de son bureau situé en plein cœur de Toulouse, Claude Hélias entre dans la peau d’un tout autre personnage. En 2006, ce Directeur Général de BGH, société d’expertise comptable, crée la Compagnie «Cœur et Jardin». Le théâtre est sa passion depuis l’enfance. «C’est cette expression physique, orale qui m’attire» explique-t-il. Très jeune, il joue Molière, les Fourberies de Scapin, avec au tomber de rideau, il s’en souvient comme si c’était hier, cette forte envie chevillée au corps de devenir plus tard comédien. Mais la vie, les études, le soustraient à ce rêve et l’entraînent vers d’autres cieux plus terres à terres : les chiffres, puis l’expertise-comptable ; sorte de soupape de sécurité financière que le métier de comédien, lui, ne procure que plus rarement. Pour autant, il n’abandonne pas l’idée. Un jour, c’est juré, il se produira face à un public. Seulement, pas n’importe comment. «J’ai compris que comme dans sa profession au quotidien, pour pouvoir être sur scène, il fallait se former.» Alors, en plus de ses heures passées à compter, Claude Hélias multiplie stages, cours…  tantôt à Aucamville au sein d’une «petite troupe», à Paris même, chez Jean-Laurent Cochet, tantôt ici, au Grenier Théâtre de Toulouse. Emerveillé, il y découvre tout un répertoire classique, Corneille, Racine, Beaumarchais, Molière… et se remémore sa première montée sur les planches ; une véritable épreuve pour cet homme de nature plutôt réservée : «Ce n’était qu’une répétition mais mon cœur battait à deux cents à l’heure ! Ce moment a été terrible.»  Terrible mais tout à fait profitable. La scène le transforme, il n’est plus le même. «De nombreuses personnes qui partagent ma vie professionnelle ont du mal à me reconnaître quand je joue. Elles sont vraiment étonnées. Mais c’est le propre de pas mal de comédiens qui, sans pour autant être exhibitionnistes, vont exprimer beaucoup plus de choses sur le plateau qu’en dehors» Et de citer en exemple, l’un de ses mentors et professeurs, le comédien et metteur en scène Francis Azéma, qui «timide lui aussi dans la vie, prend toute sa dimension sur scène.» Justement, la rencontre avec cet ancien élève de Maurice Sarrazin va être déterminante : «C’est Francis qui nous a poussés à créer «Cœur et Jardin». C’est un homme de talent, une valeur sûre dans le paysage théâtral toulousain.» témoigne Claude Hélias. Ainsi, depuis plus de cinq ans, ces deux mondes, des lettres et des chiffres, s’enrichissent de leurs valeurs mutuelles.

Le plaisir de jouer, le bonheur de donner…

La Compagnie «Cœur et Jardin» donne entre quarante et cinquante représentations par an. Essentiellement du Vaudeville, sa marque de fabrique. «Pour l’instant nous sommes sur le registre de la comédie grâce auquel nous nous sommes peu à peu construit un public. Nous lui procurons de la joie, de l’émotion, du bonheur. En venant au théâtre, les gens oublient leurs soucis. C’est magique»  confie Claude Hélias. D’ailleurs, la dernière jouée en décembre, une pièce de Ray Cooney, «Tout le plaisir est pour nous», a remporté un vif succès. Pour le Directeur/comédien, ce n’est pas anodin : «Si nous pouvons amener le public à retourner au théâtre pour y écouter des pièces plus intellectuelles ou dramatiques, c’est extrêmement valorisant. De cette façon, nous servons le théâtre, nous faisons œuvre utile.» Ces huit comédiens attitrés sont à la fois professionnels et bénévoles. Claude Hélias tient à cette particularité et à cette histoire d’amitié qui les lie : «Chacun d’entre nous gagne sa vie à côté dans des domaines très différents. Nous ne bénéficions pas du régime des intermittents du spectacle et n’y tenons pas, mais de toute façon, le théâtre ne serait pas suffisamment riche pour nous assurer un revenu régulier.»

Après la représentation, la soirée continue…

Le nerf de la guerre. Malgré son dévouement sans limite, la compagnie ne peut pas uniquement vivre d’amour et d’eau fraîche. «Notre démarche professionnelle nécessite des moyens et une organisation administrative, logistique importante. Il faut payer techniciens et administrateurs, mais aussi les costumes, les décors, les accessoires, la salle. Communiquer sur nos spectacles a aussi un coût» explique son fondateur. C’est là que le Directeur Général de BGH entre en jeu : «Notre cabinet s’est lancé dans le mécénat culturel. Avec le musée des Augustins par exemple, nous participons à la rénovation d’une peinture du 17ème siècle et soutenons également «Cœur et Jardin».» D’autres entreprises ont accepté de faire de même pour accompagner la compagnie dans son développement. Le cabinet d’avocats toulousains Decker par exemple, ou encore le Crédit Agricole. «Oui, les mondes de l’entreprise et du théâtre sont très différents mais j’essaie de les rapprocher.» assure Claude Hélias. Le cabinet BGH organise ainsi régulièrement des soirées spéciales entreprises. «C’est l’occasion d’une rencontre dans un contexte complètement différent de celui des affaires. Cela permet aux collaborateurs de ces entreprises de tisser des liens beaucoup plus naturels, de les fédérer autour d’une démarche qui a de la valeur…»  Francis Azéma et Claude Hélias envisagent aussi de créer des stages à destination des chefs d’entreprises eux-mêmes ou de leurs salariés sur la pratique théâtrale. Au programme : improvisation, expression de soi, prise de parole en public, pour «acquérir de l’assurance, s’ouvrir aux autres.» Autre volonté : l’accueil de compagnies professionnelles et dites émergentes (amateur ou semi professionnel) en vue de leur professionnalisation. Dans le même temps, la Compagnie Cœur et Jardin travaille sans relâche à ses prochains spectacles : «Avec Denis Guiseppin, le président du Grenier Théâtre, nous voulons étoffer la programmation» ajoute Claude Hélias. Après une première en 2010, le public pourra de fait assister du 12 au 14 avril à une reprise de «Duos sur canapé», une «comédie déjantée» signée Marc Camoletti. De même, une création est prévue pour octobre… Au bout du compte, le bilan est plutôt positif pour la Compagnie «Cœur et Jardin».

 Claire Manaud



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