Urgence, Retraite

Toutes les sociétés humaines ont un devoir sacré : celui de veiller à ce que leurs anciens puissent vivre dignement et sans soucis d’un lendemain qu’ils savent inéluctablement aléatoire. Mais les sociétés évoluent et traînent à se transformer, trop préoccupées qu’elles sont du présent pour envisager le futur. Et voilà que nos responsables s’inquiètent enfin et à juste titre de ce que seront les vieux jours de leurs parents. Dans un passé encore récent, la question se posait de façon simple, à savoir que les anciens et les actifs cohabitaient, ce qui excluait le paiement d’une quelconque retraite. De la même façon, point d’allocation ou de couverture maladie, le chacun pour soi était la règle, jusqu’à ce que fussent instaurées les retraites par répartition, moyen moderne pour les jeunes de pourvoir au futur des anciens et assurer ainsi leur autonomie. On venait d’inventer le chacun chez soi tandis que se créaient les maisons de retraites et les voyages du troisième voire du quatrième âge. Mais voilà que les données changent, que les gens meurent trop vieux tandis que les jeunes semblent avoir du mal à se reproduire en nombre suffisant pour assumer leurs obligations. Alors il faut prendre des décisions et convenir que demain ne sera plus comme aujourd’hui et que les voyages du troisième âge devront être repoussés dans le temps. Finis les trente sept ans puis les quarante ans de cotisations pour enfin prétendre au repos dans l’attente de l’éternel (repos…). 
La cigale et la fourmi

Désormais il va falloir revoir les calculs, revenir sur les acquis et pourquoi ne pas abandonner un système, la répartition, qu’à terme les jeunes générations ne pourront plus supporter ? Car enfin ne seront-ils pas en droit de dire que rembourser la dette qui leur sera laissée et en plus en récompense assumer la vieillesse de ceux qui en sont la cause, c’est peut-être un peu trop ! Contrairement aux générations anciennes, la jeunesse moderne a été élevée de façon à profiter de tout. Le crédit lui permet de satisfaire tout de suite ses moindres désirs mais dans le même temps lui interdit de prévoir et encore moins de satisfaire à la solidarité inter générationnelle. De plus, la précarité de plus en plus évidente des emplois laisse augurer à l’avenir des retraites misérables alors que déjà pour ceux qui n’ont jamais connu le chômage, elles commencent à être juste suffisantes. Alors le combat pour la réforme s’annonce d’ores et déjà des plus rudes ; chacun voulant que l’effort soit fourni par l’autre. Pour les salariés, les retenues seront trop fortes. Pour les employeurs, les charges trop élevées. Pour les syndicats, la durée du travail trop longue et pour ceux qui nous gouvernent l’impossibilité de résoudre la quadrature du cercle. Et si tout simplement on appliquait la bonne et raisonnable formule de La Fontaine “La cigale et la fourmi” ? Oui mais voilà, combien de cigales par rapport aux fourmis ? Et combien de ceux qui travaillent pour ceux qui se laissent vivre ? Décidément, demain ne sera pas un long fleuve tranquille.  
 

 Francis Manaud


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