Touche pas à mon eau !

Si l’énergie du futur fait l’objet de toutes les réflexions et mobilise beaucoup de moyens de recherche, l’eau fait partie des autres enjeux majeurs du XXIe siècle. Instituée par l’ONU après le sommet de Rio en 1992, la journée de l’eau du 22 mars sera consacrée à la qualité de la ressource aquifère en complément des notions de quantité et d’économies. Alors que la population mondiale doit augmenter de deux milliards d’habitants d’ici à 2025, les experts prédisent que les ressources en eau se réduiront d’un tiers par personne ces 20 prochaines années.

 
1,2 milliards de “sans eau potable”

Même si l’on ne cesse de réaliser des progrès importants et si à l’échelle de la planète, les ressources en eau douce sont importantes, les études récentes montrent que 1,1 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à des ressources suffisantes en eau potable et quelque 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à un service d’assainissement de base. Ces personnes font partie des plus pauvres au monde et plus de la moitié d’entre elles vivent en Chine ou en Inde. Si l’on continue à progresser à ce rythme, des régions telles que l’Afrique sub-saharienne n’atteindront pas l’objectif du Millénaire pour le développement qui vise à réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population n’ayant pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable. La situation actuelle, selon les experts, s’explique principalement par «les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l’absence d’institutions appropriées, l’inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les infrastructures physiques». L’Amérique latine dans son ensemble est un bon exemple pour illustrer l’état de la situation. Bien que possédant 20 % des réserves mondiales d’or bleu, 77 millions de ses habitants n’y ont pas accès.

Les enjeux humains

- Une eau de mauvaise qualité joue un rôle clé dans les mauvaises conditions de vie et les grands problèmes de santé du monde. Les maladies diarrhéiques et le paludisme ont tué quelque 3,1 millions de personnes dans le monde en 2002. 90 % de ces victimes étaient des enfants de moins de cinq ans. On estime que quelque 1,6 millions de vies pourraient être sauvées chaque année si l’on améliorait les conditions d’accès à l’eau potable, les services d’assainissement et l’hygiène.
- La qualité de l’eau est de moins en moins bonne dans la plupart des régions. Les chiffres montrent que le nombre d’espèces d’eau douce est en recul et que les écosystèmes d’eau douce se détériorent rapidement, souvent plus vite que les écosystèmes terrestres et marins.
- Les catastrophes naturelles sont de plus en plus nombreuses et 90 % d’entre elles sont liées à l’eau. Elles sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des sols. La sécheresse dramatique qui progresse en Afrique de l’Est où l’on a procédé à des abattages d’arbres à très grande échelle afin de produire du charbon de bois et du bois de chauffage en est un exemple tragique. Le rapport cite également le cas du lac Tchad, en Afrique, qui a perdu près de 90 % de sa superficie depuis les années 1960, principalement à cause du surpâturage, de la déforestation et de grands projets d’irrigation non durables. Deux personnes sur cinq vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées, notamment du fait de l’élévation du niveau de la mer. Les pays les plus exposés sont le Bangladesh, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Pakistan, les Pays-Bas, les Philippines et les petits États insulaires en développement. Les changements climatiques ne feront qu’aggraver cette situation.
- La population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture en plus en 2030, ce qui se traduira par un recours plus important à l’irrigation, qui représente d’ores et déjà près de 70 % de l’eau douce consommée par les hommes.
- En 2030, la population urbaine comprendra quasiment les deux tiers de la population mondiale, ce qui entraînera une hausse vertigineuse de la demande en eau dans les zones urbaines. On estime que 2 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles, or c’est la population pauvre des zones urbaines qui souffre le plus de l’insuffisance des approvisionnements en eau salubre et des installations d’assainissement.
- Dans les pays en développement, plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des formes d’énergie fiables. L’eau est une ressource cruciale en matière de production d’énergie, cette dernière étant à son tour essentielle au développement économique. L’Europe utilise 75 % de son potentiel d’énergie hydraulique, tandis que l’Afrique, dont 60 % de la population n’ont pas accès à l’électricité, n’exploite que 7 % de son potentiel.
- Dans de nombreux endroits du monde, on estime que pas moins de 30 à 40 % des ressources en eau ne sont pas comptabilisées à cause des raccordements illégaux et des fuites dans les canalisations et les canaux.
- Bien que l’on ne dispose pas de chiffres précis, on estime que la corruption coûte chaque année des millions de dollars au secteur de l’eau et qu’elle nuit fortement à l’approvisionnement en eau, en particulier à destination des plus pauvres.

 

Bataille pour la réappropriation de l’eau

Le problème de l’accès à l’eau potable, c’est aussi la question de la privatisation des services hydrauliques nationaux et du contrôle du marché juteux de l’embouteillage (100 % de croissance en 6 ans). Au dernier Forum de l’eau à Mexico en 2009, les associations environnementales ont dénoncé les multinationales Vivendi et Suez, mais aussi Nestlé, Danone, Coca-Cola… implantées dans plus de 90 pays et qui sont en train de développer à travers la planète leur schéma de privatisation de la distribution de l’eau. En fait la vraie question est de savoir si l’eau est un produit naturel universel ou si c’est un bien marchand. La vraie bataille est là entre le droit des peuples quels qu’ils soient et les lobbies dont les politiques sont devenus les marionnettes.

Le scandale des puits

Un récent décret stipule que depuis le 1er janvier 2010, chacun doit avoir déclaré en mairie l’existence d’un puits avec à la clef la mise en place d’un compteur et le paiement d’une taxe selon le bon vouloir de votre commune. La base de la réflexion est de dire, que l’eau sortant de votre puits va dans les égouts et échappe à la taxe basée sur votre consommation d’eau type “Vivendi” alors qu’elle est traitée par la collectivité dans les stations d’épuration… Il faut vraiment une proximité forte entre les lobbies de l’eau et le pouvoir pour avoir osé pondre un tel décret. Généralement, les puits sont majoritairement dans des zones sans assainissement collectif et l’eau utilisée pour le jardin, la pelouse, laver sa voiture ou arroser des arbres a peu de chance de finir dans les égouts… En fait, c’est l’inverse, il faudrait donner une prime à celles et ceux qui ayant investi dans un puits (300 € : le mètre linéaire) évitent que l’on traite à grand frais l’eau, que l’on l’achemine pour finir sur une pelouse. Nous devrions imposer que les “Vivendi” et autres industriels fournissent de l’eau non traitée au travers d’un double réseau pour les utilisations courantes hors alimentaire et sanitaire. Aujourd’hui nous aidons au travers d’un crédit d’impôts la mise en place de citernes pour récupérer l’eau de pluie, et demain nous taxerons celles et ceux qui ont fait l’effort de s’équiper. Que dire de ceux qui font de la géothermie à partir d’un puits ? On pourrait taxer l’air consommé par l’aérothermie ou le soleil des panneaux photovoltaïques…

Avis d’écologiste

Devant l’enjeu planétaire que représente l’or bleu, il faut : graver dans le marbre que l’eau est “un droit pour tous” et en aucun cas une marchandise ! Mettre en place une gouvernance mondiale de l’eau au sein de l’ONU avec des moyens permettant l’élaboration de politiques vigoureuses au plan de l’accès à l’eau potable et à la mise en place de l’assainissement dans les grandes cités. Par ailleurs, il faut élaborer des indicateurs de suivi et vérifier leur avancement au moins annuellement. Que les États s’engagent à «protéger l’eau de la mainmise des multinationales» ainsi qu’à renforcer et améliorer l’approvisionnement public en eau plutôt que de miser sur des partenariats avec des entreprises privées. Mettre en place une communication planétaire vers les pays industrialisés afin de sensibiliser les populations sur l’aspect précieux et fragile de cette ressource inégalement consommée (400 à 600 litres/jour/habitant pour les pays riches et à peine 10 à 20 litres pour les autres…) Réorienter nos politiques agricoles vers des cultures consommant peu d’eau et nos modes de consommations vers les économies (mise en place dans le bâtiment de réseau eau séparés, économiseurs etc.)
Si la politique de l’autruche est une vieille habitude mondiale, l’appauvrissement de nos ressources conjugué à l’augmentation exponentielle des populations et à une pollution chronique de nos nappes phréatiques fera que dans la deuxième moitié du XXIe siècle, l’eau sera source de conflits aussi importants que le pétrole aujourd’hui. Alors pour une fois essayons de prévoir. Apprenons à nos enfants que ce robinet que l’on tourne sans même y penser peut s’arrêter de couler demain si nous n’y prêtons pas attention…



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