Quand le CO² devient pétrole…

Besoins qui explosent, envol du coût des énergies fossiles, suspicion vis-à-vis du nucléaire, l’équation énergétique conciliant, sûreté, prix et protection de la planète semble difficile à résoudre.
Dans ce contexte propice à l’innovation, un processus industriel transformant, le CO², gaz à effet de serre, en pétrole de synthèse vient de devenir réalité avec la mise en route d’une usine de production à Alicante en Espagne…

 
Aboutissement de cinq années de recherche

Il aura fallu cinq années de recherche menées conjointement par les universités d’Alicante et de Valence, pour que l’entreprise Bio Fuel Systems (BFS) mette au point le premier “procédé de conversion énergétique accélérée” qui permet de transformer les rejets concentrés de CO² en un pétrole de qualité. Ce système repose sur les effets conjugués de la photosynthèse, de l’énergie lumineuse et des propriétés organiques du phytoplancton, mobilisé comme puissant catalyseur, pour obtenir un carburant comparable au pétrole fossile et offrant les mêmes possibilités de produits dérivés (plastiques, polymères, etc.).

Phytoplancton à l’œuvre

Le phytoplancton est un organisme vivant unicellulaire microscopique, ancêtre de toutes formes de vie animale et végétale, et à l’origine du pétrole qui s’est formé à partir de leur décomposition. Il s’agit d’un organisme “autotrophe”, qui utilise pour sa croissance un processus photosynthétique semblable à celui des plantes. Le phytoplancton marin est responsable de plus de la moitié de la fixation totale du CO² sur notre planète. Le rendement de ces micro-algues est nettement supérieur à celui des plantes terrestres. En effet, certains de ces micro-organismes unicellulaires se divisent par mitose toutes les 24 heures et se multiplient à l’identique sans autre apport que la cellule d’origine, de la lumière, de l´eau et du CO². La concentration cellulaire normale de ces micro-organismes dans l’eau de mer est de l’ordre de 100 à 300 cellules par millilitre. En milieu d’élevage, BFS atteint dans ses bioréacteurs une croissance exponentielle des micro-algues avec des concentrations de 300 millions à 1 milliard de cellules par millilitre, une avancée technologique qui permet à BFS d’obtenir une biomasse à haut dosage énergétique puis, par extraction thermochimique, un pétrole artificiel de qualité élevée sans soufre ni métaux lourds!

Un système plein de promesses

Implantée sur 1 hectare, l’usine-type BFS de dépollution/ valorisation est capable d’absorber 12.000 tonnes de CO² par an et d’assurer une production continue d’environ 5.500 barils de pétrole par an soit 0,45 Mégawatts d’électricité (le CO² capté peut être transformé en électricité grâce à des turbines ou des Moteurs de Combustion Internes). Au cours de la transformation, de multiples coproduits et sous-produits à forte valeur ajoutée, tels les acides gras essentiels (type oméga 3 ou 6), peuvent par ailleurs être extraits du gisement de biomasse obtenu, assurant ainsi un complément de rentabilité à cette installation pilote. Pour produire 1 baril de pétrole, BFS absorbe 2.168 kg de CO² et neutralise définitivement 937 Kg de C0² après combustion. Ainsi, en prenant en compte l’ensemble du cycle de production de l’énergie consommée, à distance parcourue égale (100 km) et à puissance égale (135 chevaux), une voiture fonctionnant avec le pétrole BFS est la seule à avoir un bilan carbone négatif (-48 kg de CO²), largement devant la voiture roulant grâce au pétrole fossile (+19 kg de CO²) ou encore la voiture électrique alimentée à l’énergie nucléaire (+0,3 kg de CO²).

 

Enjeu économique et écologique

A la différence des biocarburants produits à partir de matières premières agricoles qui ne peuvent être utilisés qu’à hauteur de 10 % dans les moteurs, le pétrole issu de la technologie BFS est un excellent substitut au pétrole d’origine fossile. Il en présente les mêmes caractéristiques en matière de densité énergétique avec un pouvoir calorifique élevé, de 9.700 kcal/kg). Une fois raffiné, il peut donc être utilisé sans aucune adaptation particulière dans les moteurs. Ses coûts de raffinage sont par ailleurs moindres car exempts de souffre et de produits secondaires toxiques. A l’instar de son cousin d’origine fossile, le pétrole BFS peut également servir à fabriquer des plastiques, des solvants, des résines synthétiques, des détergents ou des engrais. A une époque où la planète semble menacée de toute part, l’innovation de BFS se révèle être une solution de premier plan pour éliminer les rejets industriels de CO², répondre aux objectifs européens de lutte contre le réchauffement climatique et réduire la vulnérabilité énergétique des pays vis-à-vis des hydrocarbures. La technologie BFS peut se révéler à terme être une source d’allégement des taxes carbone pour les industriels et un nouvel espace financier de profitabilité sur le marché mondial du carburant algal estimé à 1,3 milliards de dollars d’ici 2020 !

Avis d’écologiste

Nous sommes pris entre deux maux. Produire de l’électricité “propre”, entendez sans émission de gaz à effet de serre, c’est le leitmotiv des pros nucléaire, mais avec les risques que l’on connait au niveau radioactivité, ou bien polluer la planète avec le charbon et le gaz. L’accident de Fukushima, est en train de redonner vie à la filière des énergies fossiles avec la con-séquence inéluctable d’une forte progression de production de CO². Une usine BFS implantée proche des centrales à charbon ou à gaz, récupérant le CO² produit et le transformant en “bio pétrole” pourrait apporter une solution à notre problématique du bouquet énergétique dans l’attente d’alternatives issues de la recherche et du génie humain.



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