Un avion écologique

Selon le GIEC (le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) les trajets en avion représentent 3 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre avec une pollution dans les hautes strates de l’atmosphère qui est encore plus importante. D’où l’idée de voyager grâce aux énergies renouvelables. Depuis 2003 ans, une équipe de 25 spécialistes encadrée par une quarantaine de conseillers scientifiques, travaille à la réalisation du projet “Solar Impulse”. Un avion propulsé uniquement par l’énergie du soleil, qui se veut à la fois un défi scientifique, un pari sportif et un symbole écologique.

 
Economiser l’énergie

Le Solar Impulse n’est pas le premier projet de ce type. Plusieurs vols ont déjà eu lieu, mais pour l’explorateur suisse Bertrand Piccard, connu pour avoir fait le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999, il s’agit de passer à une phase supérieure en bouclant un tour du monde pour prouver que l’on peut se passer des énergies fossiles. Pas si simple, car l’énergie solaire doit non seulement servir à propulser l’avion, mais aussi à recharger les batteries pour assurer le vol de nuit. Pendant la journée, l’énergie est accumulée dans des batteries au lithium disposées dans les ailes. Elles doivent impérativement être pleines chaque soir pour tenir jusqu’au lever de soleil suivant. Et on peut compter au mieux sur huit heures environ de lumière «utile» par jour car quand le soleil est trop bas sur l’horizon, ses rayons ne sont plus efficients. Autant dire que la chasse aux économies et au poids superflu est ouverte. D’ailleurs, le Solar Impulse ne peut pour l’instant accueillir qu’un seul passager : le pilote. Malgré le cockpit équipé de la pressurisation, d’un diffuseur d’oxygène, de l’élimination du CO2 et de l’humidité, les vols sont assez spartiates…

Grand mais vulnérable

Le Solar Impulse n’a rien d’un jouet : il mesure 63 mètres, à peine moins que l’Airbus A 380 ! Ceci bien sûr pour offrir une surface maximale aux cellules solaires, mais aussi pour réduire la traînée induite. Mais alors que l’Airbus pèse 560 tonnes, l’avion solaire est un poids plume : 1,6 tonnes à peine. Il est en effet en fibre de carbone, une matière ultra-légère et très résistante. Avec un poids aussi faible, le Solar Impulse sera très sensible aux turbulences, et donc particulièrement délicat à manœuvrer. Il n’a pas intérêt à être pris dans une grosse tempête ! L’avion a quand même été conçu pour résister à des conditions climatiques et à des contraintes mécaniques extrêmes. Dans les airs, la température peut varier de +80°C à -60°C ! Pour cela, une «peau» composée de cellules solaires ultra-minces est intégrée dans les ailes. Les cellules sont encapsulées (c’est-à-dire protégées par un film plastique) et flexibles pour suivre les déformations et les vibrations de l’aile.

 

Décollage immédiat

C’est le mercredi 7 juillet dernier que Solar Impulse, a décollé de l’aérodrome de Payerne, en Suisse. Son objectif : voler 24 heures en continu, de jour comme de nuit, en exploitant l’énergie accumulée dans la journée. L’aéroplane, devait atteindre une altitude de croisière de 8 500 mètres dans la journée, afin de charger des batteries lithium-polymère et alimenter quatre moteurs électriques de 10 CV chacun grâce à 12 000 cellules solaires installées sur ses ailes. L’inquiétude technique se focalisait sur la soirée, lorsque les rayons du soleil disparaissant peu à peu, l’énergie assurée par les cellules photovoltaïques allait baisser.

Atterrissage sans encombre

L’avion solaire a atterri jeudi matin sans encombre, réussissant son pari d’effectuer un vol de plus de 24h en autonomie. L’avion s’est reposé sur l’aérodrome de Payerne, vers 9h d’où il avait décollé la veille peu avant 7h du matin. Satisfaction puisque l’équipe de «Solar Impulse» a précisé que les 12.000 cellules solaires de l’avion ont réussi à emmagasiner suffisamment d’énergie pendant la journée pour permettre de voler toute la nuit à 65Km/h de moyenne au-dessus du Jura. Ce test prouve que l’avion peut voler non-stop toute la journée. Le prototype était piloté par André Borschberg, président et co-fondateur du projet, un ancien pilote de chasse. A son atterrissage, le Solar disposait d’autant de ressources énergétiques qu’à son décollage, grâce notamment à des conditions météorologiques favorables.

 

Le tour du monde en 2013…

Fort de cette réussite, l’objectif suivant est de faire le tour du monde. Une escale est prévue sur chaque continent (soit des étapes de 3 ou 4 jours), non pas pour reposer l’avion mais parce que c’est la durée maximale que peut supporter un pilote dans son minuscule cockpit. Si à l’évidence, les vols charter ne sont pas encore pour demain et si le chemin est encore long vers une industrialisation qui ne se fera peut-être jamais, l’essai est concluant et porteur d’espoir avec notamment les progrès constants enregistrés par la recherche au niveau des batteries. Il faudra encore pendant quelque temps se contenter d’un gros airbus marchant au kérosène mais qui sait demain peut-être….

Avis d’écologiste

C’est un peu une histoire à la Jules Verne. Le rêve d’Icare qui s’est brulé les ailes en voulant s’approcher du soleil est en train de prendre forme grâce au soleil. S’il sera difficile de passer d’une technologie basée sur les énergies fossiles à une autre du tout renouvelable, l’espoir est permis en passant peut-être par des systèmes hybrides comme dans l’automobile. A suivre…



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