Vous reprendrez bien quelques criquets ?

D’ici 2050, la population mondiale devrait atteindre les neuf milliards d’individus. Comment nourrir tant de bouches ? Pour satisfaire les futurs besoins en protéines, la production mondiale de viande va devoir doubler, or les surfaces agricoles ne seront pas suffisantes pour assurer une telle entreprise. La société toulousaine Micronutris a pourtant trouvé une solution alternative pas piquée des vers. Quoique ?

C’est encore insolite dans l’Hexagone. Pourtant d’ici quelques années, criquets, grillons et vers de farine pourraient bien se retrouver dans nos assiettes. C’est en tout cas le pari que fait Cédric Auriol. Ce créateur d’entreprise, gérant d’une société d’import export a rapidement vu le potentiel -pourtant discret- de ceux que nous avons plutôt tendance à chasser de nos maison…  « Je suis sur le projet depuis un an et demi et nous commercialisons nos insectes depuis fin 2012 ». Cédric Auriol n’est pas seul au monde et pour palier la double crise alimentaire et écologique, beaucoup croient dur comme fer à l’entomophagie (consommation d’insectes par des humains). « Deux milliards de personnes mangent des insectes de par le monde, c’est déjà quelque chose de très commun. Cela peut tout à fait arriver en Europe. » En tout, 1400 espèces d’insectes comestibles sont recensés. Et l’idée semble prendre racine, pour preuve l’investissement de l’Union européenne dans la recherche, à hauteur de trois millions d’eurosUne somme qui a mis la puce à l’oreille de Cédric Auriol : « Je suis un entrepreneur avant tout, il est clair que l’avenir passera par l’entomophagie.»

Des insectes végétariens et locavores

Chez Micronutris, la douce chaleur et l’agréable chant des grillons font presque illusion. Mais loin de se prélasser, trois blouses blanches travaillent d’arrache pied dans ce drôle de hangar, à faire grossir les petits élevages disposés dans de simples caisses et à les produire en quantité industrielle. En tout, ce sont déjà quelques milliards de spécimens qui font un drôle de voisinage pour cette zone industrielle de Portet-sur-Garonne. «Le criquet pèlerin et le grillon des steppes sont encore en phase de test, afin de trouver la meilleur combinaison pour assurer une croissance rapide dans le respect des contraintes que nous nous imposons. Les deux espèces déjà commercialisées (le grillon et le ver de farine, ndlr) ont été choisies pour leur performances environnementales et nutritionnelles», explique Cédric Auriol. Jérémy Defrize, docteur en biologie chez Micronutris ajoute « Tout est à inventer, nous créons nos propres installations et les faisons évoluer au rythme de nos découvertes. C’est passionnant ! » Nourris à base de céréales et de végétaux (farine de blé, de pois chiche, tourteau de soja, fruits et légumes frais), ces petits habitants se payent le luxe de grignoter bio et local ; une contrainte essentielle au grand projet Micronutris. « Nous voulons pousser l’aspect écologique à son maximum afin de limiter l’impact environnemental de nos élevages. Nous sommes également très vigilants à la gestion de l’eau et de l’énergie ».

Des chocolats au criquet

Les insectes ont deux intérêts : ils sont riches en protéines en vitamines et en minéraux et pauvres en graisse, ou bien contiennent des acides gras insaturés. Enfin ils polluent moins que les élevages conventionnels. On dit qu’ils ont un taux de conversion inégalé, c’est-à-dire qu’avec 10 kilogrammes de végétaux, on produit un kilo de viande de bœuf, trois kilos de viande de porc, cinq kilos de volaille ou neuf kilos d’insectes ! Mais ces petites bêtes sont encore très chères à produire : environ 150 euros le kilo. « Le but est d’arriver à les commercialiser au prix de la viande », indique Cédric Auriol, « nous consacrons encore beaucoup de moyens à la recherche et au développement. Il reste du chemin à parcourir mais je suis persuadé que les industriels vont se laisser convaincre par l’attrait des insectes dans l’alimentation, le côté environnemental est primordial aujourd’hui et les gens sont peu à peu sensibilisé ». Il ajoute que les contacts fleurissent : « En Belgique ils sont très réceptifs, en France cela démarre plus lentement, nous avons notamment un partenariat avec le chocolatier Guy Roux, Grand Ambassadeur de l’Ordre Culinaire International, Champion de France et vice champion du Monde de pâtisserie, et d’autres pistes auprès de traiteurs, restaurateurs petits industriels et distributeurs ».

Un petit goût de noisette…

Une fois sa croissance menée à terme, l’insecte est déshydraté -pour conserver ses qualités nutritives et faciliter sa conservation- suivant un procédé innovant que l’entreprise a mis au point et qui reste à ce jour confidentiel. Mais une fois mis en sachet, encore faut-il trouver des astuces pour passer au delà de l’aspect repoussant : « Ces insectes ont vocation à être cuisinés, il faut laisser cours à son imagination ! Les vers de farine sont un très bon substitut aux lardons par exemple pour une quiche ou une sauce carbonara. On peut aussi tout simplement les saupoudrer d’épices et les grignoter à l’apéro, rien de tel pour lancer un sujet de conversation au démarrage d’une soirée ! » Les insectes peuvent être mangés à toutes les sauces : natures, grillés, bouillis, caramélisés, etc. On leur associe d’ailleurs des goûts très diversifiés de la noix à la cacahuète ou au riz grillé. Et la société n’entend pas s’en tenir à de petits sachets d’insectes : une barre énergétique à base de farine d’insecte est en préparation ainsi que des macarons aux grillons et vers de farine pour les plus gourmands. Pour le moment des sachets de 160 vers de farine ou d’une quarantaine de grillons sont disponibles à l’achat sur le site de l’entreprise, qui les commercialise au prix de 12,50 euros. Pour les plus audacieux un pack découverte à 59 euros, avec en sus du reste, des friandises « ornées de grillons » et alliant « la volupté du chocolat et le croquant des insectes ». Bon appétit !

Aurélie Renne

 

Les insectes comestibles sont riches en :

-Polysaccharides : Ils sont indispensables au fonctionnement du corps humain et du cerveau. Criquets et grillons contiennent 1,2% de ces composés et les vers de farine en contiennent 2,8%.

-Vitamine A : Elle favorise une croissance normale des os et des dents et participe à la formation des tissus cutanés et muqueux en permettant la multiplication cellulaire.

-Vitamine B2 : Rôle fondamental pour la peau, les yeux, les ongles et les cheveux. AJR* : 1,5 mg. 100 grammes de criquet en contiennent 0,07 mg.

-Vitamine C : Connue pour son action anti fatigue qui dispose de très nombreuses actions, comme la prévention des petites maladies, types rhume ou maux de gorge, mais aussi des maladies cardio-vasculaires, ainsi qu’un fort rôle antioxydant. AJR* : 60 mg. 100 grammes de criquet en contiennent 8,64 mg.

-Calcium : Essentiel pour la croissance et l’entretien des os et des dents. Régule le rythme cardiaque et participe au bon fonctionnement du système nerveux. AJR* adulte : 800 mg. 100 grammes de criquet en contiennent 42,16 mg.

-Phosphore : Rôle structural pour les os et les dents, puisqu’il permet leur construction et leur consolidation, en travaillant en synergie avec le calcium. AJR* adulte : 800 mg. 100 grammes de criquet en contiennent 131,2 mg.

-Fer : Favorise l’oxygénation du sang des cellules et des muscles. Indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire. AJR* : 16 mg. 100 grammes de criquet en contiennent 1,96 mg.

-Magnésium : Module la réactivité au stress et inhibe l’excitabilité neuronale. A une action bénéfique sur de nombreux problèmes cardiaques (hypotension, arythmie, infarctus du myocarde…).

-Oméga 3 : Les oméga 3 sont classés comme acides gras essentiels car le corps humain en a besoin et ne peut pas les fabriquer lui-même. Ils doivent donc être apportés par l’alimentation.

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Aurélie Renne

 

 

 

 



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