Stop au libéralisme dévastateur

Depuis plusieurs décennies, les gouvernements de tous bords nous ont vanté les mérites du libéralisme, seule solution efficace pour obtenir, disaient-ils, de la croissance, synonyme d’économie dynamique et donc de richesse et d’emploi. Associée à ce concept, la liberté des prix, qui pour ne pas conduire à une explosion haussière, doit s’accompagner d’une saine concurrence garante des prix bas… «Encadrer les prix ? Vous n’y pensez pas !» disaient et disent encore nos brillants stratèges, «Vous voulez tuer le marché»… Reconnaissons que pour le citoyen de base, englué dans ses problèmes quotidiens, protectionnisme, libéralisme etc. paraissent des concepts bien loin de leur réalité avec un pouvoir d’achat qui baisse, des prix qui flambent et des fins de mois de plus en plus difficiles. Derrière les écrans de fumée diffusés quotidiennement par les lobbies, la réalité du terrain…

 
La main mise de la grande distribution

Si vous allez en Italie, vous ne verrez pas beaucoup d’Hypermarchés, le commerce local y est bien présent avec sa proximité, son accueil et son service. La France elle, est entre les griffes de six principaux grands groupes : Carrefour (30 % du marché), Leclerc (17 %), Intermarché (13 %), Auchan (11 %), Casino (10 %) et enfin Système U (9 %)… se partageant un chiffre d’affaire annuel de 270 milliards d’Euros pour un coût salarial brut inférieur à 13 milliards d’euros. Les 600.000 emplois résiduels (forte baisse depuis 2007) dont la plupart sont précaires, représentent un salaire annuel moyen net inférieur à 900 €…Impossible dans notre pays de ne pas trouver l’une des six enseignes ci-dessus dans un rayon de 100 KM à la ronde. Avec une moyenne de 300 m² pour 1 000 habitants, la France détient le record du monde des grandes surfaces loin des USA (70 m²) et des pays du Maghreb (20 m²). Comment s’étonner avec une telle main mise sur le secteur de comportements prédateurs vis-à-vis des fournisseurs, employés et consommateurs ?

L’exploitation des salariés

Cadences infernales, sous-traitance, pressions en tous genres, chantage aux horaires, parfois travail le dimanche, sont le lot des employés de la grande distribution. Drivés par des DRH sortis du même moule que ceux qui ont sévit à France Télécom ou à la Poste, en lieu et place de prendre en compte le salarié en tant qu’humain, il se réduit à un ratio chiffre d’affaire/frais de personnel. Emplois incertains, horaires aléatoires, délégués du personnel harcelés, dans un contexte anxiogène où le spectre du chômage est omniprésent, c’est une régression humaine sur fond de mauvais taylorisme que vivent les salariés de la grande et moyenne distribution. «Privés d’identité professionnelle, ils n’ont plus de perspectives», s’indigne dans les colonnes de l’un de nos confrères Jean-Claude Delgenes, directeur général de Technologia, un cabinet spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques psycho-sociaux en entreprise, mandaté notamment à France Télécom pour prévenir les suicides. Vive les cadences infernales ! A Lidl, une palette d’une soixantaine de produits doit être mise en rayons en une demi-heure. Pas le temps de respirer ! Nombre de supérettes Aldi de 700 m2 fonctionnent avec deux personnes quand il en faudrait trois : un responsable rémunéré 2 500 € et un employé qui s’affaire de la caisse aux toilettes, pour un salaire à peine supérieur au Smic. Les pauses sont payées mais rarement prises, faute de temps.  Peu protégés par des Comités Hygiène et Sécurité uniquement présents au niveau régional et par une inspection du travail dont les effectifs ont fondu de façon drastique ces dernières années (il fallait tuer du fonctionnaire..), les employés sont broyés par un système implacable dont le seul souci est l’actionnaire et la rentabilité à outrance…

Les dessous des franchises

C’est la dernière “trouvaille” des grandes enseignes : ligoter en toute légalité les dirigeants des magasins franchisés avec des contrats dévastateurs. «Lors de la création ou d’une reprise de magasin, le franchiseur est tenu de faire une étude de marché sincère. La loi l’y oblige», explique un avocat spécialisé dans la défense des franchisés. «Mais, souvent, il montre la mariée un peu plus belle qu’elle n’est en réalité. Quand, à l’arrivée, il manque de 10 à 15 % du chiffre d’affaires, le franchisé boit le bouillon assez vite»… victime, d’une guerre de tranchées engagée par les distributeurs depuis plusieurs années. Pour conserver leurs positions sur un marché qui n’est plus extensible, les grandes enseignes, surveillent de près leurs cheptels de franchisés pour qu’ils ne passent pas à l’ennemi. Elles les ligotent pour trente ans, avec des contrats dont les échéances se chevauchent, assortis de clauses coercitives. Contrat de franchise, d’approvisionnement, de bail, clauses de non ré-affiliation, de non concurrence post-contractuelles, droit de préférence ou de préemption en cas de revente… Ce sont des contrats prisons, avec des clauses tueuses : si vous sortez, on vous tue ! Depuis peu, certaines enseignes comme Carrefour exigent même d’entrer dans le capital de leurs franchisés avec un droit de veto en cas de revente ou de rachat des parts si l’affaire périclite. Pis : en ne détenant qu’une unique action, Intermarché garde contractuellement le contrôle sur ses enseignes, plaçant ses franchisés sur un siège éjectable.

Des producteurs étranglés

Dans un souci de moralisation des pratiques commerciales, le législateur a fini par produire, en 2008, la loi de modernisation de l’économie (LME), qui interdit la pratique des “marges arrières”… à partir du 28 janvier 2011. On appréciera au passage le délai accordé aux grandes enseignes pour mettre fin à un racket organisé et se préparer à contourner l’esprit de la loi. Il s’agissait des ristournes supplémentaires exigées par les grandes surfaces auprès des producteurs, en échange d’un emplacement privilégié en rayon ou d’une animation commerciale. Cette interdiction était censée assainir les pratiques du secteur et mettre fin au rançonnement généralisé qui sévissait à l’ombre des linéaires. Las ! C’était oublier l’imagination débordante dont sait faire preuve la grande distribution : taxe sur le transport, pénalités sur la marchandise abîmée, facturation de services inutiles… Par exemple : Faire prendre en charge par le producteur tous les frais liés à la fourniture du produit, depuis le transport jusqu’au stockage dans les entrepôts de la centrale d’achats et l’emballage spécifique à chaque enseigne. «Leclerc a inventé le système du “transporteur dirigé” en imposant son propre transporteur», raconte un patron d’une importante PME de fruits et légumes de la région d’Avignon. «Comme par hasard, alors qu’un camion que je choisis me coûte 1 000 € pour aller en Allemagne, Leclerc me le facture 2 000 € pour le même trajet. Impossible de refuser le transporteur sous peine de voir la commande vous filer sous le nez.» Même système avec les caisses en plastique réutilisables, sensées «protéger la planète» avec pour seul hic, que le fournisseur et donc le prix hors possibilité de concurrence est imposé par le groupe… Une idée “géniale”, reconnaît ce petit patron. Voilà comment les hypermarchés ont inventé un nouveau service, parfaitement légal, mais contraint.

Et le consommateur dans tout ça ?

Il y a juste quelques semaines, nous vous parlions de ce producteur de fruits qui a arraché de colère une dizaine d’hectares de fruitiers pour arrêter de brader à la grande distribution des pommes et poires à 0,17 € le Kg alors que leur prix de revient était de 0,35 €. Prenons comme autre exemple celui d’une laitue. La salade est achetée 9 centimes au paysan. Après emballage et mise en palette, elle est vendue 25 centimes à la centrale d’achats. Cette dernière la revend et l’expédie vers ses magasins, ce qui occasionne des frais de transport et de distribution de l’ordre de 40 centimes. Elle la facture 75 centimes. Au passage elle a donc pris 10 centimes de marge. Au final, l’hyper la revend 1,50 € soit 16 fois plus cher que son prix d’achat. M. Leclerc, l’ange blanc du système a beau expliquer dans les médias  que sa marge n’est que de 2 à 3 % et que son groupe est au bord du gouffre, difficile de le croire, on se moque de nous.

Avis de consommateur

Je crois que c’est notre pays qui est au bord du gouffre. Des gens bien pensants expliquent en privé que la révolte de la faim ne peut avoir lieu en France car les pauvres ne sont pas assez nombreux. Il faut une certaine dose de cynisme pour penser cela en oubliant qu’il a suffit d’un malheureux en Tunisie s’immolant par le feu pour déclencher la révolte de tout un continent avec pour cible première les hypermarchés… Augmentation irresponsable du coût de l’énergie, annonce par le PDG de Total, le sourire aux lèvres, du futur tarif du litre de sans plomb à 2 € etc…, le libéralisme débridé est en train de montrer son vrai visage. La maîtrise des prix par la concurrence est une absurdité car basée sur une éthique, un sens de l’intérêt général qui en totale opposition avec la notion de libre échange, d’économie de marché et nous le savons bien… Le Président de la république avait promis d’agir sur les prix, la récente annonce du “panier des essentiels” par le gouvernement est une provocation de plus vis-à-vis des millions de Français qui ne mangent plus à leur faim. A mon sens, nous devrions mettre en place au moins trois mesures rapides. Tout d’abord, imposer un étiquetage faisant apparaître le prix de base (salade achetée 9 centimes), vendue à prix de gros à 75 et proposée au consommateur à 1,5 €… Nous pourrions ainsi tous juger des marges de M. Leclerc ou autres enseignes ! Deuxième décision, imposer un coefficient maximum entre prix d’achat et de vente pour les produits vitaux notamment l’alimentaire. Enfin, mettre en place des comités d’éthique avec des représentants de consommateurs chargés de vérifier le bon fonctionnement des deux premiers points. Consommateurs, arrêtez de payer les yeux fermés, revenez vers le petit commerce de proximité, faites le choix des circuits courts et le dimanche, amenez vos enfants en forêt en lieu et place des hypermarchés. Rejoignez les groupes de pression organisés et en 2012, votez pour dire «Cela suffit !»

Retrouvez les articles du JT sur le site : http://www.consomaction.eu/




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