Touche pas à mon eau !

Le temps de “l’eau facile” est révolu ! Le message a flotté au dessus des débats du 5ème Forum mondial de l’eau, qui vient de s’achever à Istanbul sur une déclaration politique jugée par nombre de participants décevante et inadaptée à l’urgence.

 
Déclaration Finale

Adoptée à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, la déclaration ministérielle formule une série de recommandations, allant de la nécessité de modifier les modes de consommation d’eau, en particulier dans l’agriculture, à celle de collecter et de traiter les eaux usées. Pendant une semaine, sur les rives du Bosphore, plus de 25 000 personnes ont débattu des moyens de protéger et de préserver cette ressource, sous la double pression de la croissance démographique (9 milliards d’humains en 2050 contre 6,5 milliards aujourd’hui) et du réchauffement climatique. Parmi les paradoxes évoqués, le Bangladesh fait face à des inondations à répétition alors que le désert avance partout en Afrique, et qu’insensible à tout cela, l’agriculture consomme à elle seule plus de 70 % des ressources mondiales…

L’eau ne sera pas un droit humain !

Si la semaine a été riche en idées et d’échanges, mettant en relief le lien étroit entre eau, énergie et alimentation, son épilogue a laissé un goût amer. Ils étaient nombreux à ne pas partager la position du ministre turc de l’Environnement, Veysel Eroglu, selon laquelle la déclaration finale est «un document important qui servira de repère». La France, l’Espagne et plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique ont tenté, en vain, de faire modifier le texte afin qu’il stipule que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement devait être «droit» humain fondamental et non pas seulement un «besoin», comme cela a été retenu.

 

Dissidence de nombreux pays

Une vingtaine de pays – parmi lesquels l’Espagne, l’Afrique du Sud ou le Bangladesh – ont signé une déclaration dissidente. «Je suis déçue, car je pense que c’est un droit très important», a réagi la secrétaire d’Etat française à l’Ecologie, Chantal Jouanno. «Il est choquant de voir que, pour la première cause de mortalité dans le monde, il n’y a pas plus de mobilisation politique», a-t-elle regretté tout en refusant de s’associer à la dissidence… Le sénateur français Jean-François Legrand, qui a animé à Istanbul un collège d’environ 300 parlementaires originaires de près de 90 pays, a jugé la déclaration ministérielle «in-colore, inodore et sans saveur». Plusieurs ONG ont regretté que les débats sur la «diplomatie de l’eau» n’aient pas progressé de manière sensible. «Les conflits liés à l’eau peuvent survenir à tous les niveaux», a rappelé l’ONU dans un rapport extrêmement clair quelques jours avant le début du Forum. Les conflits locaux liés à l’irrigation sont fréquents et ont souvent pour origine les ressources transfrontalières. Il est important que chaque pays intègre bien la responsabilité qui est la sienne vis-à-vis des populations situées en aval des fleuves. La France a annoncé avant le Forum son intention de ratifier la convention des Nations Unies sur les cours d’eau transfrontaliers, adoptée en 1997 mais qui n’est toujours pas entrée en vigueur, faute d’avoir atteint la barre des 35 ratifications nécessaires. Les villes de Marseille et Durban, en Afrique du Sud, sont en lice pour accueillir la prochaine édition du Forum.

Avis d’écologiste

Bruel aurait pu faire une chanson : «Rendez-vous dans 3 ans…». Les forums se suivent et se ressemblent, donnant raison aux détracteurs de ce type de grand’messe qui selon eux ne sert de tremplin qu’aux grands groupes venus faire du business. Cela fait une trentaine d’années que la communauté internationale promet un accès à l’eau potable pour tous. L’ONU, dans les années 80, avait déjà décrété une décennie de l’eau, mais sans grand résultat. Une fois encore comme pour les OGM, ce sont les lobbies qui font l’histoire ! Peu importe les dégâts, les grands groupes continuent à confisquer les ressources. La question est de savoir jusqu’à quand les peuples accepteront de voir des millions de femmes, d’enfants mourir dans l’indifférence générale ? Peut-être l’Europe serait-elle inspirée en mettant en route une gouvernance sur l’eau… Idée de campagne…



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