Urgence Pharmacies

Ces dernières semaines, deux noms de médicaments sont venus occuper le devant de la scène médiatique : le Médiator et le Di Antalvic. Ils ont tous deux été retirés de la vente, l’un pour être supposé avoir des effets secondaires graves, l’autre pour ne pas démontrer une efficacité suffisante et justifier ainsi de la poursuite de sa commercialisation. On comprend aisément l’émoi des malades qui ont absorbé l’un ou l’autre de ces médicaments pendant des années et qui à juste titre se demandent s’ils ne sont pas à l’origine des troubles qu’ils peuvent ressentir. Sur la sellette, l’agence du médicament qui pour faire bonne mesure et au nom du principe de précaution, a pris la décision du retrait. Ce fait divers important pour les malades a permis de mettre en lumière une évolution sur la commercialisation des médicaments qui se révèle de plus en plus inquiétante. C’est ainsi que l’on a appris par l’intermédiaire de la Coface qu’une pharmacie sur deux serait en passe de déposer son bilan. Cet état de fait est la conséquence de plusieurs facteurs venus s’ajouter les uns aux autres au cours des dernières années. En premier lieu, bien sûr, la volonté du gouvernement de faire baisser les dépenses de santé en dé-remboursant un nombre important de médicaments, et ensuite en rendant systématique l’utilisation des génériques à la rentabilité moins importante.
Entrer en résistance

Si l’on ajoute à cela l’hémorragie de la parapharmacie vers des boutiques spécialisées, on comprend aisément la détresse dans laquelle se trouvent aujourd’hui de nombreuses officines. Ce sont bien entendu celles les plus récemment achetées qui font les frais de ce profond bouleversement car payées trop cher sans fonds propres suffisants pour dégager des marges sans lesquelles les frais fixes ne sont plus assurés. Pour compléter ce tableau plutôt sombre, il y a tapis dans l’ombre les prédateurs qui sont prêts à sauter sur l’occasion pour achever le malade. Ces prédateurs, ce sont bien entendu les grandes surfaces qui se proposent à grand renfort de publicité de s’emparer du marché pour soi-disant faire baisser les prix. Il leur suffirait en effet de s’entourer d’un pharmacien diplômé pour diriger une cohorte de vendeurs sans qualification et distribuer ainsi comme de vulgaires paquets de lessive des médicaments dont on sait par ailleurs qu’ils peuvent être très dangereux. Quand l’on voit par ailleurs ce qui se passe avec les producteurs de viande et de légumes, on peut légitimement se demander si ce type de distribution est véritablement fait pour faire baisser les prix. Et d’ailleurs peut-on imaginer un instant, qu’il faille qu’un malade ait à faire des kilomètres pour gagner la grande surface afin de se faire délivrer, le soir à dix neuf heures, une ordonnance urgente ? Il est urgent d’entrer en résistance et de faire pression tant sur les industriels que sur les pouvoirs publics pour qu’une telle aberration ne puisse voir le jour. Nos villes et surtout nos campagnes ont besoin de ces oasis d’espoir et de sécurité pour rassurer une population inquiète de sa santé. Il arrive un moment où la notion de rentabilité doit laisser la place à celle de service public. Bien qu’en étant privée, la pharmacie remplit ce rôle de service qui a largement fait ses preuves jusqu’ici. Cessons de la mettre en danger en faisant en sorte qu’elle continue à remplir un office éminemment utilitaire.  
         

Francis Manaud


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