Santé pour tous ? Mon œil !

Depuis février 2013, le Journal Toulousain suit le collectif de patients d’une ophtalmologiste toulousaine. Des patients tous atteint de DMLA, confrontés, en plus de la pathologie dont ils souffrent au quotidien, aux conséquences des litiges opposant la Caisse Primaire d’Assurance Maladie à leur praticienne. Une enquête de cinq mois, qui au fil du temps, amène à aller au-delà de l’histoire de ces patients, à se poser des questions fondamentales sur le droit à la protection de la santé, au système de protection sociale. Sommes-nous tous égaux, patients mais aussi médecins, dans notre système de Santé ?

 

L’histoire commence par une rencontre poignante. Au mois de février 2013, inquiets de la situation de leur ophtalmologiste le Docteur Corinne Gonzalez, spécialisée en Dégénération Maculaire Liée à l’Age (DMLA) des patients s’organisent en collectif et décident d’alerter les médias et le grand public. Leur praticienne va être suspendue d’exercer pour une durée de quatre mois. Pour ces personnes déjà fragilisées par les symptômes de la DMLA (voir l’image de simulation en haut de page), le coup est dur. Et les patients de cette praticienne exerçant en secteur 1 sont nombreux,  520 exactement. La DMLA est la première cause de malvoyance après 50 ans dans les pays industrialisés, la cause principale aussi de cécité non corrigeable chez les personnes âgées. Une pathologie qui concernerait aujourd’hui plus d’un million de Français et dont le nombre de cas va inexorablement se multiplier dans les prochaines années, au vu du vieillissement de la population. Madame Borios, membre du collectif décrit : « La vision est troublée, avec des taches souvent blanches, les lignes sont parfois troubles elles aussi. La DMLA déstabilise l’état général, on ne voit plus les détails des visages et cela pose aussi des problèmes d’équilibre. » Une maladie chronique et dégénérative contre laquelle, il y a peu de temps, on ne pouvait rien faire. A force de recherche et d’expérimentation, les spécialistes peuvent aujourd’hui stabiliser la dégénérescence par le biais de la technique de l’injection intravétréenne. Soit, le produit injecté est plutôt onéreux et le protocole de traitement est strict mais le bonus pour les patients est considérable, il permet à des personnes de conserver leur autonomie.

 

Les secteurs, deux poids deux mesures ?

Pionnière en matière de traitement de la DMLA, le Docteur Gonzalez travaille la question depuis sa thèse de doctorat en 1988. Thèse dans laquelle elle mettait en relation DMLA et maladie d’Alzheimer. Ses travaux sont internationalement reconnus depuis quelques années, ils ont même été sélectionnés pour être présentés lors du grand rendez-vous spécialisé de l’ARVO (Association for Research in Vision and Ophtalmology) aux Etats-Unis en mai dernier. En France, certaines de ses publications sont diffusées par la Société Française d’Ophtalmologie et le Docteur Gonzalez fait partie des experts sollicités pour la relecture des bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé (HAS) en matière de traitement de la DMLA. L’ophtalmologiste a choisi d’exercer en secteur 1 par pure volonté, elle explique : « Pour être en secteur 1, je dois travailler deux fois plus que les praticiens en secteur 2. (Les tarifs pratiqués par les médecins exerçant en secteur 2, sont libres et fixés par le médecin, ndlr) » Six personnes travaillent dans son cabinet disposant de tout le matériel nécessaire aux soins et au traitement de la DMLA (machines d’imagerie médicale, bloc d’intervention…). Mais depuis quelques années, un bras de fer s’est installé entre le docteur Gonzalez et la Sécurité Sociale. Cette dernière reproche à la praticienne de ne pas respecter la nomenclature pour la facturation des actes. Des procédures sont d’ailleurs en cours dans plusieurs départements, car  les patients viennent parfois de loin pour la consulter. Un premier jugement a été rendu début juin 2013, par le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de l’Aude, qui ne lui donne pas tort d’ailleurs…

 

La République du « sans réponse »

« Je n’ai rien contre les nomenclatures si elles sont faites intelligemment » explique le Docteur Gonzalez. Le protocole de traitement suppose plusieurs examens déterminant l’injection intravitréénne et reproche avait été fait, par la CPAM à la praticienne en secteur 1, de faire les examens le même jour (ndlr : acuité visuelle, fonds de l’œil, tomographie, angiographie). Grande a été la surprise des patients qui ont consulté en secteur 2 le temps de sa suspension qui, sachant cela, ont constaté que cette pratique n’y posait aucun problème. Et les ennuis se cumulent pour la praticienne depuis quelques années, cambriolage du cabinet, contrôle fiscal, rumeurs diverses sur son compte, suspension temporaire d’exercice sans possibilité de se faire remplacer… « Je n’aurais jamais pensé avoir le courage de supporter tout ça » raconte le Dr Gonzalez. Cette histoire est aussi un révélateur de « non réponses » aux sollicitations des citoyens. Le collectif a multiplié les démarches et sollicitations, et ce depuis le mois de septembre 2012. Localement, seuls deux politiques ont relayé l’appel de détresse des patients. Le Sénateur Jean-Jacques Mirassou a relayé le message auprès de la Ministre de la Santé, sans réponse à ce jour. Le Député Jean-Luc Moudenc a écrit au Préfet de Région et de Haute-Garonne, au Président du Conseil d’Administration de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de la Haute-Garonne pour les alerter de la situation en septembre 2012. Sans réponse, il a envoyé des relances à ces interlocuteurs. D’autres, les ont reçus et écoutés, parfois avec empathie parfois sans, voire avec mépris. Pour rappel, le collectif a sollicité le Président de la République, la Ministre de la Santé, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et l’Ordre des Médecins, ils sont toujours sans réponse. Le médiateur des Droits de l’Homme, rencontré par le comité a entamé lui aussi des démarches, il attend également des réponses.

Votre hebdomadaire poursuivra cette enquête. Une expérience qui laisse, pour le moment, un goût amer à ces citoyens « en galère » confrontés à une situation limite ubuesque, qui ne serait pas un cas isolé. Que sommes-nous dans notre système de santé ? Quelle considération pour les malades et les professionnels dans les grilles tarifaires de la santé aujourd’hui ? Les citoyens peuvent-ils se contenter de « non réponses » ?

Marie-Agnès Espa



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.