Sœur Emmanuelle

Elle est partie vers une lumière qui avait éclairé toute sa vie et qu’elle souhaitait atteindre avant son 100ème anniversaire. Il est à parier que cette sacrée bonne femme qui a mené sa vie tambour battant a réussi à convaincre son cœur de s’arrêter au moment qu’elle avait choisi pour cela.
Que l’on soit croyant ou pas, que chez certains êtres la force de la conviction soit telle qu’ils arrivent à réaliser des actes hors du commun, il faut bien admettre alors que l’impossible peut devenir possible. Lorsque que l’on revoit dans quelles conditions ce petit brin de femme a pu transformer un véritable enfer non pas en paradis, mais simplement en un lieu où l’on peut commencer à vivre, l’on ne peut être qu’admiratif et se dire qu’avec une volonté tenace les pires obstacles peuvent être surmontés. Quand en plus on ajoute à cela l’humilité qui consiste à dire qu’après tout cela n’est rien que de très ordinaire, tout est dit. Dès lors on comprend pourquoi l’hommage à Notre Dame de Paris a été un face à face entre la force supposée des hommes d’Etat, et l’éclatant sourire d’une femme seule, à l’apparente faiblesse, mais triomphante, pour avoir commencé à réaliser ce qu’ils sont incapables de faire. La misère n’est pas une fatalité, elle est la résultante de ceux qui nous gouvernent et qui sont incapables de trouver les clefs pour la combattre, plus occupés qu’ils sont à se protéger qu’à protéger les autres, ceux qui les ont choisis pour les conduire et qui constatent qu’ils ont failli dans leur mission.

Révolte incontrôlable

Comment comprendre qu’à notre époque l’on puisse privilégier les guerres dont on sait depuis bien longtemps qu’elles ne mènent à rien alors que la famine fait encore d’innombrables ravages ? Comment comprendre qu’à l’ère de la mondialisation, chaque pays fasse sa propre cuisine dans le domaine du spatial ou du nucléaire alors qu’un effort commun pour vaincre la pauvreté servirait l’humanité toute entière et permettrait de faire les économies nécessaires pour éradiquer la faim dans le monde ? Quand on voit ce que cette petite sœur a pu faire avec de si petits moyens, l’on peut se surprendre à avoir honte de notre supposée supériorité qui en réalité n’est que faiblesse. Il n’est plus tolérable de voir des êtres humains se nourrir des déchets des autres alors que par ailleurs des richesses ruissèlent et contemplent sans émotions des enfants mourir sur des tas d’immondices. Il faudra tôt ou tard prendre conscience que cela n’est plus possible et accepter de partager si l’on ne veut pas qu’une révolte incontrôlable ne vienne menacer la paix du monde. Commençons par éduquer, apprendre aux plus faibles comme aux autres que la terre ne peut nourrir qu’un nombre raisonnable d’êtres humains au-delà duquel il ne peut y avoir que désordre et chaos. Ecartons de leur esprit la fatalité et donnons-leur le goût de l’effort et de la réussite dans la mesure des talents qu’ils ont reçus. Alors à l’abattement succédera l’enthousiasme, le même que celui que l’on a pu lire sur le visage radieux de sœur Emmanuelle.

 Francis Manaud


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