Vaccins à vendre

Les milieux scientifiques compétant nous avaient annoncé une pandémie venue du Mexique sous la forme d’un virus appelé A1H1N1dont la dangerosité n’avait d’égal que la rapidité de sa propagation. Aussitôt les laboratoires les plus importants du monde se mettaient à l’ouvrage pour produire un vaccin efficace dès que la souche du virus fut isolée. Sans même attendre de savoir si ce vaccin présentait toutes les garanties requises pour être commercialisé, il fut produit des millions de doses à la demande des pays qui voulaient se prémunir. Comme dans beaucoup d’autres domaines, la France voulait donner l’exemple ; c’est pourquoi elle a mis en commande 94 millions de doses au cas où il eut fallu faire une piqûre de rappel et satisfaire ainsi la quasi totalité de sa population, bien qu’il fût plus que certain que l’ensemble de cette dernière ne soit pas demanderesse. Nos responsables répondaient ainsi à une notion désormais largement répandue : “Le principe de précaution” et qui peut le plus peut le moins. Après tout nos responsables politiques sont là pour prévoir et protéger leurs administrés. Tout cela est fort bon si nous n’avions pas d’arrières pensées et s’il n’y avait pas en filigrane l’idée qu’ils ont de se protéger eux-mêmes, de protéger leur statut de privilégiés. Tout le monde se souvient de la dramatique affaire du sang contaminé et de la mise en cause des responsables politiques de l’époque, ainsi que celle de la canicule de l’été 2003 et des décès qui en découlèrent. Notre société est ainsi faite que désormais il faut un responsable et un coupable pour tout et la notion de hasard disparaît ainsi peu à peu.
Bon à piquer

Si les responsables du sang contaminé avaient agi par soucis d’économie, ceux de la grippe ne l’auront pas fait pour la même raison. En effet la facture risque d’être lourde, très lourde alors même que nos dépenses en matière de santé sont de plus en plus importantes. Car cette dépense ne s’arrête pas au seul achat des vaccins ou autres masques de protection, il faut aussi y inclure tout l’environnement et la gestion de cette crise, et c’est peu dire. Dans un premier temps, on a agité le chiffon de la peur par l’intermédiaire de spots publicitaires tant à la télévision que dans les grands médias. On avait l’impression que le vaccin était à vendre comme une marque de lessive. Mais rien n’y faisait, même pas le ministre entrain de donner l’exemple devant les caméras. Les centres de vaccination restaient désespéramment vides et les intervenants condamnés à l’inactivité. Alors pour faire bouger les choses et faire peur, on a évoqué quelques décès qui ont l’espace d’un court instant, provoqué de longues files d’attente, l’impatience des gens et la question de savoir ce qui se serait passé si réellement il avait fallu faire face à une épidémie sévère. De toute évidence les vaccins étaient là mais ceux pour les administrer recrutés partout où cela était possible et à la hâte sans que les médecins traitants fussent concernés. A ce jour, les trois quarts de la population attendent de recevoir de la Sécurité sociale leur “bon à piquer” dont on n’est pas sûr qu’il arrivera un jour. Il ne suffit pas lorsqu’un navire coule que les chaloupes soient en nombre suffisant. Encore faut-il qu’elles ne soient pas encombrées mais disponibles. La grippe nous a fait un pied de nez mais il est vrai que le ridicule ne tue pas.

 Francis Manaud


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