Pilier, un poste à risques

L’IRB avait pourtant modifié les règles pour limiter les impacts entre les premières lignes à l’entrée en mêlée et ainsi diminuer les risques d’accidents pour les piliers et talonneurs. Mais cela n’aura pas suffi pour éviter le pire à Alexandre Barozzi, dimanche dernier à Lannemezan (65).

Certes, les contrées du plateau de Lannemezan ne sont pas toutes proches, mais il me tient aujourd’hui à cœur d’évoquer ce terrible accident survenu au Stade François Sarrat de Lannemezan lors du derby bigourdan qui opposait le Cercle Amical Lannemezanais à Bagnères-de-Bigorre, pour la 4e journée de Fédérale 1. D’une part parce que j’y ai assisté et d’autre part, pour rappeler que les règles du rugby évoluent dans le bon sens, celui de la sécurité des joueurs. Certains aficionados sont nostalgiques des bonne vieilles mêlées où les avants « se rentraient dans le lard », mais parfois… à quel prix ?

Dimanche donc, le derby Lannemezan/Bagnères-de-Bigorre battait son plein et tenait toutes ses promesses concernant l’engagement des deux équipes. Les tribunes étaient enflammées, mais à dix minutes du coup de sifflet final, la CAL menant 18 à 14, l’arbitre ordonne une mêlée au centre du terrain. Mêlée de laquelle Alexandre Barozzi ne se relèvera pas. Le jeune pilier lannemezanais, tout juste âgé de 26 ans, venait de se fracturer une cervicale. Inerte, il ne parvient plus à bouger aucun de ses membres. Les soigneurs et entraîneurs interviennent avant que les pompiers n’arrivent. En difficulté respiratoire, Alexandre a également bénéficié de l’intervention du SMUR. Son évacuation du terrain a eu lieu plus de trente minutes après l’arrêt du jeu, sous les applaudissements et les yeux médusés des spectateurs. La rencontre reprend alors mais pour quelques minutes seulement, (le temps pour les Bagnérais d’inscrire une pénalité ; 18-17) car l’arbitre interrompt une nouvelle fois le match, Alexandre ne peut être évacué par la route, son état ne le permettant finalement pas. C’est par un hélicoptère, venu se poser sur le terrain-même qu’il sera transporté sur l’hôpital Rangueil de Toulouse pour y subir une opération dans la soirée.

Le silence envahit les tribunes et les joueurs des deux formations restent hagards, arpentant les abords du terrain sans savoir ni que faire, ni que penser. Tous connaissent Alexandre Barozzi, qu’ils soient co-équipiers ou adversaires d’un jour. Sous le choc, sans nouvelles précises, les XV du CAL et de Bagnères sont pourtant priés de regagner le terrain pour terminer la rencontre. Certains joueurs, en pleurs, ne voudront pas rechausser les crampons, quand les autres n’ont plus la tête au ballon. Cette décision prise par l’arbitre et le délégué a suscité de vives réactions, chez les joueurs d’une part mais aussi chez les spectateurs. « Comment peut-on poursuivre une rencontre, quand un des acteurs a subi une grave blessure comme Alexandre ? Comment peut-on demander à des hommes qui viennent de voir partir leur ami en hélicoptère, de se reconcentrer pour assurer un derby ? Comment peut-on manquer de respect à ce point ? » Ce sont en tout cas les questions qui circulent dans les travées du stade. La partie se terminera sur le score inchangé de 18-17 pour le CAL, mais peu importe l’issue de la rencontre car aujourd’hui seul compte l’état de santé d’Alexandre. Opéré dimanche soir des cervicales, il a été plongé dans un coma artificiel. Les médecins attendent la résorption d’un hématome cervical pour se prononcer.

De nombreuses réactions ont été postées sur les réseaux sociaux, des grands noms du Top 14 (Pepito Elhorga, Imanol Harinordoquy, Virgile Lacombe, Luke Mc Alister et d’autres), aux clubs de rugby de la France entière pour amener leur soutien à la famille et du courage à Alexandre Barozzi. Messages auxquels j’ajoute le mien.

Ci-dessous, une vidéo de Christophe Ruiz de la Semaine des Pyrénées.


Un joueur du CAL grièvement blessé par lasemainedespy



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