Tchernobyl, devoir de mémoire…

Pour les “liquidateurs” ce sont déjà de 50 000 à 100 000 morts et plus de 200 000 invalides, et pour les populations exposées à la contamination un bilan qui sera selon les estimations et les sources de 40 000 à 560 000 morts par cancers, plus autant de cancers non mortels.

 
Avec une augmentation prévisible de 220 % des besoins énergétiques mondiaux entre 2010 et 2050, le nucléaire civil est entrain de retrouver certaines vertus aux yeux des décideurs mondiaux (même l’Allemagne a rouvert le dossier). Du coup, tout le monde a tendance à oublier qu’il y a 24 ans, le samedi 26 avril 1986 à 1 h 23 min 40 s, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl explosait. Sous la puissance de l’explosion, le couvercle en béton armé du réacteur pesant 1200 tonnes a été soufflé.

Un réacteur mal conçu et mal construit

La catastrophe de Tchernobyl est consécutive à la fusion par élévation excessive de température des barres constituantes du combustible d’un réacteur ; un des accidents nucléaires les plus graves qui peut survenir dans une centrale nucléaire électrique. Lorsque la chaleur produite par le réacteur n’est plus évacuée en quantité suffisante par le système de refroidissement, le combustible nucléaire se met à fondre, ce qui provoque la libération de grandes quantités de gaz radioactifs. C’est ce phénomène qui s’est produit à Tchernobyl sur le réacteur numéro 4 de type RBMK.

Une expérimentation risquée menée par des non-spécialistes

L’accident s’est produit à la suite d’une série d’erreurs commises par les techniciens d’une centrale dont la conception était au dire des experts défaillante en terme de sécurité. Les opérateurs ont notamment violé des procédures garantissant la sécurité du réacteur et donc de la centrale. Une expérience était en cours pour tester un cas particulier de fonctionnement : la disparition de la tension sur le réseau et l’absence du courant de contrôle-commande dans la centrale. Ce cas se produit de fait si la centrale est l’objet d’une impulsion électromagnétique nucléaire. L’essai était donc un essai de “défense passive” destiné à montrer que l’énergie contenue dans le groupe turbo-alternateur était suffisante pour pouvoir relancer le fonctionnement du réacteur. La puissance thermique du réacteur avait été réduite de 3 200 MW à 1 000 MW dans le cadre de ce test. Cependant, la puissance de sortie a chuté brutalement à 30 MW, ce qui a provoqué un empoisonnement du réacteur au xénon. Les opérateurs essayèrent alors de rétablir la puissance, mais le Xénon-135 accumulé absorbait les neutrons et limita la puissance à 200 MW. Pour débloquer la situation, les opérateurs retirèrent les barres de carbure de bore, qui servent à contrôler la température du réacteur, au-delà des limites de sécurité autorisées. Cet accident est de magnitude 7 selon l’échelle INES (International Nuclear Event Scale). Ce qui correspond à l’accident le plus grave et le plus meurtrier qui puisse être mesuré par cette échelle ce qui équivaudrait à 500 fois Hiroshima…

 

La réalisation du sarcophage et la décontamination de la zone

Dans les mois qui ont suivi, plusieurs centaines de milliers d’ouvriers (600 000 environ), les “liquidateurs” sont venus d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie pour procéder à des nettoyages du terrain environnant. Leur protection individuelle contre les rayonnements était très faible, voire nulle. La décontamination était illusoire dans la mesure où personne ne savait où transférer le terrain contaminé. Selon Viatcheslav Grichine de l’Union Tchernobyl, principale organisation des liquidateurs, sur 600 000 liquidateurs, «25 000 sont morts et 70 000 restés handicapés en Russie, en Ukraine les chiffres sont proches et en Biélorussie 10 000 sont morts et 25 000 handicapés».

Conséquences de la catastrophe

La pression des gaz provenant de la fusion du réacteur a fait exploser la dalle de béton couvrant le réacteur car l’enceinte n’était pas conçue pour résister à une telle pression, si bien que les gaz brûlants composés d’isotopes radioactifs se sont échappés et se sont condensés dans l’atmosphère pour former un nuage radioactif. La chaleur résiduelle a vitrifié une partie des matériaux se trouvant à proximité immédiate du cœur du réacteur. Le nuage radioactif s’est déplacé sous l’effet du vent vers l’ouest et le nord-ouest sur plusieurs milliers de kilomètres pendant les jours qui ont suivi. Les particules radioactives sont retombées sur une large zone géographique couvrant une grande partie de l’Europe, y compris la France.

 


Conséquences sur l’environnement

La radioactivité libérée par l’explosion contamina une superficie d’environ 160 000 km² au nord de Kiev et aussi au sud de la Biélorussie, et a détruit une partie de la végétation aux alentours. Une large zone autour de la centrale est fortement contaminée et la plupart des espèces vivantes a été atteinte. Cela a pris du temps pour que les animaux reprennent le cours de leur vie. Fin 1987, on mesura un taux de césium 137 radioactif encore des milliers de fois supérieurs à la normale sur le site de Tchernobyl.

Les réactions officielles en ex URSS

Les autorités soviétiques tentèrent de cacher puis de minimiser la catastrophe, aggravant ainsi ses conséquences. La ville de Tchernobyl, située à seulement 20 kilomètres de l’épicentre ne fut évacuée que le 5 mai, soit 10 jours après le drame. Pire encore : On laissa 800 enfants participer à un “marathon” dans les environs de la centrale le jour même de la tragédie, selon des témoins. Un million de personnes défilent dans la capitale ukrainienne pour les festivités du 1er mai alors que la radioactivité y atteint son pic. Une épidémie de cancers de la thyroïde – due à l’iode radio-actif craché par le réacteur – frappe aujourd’hui des milliers d’enfants et d’adolescents en Ukraine, au Belarus et en Russie. Lors d’un procès à huis clos en 1987, Moscou accabla la direction de la centrale : six des responsables de Tchernobyl furent condamnés à des peines allant de 2 à 10 ans de prison. Les plus hauts dirigeants soviétiques ont eux échappé à toute poursuite.

 

Les réactions officielles en Europe

L’ensemble des pays européens ont informé leurs populations sur le danger que représentait le nuage chargé de radioactivité et pris des mesures sanitaires immédiates avec interdiction de consommer le lait, les légumes… sachant que les taux de radioactivité relevés pouvaient atteindre 100 fois les seuils habituels.
En France, nous étions en pleine période de cohabitation, le Président s’appelait F. Mitterrand, le premier ministre, J. Chirac et les acteurs Juppé, Madelin, Carignon, Pasqua etc. L’ensemble de la classe politique, sous la pression des syndicats agricoles a décidé du blackout de l’information. Sous la houlette de professeur “Pellerin”, patron du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI), tous les ministres se sont évertués à faire croire aux citoyens français que le nuage s’était arrêté à la frontière. Il a fallu attendre un Journal télévisé avec J.C Bourret pour que l’on avoue que certes le nuage nous avait impactés mais qu’il n’y avait pas de danger et donc pendant que nos voisins jeûnaient, nous avons continué à manger viande, salades contaminés etc.

Drôle de Pellerin…

Depuis 2000, l’AFMT, la CRIIRAD et 500 malades de la thyroïde ont déposé une plainte contre X, estimant que la gestion des retombées radioactives de Tchernobyl par les autorités françaises était à l’origine d’un surcroît de pathologies, en particulier de cancers de la thyroïde. Les plaignants espèrent un procès. «Nous voulons que les personnes responsables d’avoir caché la vérité soient sanctionnées. A droite comme à gauche, les hommes politiques n’ont jamais voulu reconnaître le défaut de protection des populations. Ce mensonge doit être reconnu» déclarent-ils. Le vendredi 25 mars 2005 : la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy communique aux parties civiles le rapport qui vient de lui être remis par deux experts, Paul Genty et Gilbert Mouthon. Les conclusions sont accablantes pour le gouvernement français de l’époque et pour le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants). Il n’y a pas eu “erreur” de la part de ces autorités, mais bien un mensonge délibéré. Dix ans après, les victimes attendent toujours…

 

Bombe à retardement !

La centrale de Tchernobyl, n’a été fermée définitivement qu’en décembre 2000. Avec son sarcophage fissuré qui recouvre quelque 200 tonnes de magma radioactif composés de combustible nucléaire, elle demeure une menace constante. Ce magma est «notre plus grand problème», relevait récemment les autorités ukrainiennes : «il est hautement radioactif et nous faisons tout pour que la pluie et la neige ne pénètrent pas à l’intérieur du sarcophage». Les autorités ont entrepris des travaux pour renforcer cette vieille chape de béton, réalisée à la va-vite au lendemain de la catastrophe. Des travaux pour un nouveau sarcophage en acier devraient durer jusqu’en 2012.

Avis d’écologiste

Un volcan islandais vient de paralyser le ciel européen au travers d’un nuage de fumée opaque se déplaçant au gré des vents. Vingt quatre ans après, il convient de réaliser que le nuage radioactif de Tchernobyl lui aussi s’était déplacé au dessus de l’Europe sauf qu’il nous était invisible et que les autorités ont tout fait pour en cacher les effets. Mais, nous sommes habitués, sang contaminé, amiante, vache folle, grippe aviaire… aujourd’hui OGM, nous comprenons bien et les sondages le montrent, pourquoi les Français n’ont plus confiance en une classe politique dont les acteurs n’ont pas changé depuis 30 ans et qui sont devenus les jouets des intérêts financiers. Autre sujet d’inquiétude, les autres réacteurs de type RBMK (Rostov sur le Don, péninsule de Kola et St Petersbourg), qui existent toujours et qui peuvent à tout moment rééditer la catastrophe de Tchernobyl si on en croit l’académicien Alexeï Lablokov, qui a dirigé dans le passé la commission de l’écologie auprès du président russe. Alors entre réchauffement climatique et radiations, dur de choisir… “Carpe Diem”, profitons du jour.



UN COMMENTAIRE SUR Tchernobyl, devoir de mémoire…

  1. ROUCHY dit :

    S’agit il de Alexis LABLOKOV ou Alexis YABLOKOV ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.