Sauvons nos paysans !

Voilà des années que nous nous faisons l’écho du malaise d’un monde agricole. Sous perfusion de Bruxelles, nos paysans sont peu à peu passés du statut d’exploitant agricole à celui d’exploité agricole. A chaque campagne présidentielle, à chaque soubresaut de la ruralité, tout le monde jure que cette fois c’en est fini du racket de la grande distribution et puis tout continue comme avant. En 2010, en direct sur France Inter puis sur Canal+, un homme a fait vibrer la France d’en bas et frémir celle d’en haut : Pierre Priolet, entre deux sanglots, a su trouver les mots justes pour tirer la sonnette d’alarme : La France laisse mourir ses paysans. Son livre “Les Fruits de ma colère” (ed. Robert Laffont) en train de devenir un bestseller, devrait nourrir l’actualité du prochain salon de l’agriculture de Paris qui se tiendra porte de Versailles du 19 au 27 février prochains.

 
Les fruits de la colère…

Ce 17 décembre 2009 au matin, Pierre Priolet, producteur de pommes et de poires dans le Vaucluse, écoute, sur France Inter, Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture. Lui qui, à 57 ans, se débat dans de grosses difficultés n’en peut plus d’entendre en boucle parler de crise agricole, de baisse des revenus, d’organisation du marché, d’aides d’urgence… N’y tenant plus, il décroche son téléphone et, entre deux silences pendant lesquels les auditeurs entendent des sanglots étranglés, il explique son quotidien de producteur qui n’arrive tout simplement pas à vendre ses fruits à un prix lui permettant de payer ses frais et qu’il va être obligé de couper ses fruitiers. En direct, l’émotion submerge des millions d’auditeurs qui passent en quelques minutes du discours creux d’un ministre, au témoignage poignant d’un homme vrai qui fait éclater à l’antenne la dure réalité d’une profession en train de mourir… alors qu’elle devait nourrir.

Pierre Priolet : Naissance d’un porte-voix

Maire adjoint d’une petite commune depuis 13 ans, Pierre Priolet a travaillé comme exportateur de fruits au Moyen-Orient, puis comme responsable des ventes dans une coopérative agricole, patron d’une entreprise de commercialisation de fruits, avant de devenir paysan sur le tard, en 2000. Il témoigne : «Avant, les producteurs discutaient directement avec les grossistes, les négociations étaient dures, mais on pouvait parler. Maintenant, on nous impose un prix qui ne nous permet pas de vivre, alors que le consommateur, lui, paie cher pour un emballage, du transport, un tas de choses dont il n’a pas besoin.» Cet homme à la fibre solidaire, décide qu’il faut bouger. France Inter, Canal+ chez Ardisson etc. il fait mouche et les soutiens affluent. Deux ingénieurs lui montent un site internet : www.consommer-juste.fr, le directeur de la chaîne Buffalo Grill, Jean-François Sautereau, en juin 2010 lui offre la possibilité de vendre en direct fruits et légumes sur ses 300 parkings. Pierre Priolet en profite pour négocier que l’enseigne propose à sa clientèle 50 % de viande d’origine française… contre moins de 25 % auparavant… Le porte-voix d’un monde oublié est né.

 


La réalité du terrain

Au-delà de Pierre Priolet, c’est tout un univers en pleine détresse qui se débat pour survivre. Croulant sous les dettes, asservi par l’industrie des phytosanitaires qui peut imposer du jour au lendemain un coût de revient de traitement à l’hectare qui peut passer de 30 € à 110 €, étranglé par la grande distribution, qui achète des poires à 0,17 €, alors que leur prix de revient est de 0,40 € le Kg pour nous le vendre à 3 €, ce peuple de l’ombre qui travaille plus de 14h par jour, sept jours sur sept toute l’année, pour un revenu moyen, parfois à deux, de moins de 500 € mensuel est en train de mourir. Comment lutter contre des pratiques inégales au sein même de l’UE, avec des pesticides utilisés en Espagne alors que la France à juste raison, les a interdits, des importations en masse de produits à la qualité non contrôlées, des “francisations” au travers de tricheries d’étiquetage de produits ayant parfois parcouru des milliers de kilomètres ? Il y a vingt-cinq ans, il y avait près de 2 millions d’agriculteurs en France. Aujourd’hui, ils sont 336 000. Un million et demi de chômeurs à la rue ! Face à cette destruction, ce n’est pas que l’agriculteur qui est atteint, c’est notre futur à tous. L’Etat depuis des années s’est fait le complice de tout cela en enlevant les services publics des campagnes, en rendant aux ruraux la vie de plus en plus difficile. On laisse les banques acheter des centaines d’hectares à des fins de spéculation immobilières plutôt que d’aider les jeunes à reprendre les exploitations ou à s’installer. Quand dans dix ans, 4,5 millions d’agriculteurs européens auront disparu, que ferons-nous ?

Avis d’écologiste consommateur

Pour l’écologiste, la disparition de milliers d’emplois dans le monde agricole est une hérésie et une absurdité contre laquelle nous devons tous réagir avant qu’il ne soit trop tard. Qui entretiendra nos paysages, nos ruisseaux, nos espaces boisés, notre diversité ? Sûrement pas les exploitants de plusieurs centaines ou milliers d’hectares du haut de leurs montres mécaniques ou de leurs hélicoptères pulvérisant leurs poisons sur nos têtes. On peut se demander quel rôle opaque joue la SAFER dans l’attribution de terres au profit des seuls “gros” exploitants. Pour le consommateur, l’arrachage par Pierre Priolet de ses fruitiers signifie le recul de la qualité, de la proximité et la porte ouverte à tous les abus de l’agroalimentaire. C’est le signe, après le faux Grenelle du recul de l’intérêt public devant celui des lobbies. Voilà 10 ans que je propose dans ce journal, d’imposer deux choses. La première consiste à faire apparaître un double étiquetage. A savoir le prix de revient de chaque produit (fruits achetés au producteur à 0,17 €) et le traditionnel prix de vente. Cela devrait permettre à chacun d’entre nous, d’apprécier la marge du distributeur et d’éventuellement refuser l’achat. La deuxième réservée, dans un premier temps, aux produits jugés vitaux, instaurerait un coefficient multiplicateur maximum pour chacun des produits. A titre d’exemple, le Kg de pomme acheté 0,17 €, avec un coefficient maximum de 3, ne pourrait être vendu que 0,51 €. Cela aurait pour effet d’inciter à acheter au producteur au juste prix car plus le prix d’achat est élevé, plus la marge est importante… Juste le contraire de ce qui se passe aujourd’hui !
Enfin je terminerai en ajoutant une taxation kilomètre pénalisant fortement les produits bas coûts et souvent basse qualité parcourant des milliers de Km, au profit des circuits courts et de la proximité.



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