Une découverte en or ?

Imaginez un diamant qui fasse trois fois la taille de la terre… C’est un peu la découverte d’une équipe de chercheurs français et américains qui ont percé à jour la composition de la super-terre 55 Cancri-e. En orbite autour d’une étoile voisine du soleil, elle serait composée en grande majorité du précieux minéral. Olivier Mousis, rattaché à l’IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie) de Toulouse, nous parle de ce trésor, qui brille à des milliards de kilomètres de notre système solaire.

Qui êtes-vous ?

Je suis astrophysicien, professeur des universités à Besançon et membre de l’Institut universitaire de France. Depuis septembre, je suis également chercheur associé à l’IRAP. J’ai 38 ans et je prépare mon déménagement vers la ville rose : pour un chercheur, c’est un peu l’endroit où il faut être !

Vous avez participé aux récentes découvertes concernant 55 Cancri-e : que signifie le nom de cette planète ?

55 Cancri c’est tout simplement la 55e étoile de la constellation du Cancer (en latin «Cancri»). «e» signifie que c’est la 5e planète (dans l’ordre alphabétique), qui a été découverte autour de cette étoile.

Cette planète était-elle connue des scientifiques ?

En fait, elle a été découverte en 2004. L’année dernière, des astronomes ont pu mesurer son rayon grâce à son transit devant l’étoile 55 Cancri. Cette information, ajoutée à une estimation récente de sa masse a permis à notre équipe de calculer la composition chimique de la planète. Jusqu’ici les astronomes prenaient des modèles développés pour la terre (avec une composition analogue à celle de la terre), mais les recherches n’aboutissaient à rien.  Nous avons voulu utiliser une autre approche. En astrophysique, on part toujours du gaz de l’étoile pour comprendre la composition d’une planète, or nous nous sommes rendus compte que l’étoile était anormalement riche en carbone… Or chacun sait que sous certaines conditions de forte pression et température, ce dernier peut opérer une cristallisation sous forme de diamant.

Est-ce une découverte incroyable ?

Non ! L’étude est parue dans The Astrophysical journal letters, le plus vieux journal d’astrophysique au monde, c’est une référence, mais pourtant pas la plus spectaculaire des trouvailles. L’aspect bling bling de la découverte parle au grand public, ça fait un buzz interplanétaire, on en parle même à la Maison blanche ! Je ne m’y attendais pas du tout ! On m’a d’ailleurs demandé si ma femme s’était subitement intéressée à mes travaux… J’ai l’habitude de travailler sur des choses avec plus de faits, mais médiatiser cette découverte est une bonne chose car ça fait parler de la science et connaître nos travaux. Les scientifiques français sont un peu austères : nous avons souvent du mal à nous mettre en avant. C’est une bonne occasion. Les Anglo-saxons, eux, font du show-business !

Quelles sont les caractéristiques de ce «petit» bijou ?

Un tiers de la masse de la planète (soit l’équivalent de trois fois la masse terrestre) serait composé de diamant. En comparaison je pourrais dire que la Terre est aussi riche en granite et en eau, que 55 Cancri-e, est riche en graphite et en diamant. Sa masse est huit fois celle de la Terre, son rayon deux fois celui de notre planète. La planète orbite autour de son étoile à grande vitesse : son année dure seulement 18 heures ! En outre, elle est étonnamment chaude, avec plus de 2200 degrés en surface : peu de chance donc d’y poser nos valises. Le diamant se serait formé à 100 kilomètres de profondeur mais des fragments pourraient apparaître en surface. L’étoile en question est à 40 années lumières de la Terre, donc très proche : à l’échelle de la galaxie, la distance est inférieure au trajet Besançon-Toulouse ! On peut d’ailleurs la voir à l’œil nu, en s’armant d’une carte du ciel. Mais il faudrait malgré tout 400 000 mille ans pour aller sur 55 Cancri-e : que les gens se rassurent, le cours du diamant ne va donc pas dégringoler ! Un diamantaire étranger m’a quand même posé la question…

Quelles avancées apporte cette découverte à la science ?

C’est notre premier aperçu d’un monde rocheux avec une chimie fondamentalement différente de celle de la Terre. En fait, une nouvelle catégorie de planète vient de sortir du chapeau : les planètes de carbone. Leur étude va susciter plusieurs recherches. La raison de nos travaux reste l’origine de la Terre : en comparant ce qui se passe ailleurs, on arrivera à comprendre d’où l’on vient et comment on s’est formés !

La suite concernant 55 Cancri-e ?

Nous avons besoin de nouvelles mesures concernant la composition de l’étoile. Cela nous permettra de glaner d’autres résultats. Il faudrait voir notamment la durée de vie de potentiels fragments de diamants à la surface par rapport aux mouvements de la surface…

C’est une découverte parmi d’autres : lesquelles ont compté pour vous ?

Bien que celle-ci puisse potentiellement me rapporter beaucoup d’argent (il sourit), elle n’est pas celle qui m’a le plus marqué. J’ai beaucoup travaillé sur l’origine de Titan, le plus gros satellite de Saturne. Ou encore sur les clathrates, ces glaces présentes dans le système solaire. On croit toujours que les astrophysiciens travaillent le nez en l’air, mais je poursuis également une étude sur le lac de Vostok, en Antarctique. Nos recherches sont parfois plus proches de nous que le croit le grand public…

Propos recueillis par Aurélie Renne



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