Salles de consommation de drogue: Ville rose, ville test ?

Voilà une semaine que le débat sur les salles de consommation de drogue, vulgairement appelées « salles de shoot » par les médias, a été relancé par Jean-Marie le Guen. Suivi par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, le député socialiste s’est positionné en faveur de l’expérimentation de la mesure dans plusieurs agglomérations françaises. Toulouse pourrait-elle en faire partie ?

Ils sont déjà huit à développer les « salles de shoot ». Huit pays européens, à l’instar de nos voisins suisses, allemands ou italiens, à avoir choisi de mettre en place une politique active de lutte contre la toxicomanie, et de prévention des risques infectieux. En 2010, un rapport de l’Inserm (l’Institut national de la santé et de la recherche médicale), impulsé par l’ancienne ministre de la Santé de l’époque Roselyne Bachelot, dressait le bilan de ces expériences européennes et préconisait l’ouverture des salles de consommation à moindre risque sur le territoire français. « D’après le rapport, l’expérimentation est concluante et les centres fonctionnent », souligne Philippe Lasterle, centriste toulousain. Mais l’ancienne majorité n’avait pas donné suite aux conclusions du rapport. Aujourd’hui, le contexte politique a changé, le débat reste pourtant intact. « S’il y a bien un sujet sur lequel on ne doit pas polémiquer, c’est la santé », regrette le centriste. « Il ne sert à rien d’agiter le chiffon rouge et de jouer sur les peurs. Le débat qui s’engage doit être serein ».

« L’Etat n’a pas à être dealer »

Toulouse ne fait pas figure d’exception. En 2010, la majorité municipale s’était déjà engagée favorablement sur ce type d’expérimentation. Aujourd’hui, Pierre Cohen, maire de la ville, réitère sa conviction : « La ville de Toulouse est prête à accompagner les mesures que le gouvernement mettra en place pour réduire les risques liés à la toxicomanie ». Un engagement réfuté par l’opposition. L’UMP 31 dénonce vivement une « idéologie libertaire » dans la limitation de la consommation de drogues dures. « L’Etat n’a pas à être dealer et à encourager le mal qui ronge les toxicomanes », condamne Pierre Esplugas, porte-parole UMP 31.

Pourtant, le problème est bien réel. Si les contempteurs condamnent les possibilités d’endoctrinement des populations jeunes et vulnérables, Catherine Lemorton, présidente de la commission aux affaires sociales de l’Assemblée nationale, tient à cibler les personnes concernées par la possible expérimentation. « Socialement isolés, les toxicomanes sont dans une précarité de l’addiction la plus extrême », avance la députée de Haute-Garonne. « Il y a un fossé énorme entre le toxicomane plongé dans un désespoir profond, et le jeune fumeur occasionnel de cannabis, intégré socialement ».

Une mesure effective ?

Avant qu’une telle expérimentation ne puisse s’appliquer, une réflexion nationale doit être engagée. Plusieurs points essentiels doivent être débattus pour parvenir aux objectifs primaires de la mesure : réduire ou endiguer les risques infectieux, recréer du lien social et accompagner vers le sevrage. « Il s’agit d’encadrer les toxicomanes par l’assistance d’un soignant ou d’un acteur social, et de s’assurer de la stérilité des seringues utilisées », explique Catherine Lemorton. « Il pourrait même être pertinent de contrôler chimiquement la qualité des substances injectées ».

Reste à savoir si la mesure pourra être effective à Toulouse. « Contrairement à Paris ou Marseille, où l’on assiste à des scènes ouvertes de la toxicomanie, avec des personnes qui se droguent au vu et au su de tous, le contexte toulousain est différent », argumente Martine Lacoste, directrice de l’association toulousaine Clémence Isaure et déléguée régionale de la fédération Addiction de Midi-Pyrénées. « Secret et caché, le phénomène est donc plus difficile à évaluer ». Dans son association, elle accueille 1500 à 1600 toxicomanes chaque année. Un chiffre en-deçà de la réalité toulousaine. « J’attends fin septembre pour me prononcer sur l’effectivité de la mesure à Toulouse », explique-t-elle. En effet, d’ici la fin du mois, une étude sur l’ampleur du problème dans la Ville rose offrira certainement des résultats plus exhaustifs.

 « L’humain vaut le coût »

Au-delà du problème d’effectivité, nombreux craignent que l’installation de salles de consommation dans certains quartiers de Toulouse ne menace la tranquillité de leur quartier. «  Les salles de shoot vont attirer une certaine partie de la population, ce qui pourrait engendrer des nuisances », avance Pierre Esplugas, UMP 31. « Il est inadmissible que Toulouse soit une ville pionnière en la matière ». Pourtant, des centres d’accueil pour toxicomanes sont déjà implantés dans la ville. « L’association Clémence Isaure compte deux centres depuis des dizaines d’années. Et pourtant, je suis convaincue que M. Esplugas ne connait pas nos adresses ! », rétorque Martine Lacoste.

Pour l’heure, l’actuelle ministre de la Santé, Marisol Touraine, a déclaré que son ministère serait prêt « assez rapidement » pour lancer les expérimentations. « Il va maintenant falloir réfléchir aux critères de choix des villes volontaires, définir les règles et les acteurs à impliquer, et établir le budget nécessaire », annonce Catherine Lemorton. Et d’ajouter,  « l’humain a un coût, mais l’humain vaut le coût ».

Ariane Riou

 

http://www.clemence-isaure.org/

Eté 2010 - Roselyne Bachelot se déclare favorable aux salles de shoot. Désavouée par son camp, elle sera contrainte à renoncer à l’expérimentation.

Septembre 2012 - Après le positionnement favorable d’une grande partie de la majorité de gauche et de certains élus de l’opposition, la ministre de la Santé, Marisol Touraine déclare que son ministère sera « assez rapidement » prêt.

Quelques villes, comme Paris, Marseille ou encore Bordeaux, se portent volontaires. Le maire de Toulouse se déclare « prêt à accueillir » les mesures du gouvernement.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.