Une histoire d’hymen

Jamais une aussi petite chose n’aura fait autant parler d’elle. Procès qui semble venir d’un autre âge : Une annulation de mariage pour avoir menti sur sa virginité.
Et ce qu’il y a de plus fort, c’est qu’aucun des deux protagonistes n’a soulevé cette affaire qu’ils avaient réglée entre eux, puisqu’un jugement avait déclaré nul le mariage, au motif qu’un contrat moral entre époux n’avait pas été respecté. Il est de règle tant pour les hommes politiques que pour les diverses associations de ne pas commenter une décision de justice, qui par ailleurs, si elle ne convient pas à la partie qui succombe, peut être frappée d’appel. Notre arsenal juridique dans ce domaine est si riche que tout peut être tenté, même jusqu’à saisir la Cour européenne de justice. Qui aurait pu penser qu’il eut été dans l’intention de la jeune épouse d’interjeter appel, au risque de passer quelques temps difficiles avec un époux qui de toute façon, si le jugement ne lui avait pas été favorable, aurait intenté une action en divorce ? Et si l’on osait un jeu de mot facile le motif de la demande aurait pu être «Incompatibilité d’humeur» Lors donc, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si les empêcheurs d’aimer en rond n’avaient crié au scandale et même menacé de représailles le magistrat au jugement félon. D’une seule et même voix, ces associations qui empêchent systématiquement de faire que simplement les lois s’appliquent en France, sont allées pousser le Parquet à faire appel d’une décision qui n’affectait pourtant en rien l’ordre public, et ce sur ordre du Garde des sceaux ; laquelle pourtant avait accueilli le jugement de façon favorable.  

Prenons gare

Une fois encore il est à déplorer que nos gouvernants cèdent sous la pression des lobbies en tous genres, et entraînent ainsi notre démocratie dans un tourbillon difficilement contrôlable et lisible pour ceux qui respectent les institutions, dès lors qu’elles émanent de la volonté du législateur. Qui mieux que le Garde des Sceaux, Rachida Dati, issue de l’immigration, avait de cette situation une vision juste des faits incriminés ? Elle pouvait sans grands efforts imaginer quelle aurait pu être la vie de cette épousée prise entre la vengeance de son époux et la colère des “grands frères” aux pouvoirs illimités sur sa personne. Vouloir leur imposer nos lois est bien souvent difficile, alors pour ce qui est de la culture, le temps est loin d’être venu, et les compromissions plus que nécessaires. Le premier jugement protégeait la jeune femme accusée de mensonge en laissant de côté ce que notre culture rejette : le domaine intime mis au jour. En faisant intervenir notre société dans le procès de deux êtres qui ne le souhaitaient pas, nous ouvrons la boite de Pandore sans savoir ce qui pourra résulter d’un appel qui de toute façon sera polémique et donc engendrera la polémique entre les pour et les contre. Les vociférations de nos députés lors des questions au gouvernement ont donné le ton. Il est à craindre, dès lors que l’arrêt sera connu, qu’une fois de plus les passions se déchaînent et mettent à jour les dissensions d’une société multiculturelle. Rappelons-nous de l’affaire Dreyfus et prenons gare à la suite.

Francis Manaud


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