Vin bio à l’honneur !

A partir de la récolte 2012, les producteurs de vin biologique seront autorisés à utiliser les termes «vin biologique» sur leurs bouteilles. Les étiquettes devront comporter le logo biologique de l’UE, le numéro de code de leur certificateur et respecter les autres règles en matière d’étiquetage du vin. Ce label européen attendu depuis 1991 a été voté le 8 février dernier à la quasi-unanimité (deux Etats membres se sont abstenus). Ce vote clôt trois ans de négociations parfois difficiles, focalisées principalement sur la question des sulfites dans le vin et représente une avancée importante pour le choix et la santé des consommateurs.

Règles actuelles

Il n’y avait pas jusqu’à présent au niveau du règlement de l’Union Européenne de définition pouvant être appliquée au «Vin Biologique». Les raisins pouvaient être certifiés comme provenant de l’agriculture biologique et obtenir la mention «vin obtenu à partir de raisins issus de l’agriculture biologique», mais l’ensemble des pratiques œnologiques permettant d’aller du raisin jusqu’au vin, n’était pas pris en compte. Une large enquête européenne (Oriane) a démontré que la vinification des bio s’était naturellement portée vers des pratiques exigeantes et respectueuses de l’environnement et du produit. Mais, à l’exception de chartes privées, rien ne venait valider ces pratiques auprès du consommateur. Le développement très important des surfaces viticoles bio ces dernières années rendait urgent l’arrivée d’un cadre public contrôlé.

Un marché en pleine expansion

Selon les instances de tutelle, fin 2010, plus de 6 % des surfaces viticoles françaises étaient bio (50.268 ha), en hausse de 28 % par rapport à 2009. Les surfaces de vignes biologiques ont plus que doublé entre 2007 et 2010 et elles pourraient encore doubler d’ici 2013 avec les surfaces actuellement en conversion. Dans le Languedoc-Roussillon, on dénombre 500 conversions au cours des deux dernières années. En Côte d’Or, 11 % des viticulteurs sont en bio. La valeur des ventes en France de vins issus de raisins bio a été estimée à 322 M€ en 2010, soit une progression de 8 % par rapport à 2009. En 2010, ce secteur représentait 10 % de la valeur du marché des produits bio en France. Selon l’Institut technique de l’agriculture bio (ITAB), plus de 60 % des ventes de vins bio concernent le marché à l’export. Le Languedoc-Roussillon exporte 52 % de sa production, le Sud-ouest (30 %) et l’Alsace plus de 20%. Avec la certification européenne qui vient d’être adoptée et qui correspond aux pratiques française de vinification, le marché à l’export devrait être boosté participant ainsi à la diminution de notre déficit commercial.

La fameuse étude de 2008

Souvenez-vous, en décembre 2009, nous vous avions alerté sur la contamination du vin par les pesticides et autres produits chimiques. Une étude menée en 2008 par les associations du Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe), soutenue par le groupe des Verts au Parlement européen avait montré que la grande majorité des vins d’Europe ainsi que ceux produits dans le reste du monde, contenaient des résidus de pesticides. L’étude avait porté sur l’analyse de 40 bouteilles de vin rouge en provenance de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, d’Afrique du sud, d’Australie et du Chili. 34 vins étaient issus de l’agriculture conventionnelle, et 6 de l’agriculture biologique. Les résultats de la campagne d’analyses avaient montré que l’ensemble des vins conventionnels étaient contaminés en moyenne par des résidus de quatre pesticides différents, les plus contaminés en contenant jusqu’à dix alors que les vins BIO étaient vierges de toute contamination. En 2009, la Gazette de Montpellier avait réactualisé l’étude en faisant analyser quinze bouteilles de vin, dont trois BIO, issues de divers vignobles français par un laboratoire spécialisé. Résultat : six d’entre elles présentaient des traces de pesticides. Seuls les vins BIO étaient «clean de chez clean.» Nous pouvons remarquer que les niveaux de contamination observés dans le vin sont considérablement plus élevés que les niveaux tolérés pour les pesticides dans l’eau puisque l’on a trouvé dans certains vins testés des quantités jusqu’à plus de 5.800 fois supérieures aux concentrations maximales admissibles autorisées pour les pesticides dans l’eau du robinet. Des résultats qui ne semblent finalement pas très étonnants dans la mesure où, dans le cadre de ses attributions et indépendamment de cette étude du PAN-Europe, le Cemagref (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement) avait déterminé que si la culture de la vigne couvrait un peu moins de 3% de la surface agricole utile de la France, elle consommait 20% des produits phytosanitaires employés en agriculture !

Ethique et santé

La substance active la plus dangereuse détectée était l’Iprodione présente dans 100% des échantillons de vins élaborés à partir de raisins contaminés par les pesticides. La Procymidone (93%), l’azoxystrobine (90%), l’iprovalicarbe (86%) et le pyriméthanil (85%) ont également montré une forte présence parmi les échantillons testés. Les cancers et autres maladies contractées par les vignerons utilisateurs d’insecticides, fongicides et autres herbicides sont en forte progression. Sur ce point, comme le montrent plusieurs études récentes, le doute n’est plus permis : les pesticides pulvérisés dans les vignes, notamment pour traiter les feuilles, peuvent générer, chez les vignerons et leur famille, des cancers, des troubles de la reproduction, des problèmes respiratoires, des perturbations hormonales et des altérations neurologiques. Ainsi, dans la région, «beaucoup d’enfants d’agriculteurs développent des malformations génitales», met en garde Charles Sultan, professeur d’endocrinologie montpelliérain. Des études menées depuis dix ans dans le vignoble bordelais par Isabelle Baldi (Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement de Bordeaux) sur 528 ouvriers, ont montré que les personnes travaillant dans les vignes et qui sont exposées aux pesticides, ont une plus grande fragilité aux rhinites allergiques et aux problèmes respiratoires. Leur probabilité de développer certains cancers est multipliée par trois, alors que celle de développer des maladies neuro dégénératives de type Parkinson et Alzheimer, est multipliée respectivement par 5 et par 3. Par ailleurs, si l’on parle de normes, les fameuses Limites Maximales de Résidus (LMR), ne rassurent pas du tout les scientifiques car leur non franchissement ne garantit pas l’innocuité du produit, les effets de chaque pesticide sur la santé humaine étant encore mal connus – les «limites maximales» sont d’ailleurs régulièrement revues à la hausse. D’autre part, l’association entre plusieurs pesticides, peut s’avérer être un facteur aggravant. Enfin, l’un des pesticides mis en évidence par les analyses, le Pyriméthanil, est clairement considéré comme un «cancérigène possible» par l’Agence américaine de protection de l’environnement.

Sulfites

Autre composante du vin, le SO² ou Sulfite qui sert à la conservation du vin. Depuis le 25 novembre 2005, une directive européenne rend obligatoire la mention «contient des sulfites» ou «E220» sur l’étiquette du vin, du même côté que les autres mentions obligatoires que sont la dénomination du vin, le titre alcoométrique, le volume, l’embouteilleur, le lieu d’embouteillage, le numéro de lot et le message de prévention pour les femmes enceintes. Ceci si le taux de sulfites est supérieur à 10 mg par litre. En fait, cette mention, pour la plupart des consommateurs, n’avait aucune utilité, puisqu’elle n’indiquait pas la dose contenue de sulfite qui peut aller jusqu’à 160 mg/l pour les vins rouges et 210 mg/l pour les vins blancs. Y’a de la marge ! La nouvelle réglementation impose des normes plus strictes. L’acide sorbique et la désulfuration ne pourront pas être utilisés et les teneurs maximales en sulfites pour les vins biologiques ne pourront pas dépasser 100 mg/l pour les vins rouges et 150 mg/l pour les vins blancs et les vins rosés, soit 50 mg/l de moins que les vins traditionnels, avec cependant un différentiel de 30 mg/l quand la teneur résiduel en sucre est supérieur à 2 g/l.

Avis d’écologiste

Le vin (à consommer avec modération) est identifié depuis l’Antiquité comme un produit à respecter, lié à la terre, aux racines paysannes, à la sueur des hommes et y retrouver des traces de pesticides pose problème. Dans la relation avec le client, le bio est un plus. Face au marasme de l’agriculture, certains professionnels voient dans cette labellisation une opportunité. L’usage des pesticides dans la vigne pose également un véritable problème sanitaire. Il y a une véritable lame de fond morbide dans le secteur. De nombreux producteurs sont malades. Il y a une véritable prise de conscience. La reconnaissance par la justice, le mois dernier, de l’intoxication de l’agriculteur Paul François par le «Lasso», herbicide produit par la firme Monsanto a accéléré cette prise de conscience et explique l’engouement constaté vers des pratiques plus vertueuses. Si je me réjouis de cette avancée européenne, je regrette toujours que le taux réel de sulfites ne soit toujours pas affiché car de plus en plus de consommateurs, parfois sans le savoir, manifestent des allergies à ce composant.

Gérard Arnaudé



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