Versailles n’était pas indispensable

S’il était encore de ce monde, Sacha Guitry n’aurait pas manqué d’ajouter un chapitre à son merveilleux film “Si Versailles m’était conté”. On y verrait notre Président de la République avancer, entre deux rangs de gardes Républicains, sabres au clair, vers les membres du congrès réunis pour l’occasion dans ce superbe palais des rois que le peuple de l’époque ne pouvait voir que de loin. Intéressant retournement de l’histoire qui montre tout de même que la royauté nous a laissé de quoi mettre en valeur un Tiers-État qui après l’avoir décapité, ne manque pas d’en devenir un utilisateur d’à-propos. La solennité du discours qui allait y être tenu, valait pour le moins ce cadre prestigieux, évocation de la richesse d’alors pour entendre s’étaler la pauvreté du moment. Etait-il nécessaire de faire cet affront symbolique à l’histoire et faire entendre en ces murs la piteuse situation dans laquelle notre pays se débat par la faute des gens qui le dirigent ? Le zénith aurait sûrement pu faire l’affaire. Il était assez vaste pour contenir à la fois la misère intellectuelle rassemblée, et assez moderne pour faire oublier les sacrifices de ceux qui avaient combattu pour que notre pays fût prospère. Car tous autant que nous sommes, essayons de léguer à nos enfants une parcelle de la richesse aussi modeste soit elle pour laquelle nous avons travaillé.
Leurs vrais visages

Et voilà que l’exemple que nous donnons tous à titre individuel, les serviteurs de l’Etat, c’est-à-dire ceux à qui nous confions notre destin sont incapables de suivre ce chemin pour faire le contraire en amenant le pays à la ruine. Tout le monde le sait, la France et ses citoyens sont riches, peut-être ses fabulistes en sont la cause, la cigale et la fourmi y sont pour quelque chose à moins que ce ne soient les divers conflits qui nous aient appris la sagesse de l’épargne. Le fait est que l’Etat devenu cigale, lorgne sur ce pactole pour se refaire une santé et lui qui quelques mois auparavant proclamait sa ruine, tape à la porte de la fourmi. Il tape d’abord à la porte du citoyen «je vous le rendrai foi d’animal, intérêt et principal». Faut-il encore croire un débiteur qui se disait en faillite et si l’on y souscrit, n’en prendra-t-il pas prétexte pour le transformer en crédit de confiance ? Il tapera ensuite à la porte des institutionnels qui détiennent nos bas de laine, car là ils sont sûrs que la porte s’ouvrira ; les loups ne se mangent pas entre eux. Et encore sous la foi du serment, les sommes empruntées ne serviront qu’aux investissements productifs, et l’on a envie de répondre comme la vignette ou la journée de solidarité ont servi à améliorer la situation des personnes âgées. Non décidément, Versailles n’était pas indispensable. A moins que, mais ils ne l’ont pas fait, ils se soient tous promenés dans la galerie des glaces. En se regardant bien en face, ils auraient peut-être vu leurs vrais visages, ceux de leurs consciences qui ne sont pas celles qui conviennent à la mission que le peuple leur a confié.
 

Francis Manaud


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