Axelle Red au Casino Théâtre Barrière

«Je suis fière de ma carrière»

Après plusieurs années d’absence de la scène française, Axelle Red revient pour une série de concerts. La chanteuse flamande connue pour ses tubes «Sensualité» ou «Manhattan Kaboul» interprété avec Renaud, comme pour son engagement humanitaire, sera au Casino Théâtre Barrière le 9 février, entourée de quatre musiciens. Rencontre.

Axelle Red, quel effet cela fait-il de revenir en France après des années d’absence ?

Ce sont vraiment des retrouvailles qui font du bien. Bien que mon avant dernier album «Sisters and Empathy» ne soit pas sorti en France, au final, le public ne m’en veut pas, il est toujours présent et content de me voir.

Ce n’est pas la première fois que vous jouez à Toulouse. Qu’évoque pour vous notre ville ?

C’est la ville rose, celle des étudiants. On pense aussi au cassoulet mais je n’y ai jamais goûté ! (rires) Pourtant, des amis toulousains me le proposent chaque fois que je viens ! Et puis, il y a l’histoire de la ville bien sûr qui est très riche et cet accent que j’adore ! Oui, j’aime beaucoup Toulouse. C’est encore un autre côté de la France et je m’y sens bien.

Vous avez travaillé avec les Toulousains Richard et Daniel Seff…

Oui, j’en garde un bon souvenir. Daniel a comme moi cet amour de la musique américaine. Il écoute de grands compositeurs comme Billy Joel. Nous sommes de vrais amis.

«Ce concert n’est pas un «show»»

Votre concert sera-t-il entièrement dédié à votre dernier LP «Un cœur comme le mien» ?

Ce sera un mélange de tous mes albums, même s’il est normal que nous jouions davantage de titres du dernier. En fait, j’ai revisité toutes ces anciennes chansons en les réarrangeant, en adaptant de nouveaux sons ; ce qui donne un spectacle complètement inédit.

Quelle en sera l’atmosphère ?

Elle est aux couleurs de l’album, avec des tons très chauds comme sur la pochette. J’ai voulu recréer sur scène l’ambiance du studio d’enregistrement.

Cette chapelle à Woodstock ?

Oui. Il y a des tapis par terre, des lampadaires… C’est assez chic avec une très jolie lumière. Mais ce concert n’est pas un «show», j’ai surtout voulu donner sa place à la musique. D’ailleurs le public nous dit qu’il ressent notre plaisir à jouer, à partager la musique. Pour beaucoup, c’est leur tournée préférée.

On y voit aussi toutes les facettes de votre personnage…

Oui. Mis à part le côté «engagement», je montre aussi mon côté romantique, utopiste, idéaliste. Sans oublier l’humour ! On rigole beaucoup sur scène. Je parle aussi avec le public même s’il ne me répond pas vraiment ! (rires) Il y a un véritable échange entre nous.

 

Ne garder que du positif

Dans le clip de «La Claque», votre dernier single, vous dansez. C’est le cas aussi sur scène ?

Un peu seulement car pour danser vraiment, il faut que j’enlève mes chaussures ! Qui sait, peut-être le ferai-je un soir, à l’improviste ?! En fait, je ne réfléchis pas à ce genre de choses ! (rires)

C’est un art que vous avez pratiqué…

Oui. Pendant des années, j’ai fait de la danse contemporaine et classique et je dois dire que j’y ai repris goût. Je danse régulièrement à la maison.

Cet album «Un cœur comme le mien» est un mélange de soul, de folk et de country ; ce que l’on appelle «L’Americana». Qu’appréciez-vous dans cette musique ?

(Pause) Elle est riche. Et souvent les gens ignorent qu’ils en écoutent. Le groupe Fleetwood Mac par exemple en a fait. Mais ce que j’apprécie surtout, c’est ce mélange très intéressant qui évite qu’on la catalogue. Ce que d’ailleurs, j’ai toujours voulu faire avec ma musique.

C’est votre album préféré ?

Non. Mon meilleur album reste «Jardins Secrets». Ses mélodies font vraiment sauter le cœur. Il est tellement romantique et dans l’utopie ! (rires) Mais j’aime beaucoup celui-ci aussi. Je le trouve chic, beau et la production est très chaude. J’en suis vraiment contente.

Votre engagement humanitaire y est tout aussi présent mais le ton est différent. Pour quelle raison ?

On ne peut pas toujours refaire les mêmes choses. J’ai déjà fait un album protest avec «Sisters and Empathy». Ce sont des thèmes que je continue à défendre mais autrement. J’ai voulu éviter la lourdeur et ne garder que du positif. Dans «La claque» par exemple, cette femme battue finit par partir, comme dans le film «Thelma et Louise». C’est ce que je voudrais que l’on retienne.

Ma démarche est humaniste

Vous avez déclaré ne plus vouloir parler de cet engagement après «Sisters and Empathy»…

Si, j’en parle toujours mais il ne faut pas non plus lasser les gens. Je ne veux plus que le public ne voie en moi que l’artiste engagée. Bob Dylan a fait des chansons engagées avant de passer à autre chose. Le public aime que je lui parle de moi. Il se reconnaît de cette manière.

 

D’où vient cet engagement ?

J’ai un caractère empathique. Je n’ai jamais aimé l’injustice depuis que je suis toute petite. Mais le déclic a été mon premier voyage au Vietnam, sac à dos. J’étais étudiante en droit, et là-bas, c’était la misère. Un garçon m’a demandé de l’argent en me disant que comme j’étais venue en avion, je devais en avoir ! Quelque part, il avait raison ! (rires)

 

En tant qu’ambassadrice de l’Unicef, vous soutenez les droits des femmes et des enfants dans les régions en guerre et les pays en voie de développement. Vous avez également mené un combat contre les mines antipersonnelles. N’est-ce pas finalement un poids trop lourd à porter ?

Si, il m’a fallu digérer tout ça. Voir toutes ces victimes de viols, de guerre, m’a réellement touchée physiquement. J’ai été très mal. A chaque retour de voyage, j’essayais de véhiculer un message mais moi, j’avais toujours ces personnages à l’esprit, comme ces enfants soldats du Congo. A tel point que je me suis demandé si j’avais encore droit au bonheur. Aujourd’hui je réalise qu’il ne sert à rien de me rendre malheureuse.

Vous avez fait appel à des artistes de renom comme Miossec ou Stéphane Eicher. Que vous apportent ces collaborations ?

Oui, j’ai décidé de m’ouvrir. Echanger avec ces hommes poètes est un vrai plaisir. Et puis c’est une manière de démontrer que  ma démarche est humaniste avant tout et pas forcément féministe.

Vingt ans après la sortie de votre premier album, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Au début, je ne voyais que les défauts mais aujourd’hui lorsque mes enfants écoutent mes disques, je trouve que ce n’est pas si mal ! Je suis meilleur musicien aujourd’hui. Par contre, au fur et à mesure que l’on avance, on a tendance à perdre son audace. Vous savez, pour être artiste, il faut une certaine vanité ! (rires) En fait, j’ai surtout fait peu de concessions – j’ai toujours signé avec des maisons de disques qui me laissaient libre – et conservé mon style ; même si parfois, ma musique était en avance et donc pas forcément comprise… Oui, franchement, je suis fière de ma carrière.

 

Quels sont vos projets après cette tournée ?

Je travaille sur un nouvel album. Il aura un côté très joyeux et je l’espère, nous rendra tous très heureux. Je suis super excitée.

Propos recueillis par Claire Manaud



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