Turpitudes

Depuis quelques semaines, nous sommes confrontés à des annonces aussi surprenantes les unes que les autres sur les supposés comportements de nos hommes politiques. Tour à tour, DSK et Georges Tron sont recherchés pour des pratiques sexuelles illicites. Eric Woerth et Christine Lagarde sont interpelés sur des questions financières tandis que maintenant Luc Ferry fait état “d’on-dits” sur des événements pédophiles qui se seraient produits il y a plusieurs années au Maroc et qui seraient le fait d’un ancien ministre de la République. Comment ne pas s’étonner d’un tel déferlement médiatique à quelques encablures de l’élection présidentielle de 2012 alors que jusque-là tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes politiques. Ce généreux étalage serait-il le fait des médiats qui semblent avoir été mis en cause sur un prétendu silence complice vis-à-vis de nos hommes et de nos femmes politiques ? Il faut dire à leur décharge que la limite entre le domaine privé et le domaine public est souvent plus mince que l’épaisseur d’une feuille à cigarette et que le franchissement sans preuve peut valoir à leurs auteurs les foudres de la loi. Et d’ailleurs faut-il juger l’action d’un homme politique en fonction de sa morale et de son comportement de citoyen ou bien en fonction de sa seule efficacité dans la mission qui lui a été confiée par le peuple ?
Légiférer paraît indispensable

S’il ne fait aucun doute que les crimes et les délits avérés doivent être condamnés à leur juste mesure, il faut admettre que politique et morale ne font pas toujours bon ménage pour ne pas dire qu’elles se tournent le dos en permanence. Ce qui est parfaitement inadmissible au plan moral, c’est l’utilisation qui est faite de la fonction à des fins coercitives destinées à favoriser une posture personnelle qui n’a rien à voir avec l’intérêt général. Dans sa crainte parfaitement justifiée de la presse à tomber sur le coût de la diffamation, il lui est quasiment impossible de se référer à de simples rumeurs pour stigmatiser tel ou tel homme politique par des comportements déviants; ce qui fut le cas pour le directeur général du FMI. Quoi qu’il en soit, cette tendance à clouer au pilori les hommes politiques est extrêmement dangereuse quand ce n’est pas justifié car cela peut avoir une influence néfaste sur la conduite des affaires du pays. Qu’il suffise d’une plainte qui peut être dilatoire pour entraîner la démission de tel ou tel ministre, peut déstabiliser considérablement la marche des affaires à un point tel que légiférer sur ce risque paraît désormais indispensable. Il semble évident dans ce cas que la simple présomption d’innocence n’est plus un paravent suffisant pour protéger les mis en cause. Une immunité totale ou partielle est la seule parade possible pour permettre à la personne incriminée de continuer à exercer sa fonction ministérielle ou autre, le temps nécessaire à faire valoir sa défense. Les hommes et les femmes en capacité de diriger un pays sont trop peu nombreux pour les confronter à d’injustes calomnies. A l’heure où une élection primordiale pour la France se profile à l’horizon, nous ne pouvons nous permettre de courir le risque de l’erreur.  

Francis Manaud


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