Virtuel ; Danger !

Comment ne pas s’étonner de l’étrange fièvre qui s’est emparée de nous, de nos médias et de nos hommes et femmes politiques lorsque Eric Cantona a suggéré, pour faire une révolution aboutie, de retirer tous nos avoirs des banques pour disait-il «faire écrouler le système» ! Ce footballeur de génie, c’est bien connu, a tout son talent dans les jambes. Quant au reste, il convient d’émettre les plus expresses réserves. Et pourtant, voilà le monde médiatique qui s’emballe, qui s’agite comme il l’avait fait lorsque Paco Rabane avait prédit la chute de Mir sur Paris. On pourrait en rire si les assertions de Cantona n’avaient pas provoqué les commentaires du ministre des Finances et de celui du Budget ainsi que les micro-trottoirs des journalistes avec leurs caméras devant les grandes banques. Et même si dans l’absolu Cantona avait raison, une telle opération aurait consisté à scier la branche sur laquelle toute notre société est assise en provoquant d’un même coup panique et désordre. Mais ce qui est intéressant dans les réactions de la société à cette pantalonnade, c’est d’analyser la situation dans laquelle nous nous dirigeons peu à peu sans en prendre réellement conscience. Nous avançons à petits pas vers un monde virtuel dans lequel tout est possible et dans lequel on se sent si bien qu’on a du mal à le quitter pour se replonger dans le réel, tout simplement dans la vie.
Une frontière si mince

Ceci est particulièrement saisissant chez nos adolescents, adultes de demain, dont on se rend compte qu’ils sont désormais capables de commettre des actes terribles qui ne font que reproduire ce qu’ils voient tous les jours dans les logiciels de leurs consoles de jeux. Désormais grâce à l’image, tout peut être fait, toutes les difficultés vaincues et les obstacles franchis. Moïse franchit sans encombre la mer rouge et les soldats de pharaon sont engloutis comme si l’on y était. Mais le pire est encore dans la recherche des paradis artificiels de l’alcool et de la drogue qui font oublier la vraie vie, dans laquelle le rêve n’a plus sa place puisqu’il peut devenir une réalité de contre façon de plus en plus facile et abordable. Que le réveil doit être difficile quand on se rend compte que le sang coule autour du couteau du crime ou devant le corps sans vie à la suite d’un coup de feu. C’est là que le cinéma s’arrête pour laisser la place à l’ordre et à sa justice même si cette dernière tente de plus en plus de donner un sens à ce qui n’en a pas. Le virtuel et le réel sont séparés, il est vrai, par une frontière si mince que les contours en sont de plus en plus flous à tel point que la société elle-même a des difficultés pour les discerner. «Qu’il est bon de rêver qu’une flatteuse erreur emporte alors nos âmes» nous enseignait de la Fontaine. Apprenons donc à nos enfants que les rêves se heurtent inexorablement à la réalité, mais nous, adultes, faisons aussi en sorte que la réalité soit belle pour que le virtuel ne soit pour eux qu’un jeu de l’esprit vite oublié pour qu’ils deviennent des hommes et des femmes responsables.  
 

Francis Manaud


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