Une pilule difficile à avaler…

C’est l’information sanitaire qui défraie la chronique depuis quelques semaines : certains contraceptifs oraux seraient responsables de phlébites, d’AVC et auraient déjà causé plusieurs décès. En cause, les pilules de 3e et 4e générations, et en particulier Diane 35, qui traite initialement l’acné et semble avoir été prescrite un peu au-delà de ses attributions, malgré des effets secondaires connus.

C’est officiel l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) a confirmé l’interdiction de la pilule Diane 35. Voilà qui ne devrait pas rassurer les jeunes femmes… Mais des antécédents laissaient présager de cette décision : le 11 janvier déjà, Marisol Touraine avait annoncé la mise en place d’un dispositif de réduction de la prescription des pilules de 3eet 4e  générations. Déremboursement, retrait du marché… La guerre est donc bien déclarée à ce type de pilule lancées dans les années 80 et censées limiter les effets indésirables des pilules des générations précédentes : acné, douleurs mammaires, nausées… Au planning familial de Toulouse, on tente de gérer au mieux la situation de crise : le téléphone ne cesse de sonner et chaque jour, c’est une dizaine de coups de fil à prendre avec des pincettes : « la plupart ont des requêtes directement liés aux pilules de 3e et 4e générations », explique une employée à la

permanence du planning familial, « et c’est sans compter les visiteurs qui arrivent directement dans les locaux. On ressent clairement la panique, surtout chez les jeunes filles qui sont tentées d’arrêter leur moyen de contraception de manière impulsive ». Les requêtes se suivent et… ne se ressemblent pas car : « une partie non négligeable est très mal informée et déverse ses craintes au planning familial sans même savoir de quoi il faut avoir peur ! » Un phénomène que l’on prête aux médias, à l’origine de « la panique ». Cette polémique sur les contraceptifs oraux réveille de vieux griefs. Ainsi Gérard Bapt, cardiologue, député PS 31 et membre du conseil d’administration de l’ANSM accuse-t-il le planning familial d’être sous la coupe des laboratoires et d’avoir « distribué les pilules de 3e et 4e générations comme des bonbons, faisant la promotion de ces contraceptifs qui augmentent les risques d’accidents veineux. » Agacé, il ajoute que certaines étaient même fournies gratuitement par les labos, sous forme d’échantillons… Pour pallier la situation, le parlementaire préconise un examen préventif des troubles de la coagulation, en systématique : « Cela coûte 80 euros par patiente, mais en retour à combien revient une embolie pulmonaire, un AVC voire un handicap ? »

La pilule m’a tuée

A Toulouse, difficile de chiffrer précisément le nombre d’accidents vasculaires cérébraux ou de thromboses pulmonaires liés à la pilule. Par contre Le Centre de pharmacovigilance de Toulouse a plusieurs fois soulevé le rapport de corrélation existant entre le produit et les risques dans son bulletin d’information. Une pharmacologue interrogée à l’occasion nous cite d’ailleurs un passage paru en avril 2012 : « Nous avons rappelé à plusieurs reprise les risques thromboemboliques liés à la prise de médicaments contraceptifs. Ces effets ont été quantifiés lors d’études épidémiologiques de grande ampleur. En 2011 on dénombre onze cas survenus chez des patientes âgées en moyenne d‘une trentaine d’années (de 16 à 44 ans). Les effets indésirables déclarés sont les suivants : embolie pulmonaire (trois cas), thrombose veineuse profonde (deux cas), une thrombose veineuse cérébrale, un infarctus cérébral et un infarctus du myocarde. Tous les types de contraceptifs oraux médicamenteux sont concernés. Dans huit cas, on retrouve des facteurs de risques comme l’âge (plus de 35 ans), le surpoids ou la consommation de tabac. Dans cinq cas, deux facteurs de risques. Ce bilan illustre la réalité des effets thrombotiques des contraceptifs oraux. » Elle ajoute, « il est difficile de déceler ce genre de risques avant la mise sur le marché car il reste faible, et personne n’a assez de recul. Mais lorsque plusieurs études confirment la gravité de certains effets secondaires, il est temps de repenser l’équilibre bénéfice/risque : le produit sauve-t-il des vies ? »

Les gynécos pris d’assaut

Le docteur Thevenot, gynécologue à Toulouse et président de l’Ordre des médecins 31 réplique : « Aucun traitement n’est anodin, on dirait que le monde découvre que la pilule contraceptive est un médicament, pas un bonbon à prendre chaque soir ! » Regrettant la polémique grandissante, il affirme réagir à plusieurs niveaux, en tant que président de l’Ordre mais aussi et surtout en tant que médecin : « Cela ne me facilite pas la vie c’est sûr. Ma messagerie, comme celle de mes collègues est littéralement saturée depuis quelques jours, mes patientes veulent une réponse immédiate et personnalisée.» Pourtant d’après lui l’information est déséquilibrée, « tout est parti d’une plainte qui, alertant les médias, a pris une ampleur disproportionnée. Alors que les risques sont connus depuis toujours. D’ailleurs il y a des accidents graves avec tous les médicaments. Sans connaître les statistiques, je peux presque affirmer qu’il y a plus d’accidents liés à l’aspirine qu’à la pilule ! » Le scandale actuel serait donc positif en un sens : « il sert à faire prendre conscience que la pilule n’est pas anodine ». Mais le président de l’Ordre des médecins 31 soulève un risque majeur lié à cette polémique : « beaucoup de femmes ont si peur qu’elles arrêtent de prendre leur pilule subitement, souvent sans raison valable. Le nombre de grossesses non désirées et d’IVG risque de monter en flèche». A ce sujet, le planning familial rétorque : « Nous ne pouvons pas nous prononcer là-dessus, mais serons très attentifs aux chiffres 2013 ». D’après le docteur Thévenot, «  recadrer certaines prescriptions peut être une bonne chose mais l’essentiel est de rappeler les avantages et inconvénients des médicaments et de ne stigmatiser ni les médecins ni les traitements ». Il termine : « De plus, il est inutile d’arrêter sa pilule si on la prend depuis longtemps, car ces accidents interviennent dans les tous premiers mois de la prise… » A titre d’information, avant de prescrire une pilule, un gynécologue doit soumettre sa patiente à un bilan métabolique (recherche de cholestérol, diabète et trouble de la coagulation sanguine), avant la première prise et au bout de trois ou quatre mois. Enfin une discussion doit être engagée quant à d’éventuels antécédents familiaux. A bon entendeur.

Aurélie Renne

 



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