Un véritable enjeu: Le «come-back» du débat sur les OGM

Il a suffi d’une étude, celle du professeur Gilles-Eric Séralini, pour relancer le débat sur les OGM. Ce scientifique, universitaire à Caen, spécialiste de la biologie moléculaire, a fait la une de tous les médias en publiant une étude (qui s’est faite dans le secret) dans laquelle des rats alimentés avec un maïs génétiquement modifié (le NK603) ont développé des tumeurs parfois impressionnantes, et ont subi également des troubles hépatiques. Il n’en fallait pas davantage pour raviver les craintes des écologistes : «La force de ces images nous rend crédibles» avance Gérard Onesta, vice-président de la région, mais également condamné en 2004 par la justice pour avoir été l’un des «faucheurs volontaires» aux côtés de José Bové et de son collègue à la région François Simon. Ce dernier semble d’ailleurs plus que satisfait que ce débat refasse son apparition dans la presse : «Ce sont des retrouvailles car nous menons ce combat depuis longtemps. Nous demandons le bon sens et l’arrêt de la marchandisation du vivant.» Gérard Arnaudé est l’un des fondateurs avec Brice Lalonde de «Génération écologie». Il alarme depuis des années sur les dangers occasionnés par les OGM et s’étonne même que l’on ait encore besoin d’une telle étude pour réactiver le débat : «Il y a sept ans une étude sur les rats avait amené aux mêmes conclusions. Il avait même été demandé à l’époque au semencier Monsanto d’expérimenter sur une période plus longue… Et ils ne l’ont pas fait ! Or si les rats présentent aujourd’hui ces problématiques-là, il y a de fortes chances que l’homme puisse les subir également. Le principe de précaution prend alors tout son sens. Si on n’arrête pas tout alors que l’on voit les résultats sur les rats, que faut-il donc faire ?»

Les anti OGM choisissent le bruit médiatique

L’élu régional, François Calvet, hausse également le ton : «On demande clairement à ce que d’autres études soient réalisées sur des durées plus longues. Il n’en demeure pas moins qu’après de tels résultats, nous avons désormais une vraie responsabilité. La Région doit appliquer le principe de précaution.» Prenant à leur compte l’étude du Prof. Séralini, les élus du groupe EELV à la région, présidé par le tarnais Guillaume Cros, propose un plan d’action à Martin Malvy. Ils demandent notamment à ce que désormais les aides économiques régionales destinées à l’agriculture et à l’industrie agroalimentaire soient conditionnées à un engagement sans OGM, mais aussi à ce que dans les lycées midi-pyrénéens, il y ait dans les cantines une alimentation sans OGM. Les propositions sont sur la table, et seront débattues prochainement. Guillaume Cros, Gérard Onesta, François Simon et les autres élus écologistes comptent bien profiter de la préparation du budget à venir pour «mettre la pression» sur l’exécutif régional. Pour autant, la fameuse étude en question ne fait pas l’unanimité. Preuve en est, l’édito «musclé» du sociologue Jean-Louis Missika dans l’émission de France 5 «Médias, le magazine», qui attaque le traitement médiatique de l’information : «On est loin de la recherche scientifique traditionnelle, on est dans la science spectacle. On observe même que le plan médias a été pensé il y a très longtemps puisque deux documentaires sortent en même temps que cette étude, ainsi qu’un livre signé par le chercheur lui-même. Ce qui m’inquiète, c’est l’instrumentalisation de la science. Qu’elle soit ainsi mise au service d’une idéologie ou d’un combat. Je ne suis pas du tout compétent pour remettre en cause les résultats de l’étude mais je dis que les anti OGM choisissent le bruit médiatique maximum pour attaquer le silence de Monsanto.» Une analyse qui n’atteint pas Gérard Arnaudé pour qui notre santé à tous est en jeu : «Nous avons aujourd’hui deux chances sur trois de contracter un cancer. Regardez autour de vous !» Et si la question des OGM était celle de notre avenir ?

Thomas Simonian



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